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jeudi 19 janvier 2017

LA LA LAND : TOUT LE MONDE DIT "I LOVE YOU"





Un bond dans le temps


La La Land démarre sur une scène très solaire, dans toute la tradition acidulée des comédies musicales des années 60, comme Un Américain à Paris ou Les Demoiselles de RochefortRevendiqué désuet, le nouveau film de Damien Chazelle fait dans l'auto-parodie propre à toutes les comédies musicales.



Ce qui frappe d'abord, c'est la beauté formelle de l'ensemble : succession de plans fluides, jolie mise en scène, et surtout superbe photographie comme au temps du Technicolor, toujours en hommage aux films musicaux de la grande époque. Les décors déréalisés façon toile cirée participent aussi à ce bond dans le passé.


Un scénario trop léger


Tout cela est charmant, et l'on a très envie de se laisser séduire. Mais La La Land se contente d'un scénario typique de rom-com. 

Si je résume :

1° On peut pas se saquer


2° On commence à se connaître


3° On s'aime comme des fous


Vous avez dit Woody ?

Les dialogues se veulent surprenants mais ne sont pas drôles. Le premier duo Ryan Gosling / Emma Stone réveille un peu, toujours dans un hommage aux musicaux des années 50/60, emplis de jazz et de flirt, comme chez Woody Allen.






On sait combien le new-yorkais le plus célèbre au monde apprécie le jazz et les comédies musicales. Il l'a notamment prouvé dans Tout le monde dit I love you, en 1996.





Emma Stone, c'est Mia, qui a des airs de Mia... Farrow dans La Rose Pourpre du Caire : modeste serveuse, elle se console de l'existence, non pas par le cinéma, mais la musique.


Emma Stone dans La La Land
Emma Stone dans La La Land


Elle rêve de devenir actrice. Pas étonnant que Damien Chazelle ait choisi la nouvelle muse allenienne pour sa douceur musicale. Le baiser hollywoodien entre les deux amants et le fondu au noir sont également un clin d'œil à La Rose pourpre du Caire.

On retrouvera aussi, en dernière partie du film, un Paris fantasmé digne de Minuit à Paris (Woody Allen, 2011) et de Moulin Rouge (Baz Luhrmann, 2001)


Paris dans Moulin Rouge de Baz Luhrmann
Paris dans Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001)


Dans La La Land, Ryan Gosling incarne Sebastian, pianiste frustré dans un bar miteux, qui rêve d'ouvrir son club de jazz. Mia tombe amoureuse de lui en l'écoutant jouer l'un de ses morceaux en public. Morceau réussi, d'ailleurs.





Un film qui manque d'enjeu


Tout cela est charmant, mais guère palpitant. Le film manque vite d'enjeu. Si je trouvais Emma Stone douée dans Birdman, je lui préfère Isla Fisher, son sosie, qui choisit mieux ses rôles et possède une plus grande nuance de jeu.

Mia et Sebastian tombent amoureux, donc. Fort bien, mais c'est un peu court pour 2h08. Les scènes de flirt s'avèrent interminables, comme si l'on avait besoin de quatre scènes de vrai / faux coup de foudre pour saisir l'essentiel.


La La Land m'a en cela rendue nostalgique de The Artist, qui disait tout en un regard, sans paroles.





Puisque une image vaut mille mots au cinéma, qu'un seul plan traduit l'amour naissant, pourquoi le filmer à toutes les sauces ? La scène où Mia voit Sebastian jouer au piano pour la première fois est bien suffisante.


Feux d'artifices ?


Chazelle reprend aussi l'habitude des comédies musicales de faire transparaître ses propres artifices. La La Land nous donne mille exemples de ce qu'on appelle au cinéma "casser le quatrième mur." Il s'agit de rappeler, au sein du film, que l'on est effectivement dans un film.

La magie se brise après le duo de jazz des deux tourtereaux, gâché par la sonnerie de portable de Mia. Il s'agit d'un clin d'œil, sans doute, aux sonneries intempestives... dans les salles de cinéma.




MAIS TU VAS L'ÉTEINDRE, TON PORTABLE, OUI ?!?
MAIS TU VAS L'ÉTEINDRE, TON PORTABLE, OUI ?!?


La La Land aime la mise en abîme et les clins d'œil à répétition. Ils sont d'ailleurs trop fréquents sur les références contemporaines (portable, Uber, etc.) comme s'il était besoin de nous dire dix fois que la trame se déroulait de nos jours.


And all that jazz...


Si La La Land ne raconte pas grand chose, il est très verbeux pour un film musical. Le speech sur le jazz, entre autres, est décevant de la part de Chazelle, qui nous avait si bien initiés au jazz avec Whiplash, dans un film sans temps mort.

En discutant de jazz au lieu de l'écouter, Mia et Sebastian font exactement ce qu'ils dénoncent, et transforment le jazz en simple fond sonore. Le discours sur le jazz, de plus, sonne réac et peu convaincant. La scène du cinéma apparaît ultra-cliché, jusqu'à l’écœurement. 




Les dialogues interminables raviront peut-être les fans de Linklater, mais guère plus.

La La Land sera le film surévalué, survendu du moment.

Trop long, il en dit très peu et s'avère ennuyeux. Pour un film musical, souffrir d'un problème de rythme - scénaristique - gâche l'ensemble, qui aurait largement tenu en une heure et demie. Des scènes entières auraient pu être coupées au montage.

On attend les péripéties du couple, en un mot, une trame. Au bout d'une heure, toujours rien.


Pourquoi un tel succès ?


Jacques Demy était fier de parler dans ses films des gens heureux, et il est vrai que le cinéma manque parfois de bonheur.

On a tant besoin de légèreté dans cette période de crise, d'incertitude, de peur face à l'avenir, que le moindre film emprunt de douceur nous touche comme une bénédiction. En effet, après avoir découvert le film, fascinant mais plombant, Harmonium (qui parle aussi musique) La La Land m'a accordé un peu de légèreté.

Ryan Gosling, seul à chanter sur le pont sur une toile cirée violette m'a semblé étrangement ironique en tant que fan de Lost River : dans Lost River, que Ryan Gosling a réalisé, le violet était aussi la couleur dominante. 





Dans une scène du film de 2014, un voyou sort d'un magasin miteux et se met à danser, comme Sebastian dans La La Land, avec une mama noire qui passe par là...


La La Land : un film à B.O.


La La Land souffre du même défaut que Across the universe, long clip musical dédié aux Beatles, dont on se passe volontiers les extraits sur Youtube, mais qu'il n'est pas très intéressant de regarder de bout en bout.




Fan du scénario de La La Land ou non, vous aurez une bonne chance de passer par iTunes pour acheter vos chansons préférées du film. La chanson John Legend en live, "Start a Fire" réveille le spectateur, dans des accents funk qui ont fait le succès de Bruno Mars.





Le succès arrive pour Sebastian, mais il n'est pas sûr d'aimer la musique qu'il joue. Pauvre bichon. Le succès séparera-t-il le couple ? 
La première dispute du couple s'avère peu crédible. La question était bien mieux posée par John Carney dans New York Melody. Sing Street, du même réalisateur, était d'une grande sincérité qui, ici, fait défaut.
Jusqu'au moment de grâce.




La scène de l'audition de Mia est clairement la perle du film, mais vient tard. Cette chanson magnifique sur les rêveurs émouvra les foules.


Quelques moments de grâce, mais...


Chazelle tenait un bon sujet sur la différence entre être apprécié du public et trouver sa voie d'artiste, sans compromis ni compromission. Mais l'ensemble est si convenu que l'on devine le film avant de le voir. Quelques moments de grâce avec des morceaux très bien écrits ne sauvent pas ce faible scénario.

Joliment filmé, La La Land ne raconte pas grand chose, même s'il a deux ou trois choses à chanter. Il se révèle ennuyeux assez vite.

La fin, heureusement, déjoue les attentes du spectateur, à la manière, mi-figue mi-raisin, de Café Society, toujours de Woody Allen.


Moi qui m'attendais à être enchantée par le film, je ne lui accorde que deux étoiles, à mi-chemin du tout beau et du tout faux. Mais je sais que certains morceaux de la bande originale resteront avec moi pour longtemps.



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lundi 16 janvier 2017

OUVERT LA NUIT, AVEC ÉDOUARD BAER : PARIS PERDU




Par Clément


Comment faire un film où le personnage principal est une ville, surtout une ville aussi touristique, culturelle, classieuse, mais aussi si fantasmée… que Paris ?




Paris, ville Lumière(s)




La question mérite d’être posée, car Paris est l'une des villes les plus filmées de l’histoire du cinéma, et accueille aujourd’hui plus de 100 longs-métrages par an (documentaires exclus). Une constatation s’impose : si l’on met de côté les thrillers à la Da Vinci Code, les réalisateurs étrangers (américains surtout) capturent souvent une image idéalisée de la ville lumière : soit en jouant sur sa réputation de ville de fête et d’amour (Un Américain à Paris, 1951, de Vincente Minnelli), soit sur la nostalgie d’un glorieux passé (la Belle Époque dans Moulin Rouge, 2001, de Baz Luhrmann, qui rappelle le French Cancan de Jean Renoir, les années folles dans Minuit à Paris, de Woody Allen, sorti en 2011).







Les Français sont plus nuancés, sans doute parce qu’ils n’ont pas la tête pétrie de clichés à propos de Paris. S’ils ont l’esprit fantasque, ils essaieront de l’exprimer dans une balade follement douce. Les personnages y vivent leur histoire au rythme de la capitale. Le cas d’Amélie Poulain mis à part (le film étant raconté comme une fable) l’un des films les plus emblématiques dans le genre est Zazie dans le métro (1960) réalisé par Louis Malle, vadrouille truculente d’une adorable peste provinciale. Le côté expérimental du cinéma de Leos Carax donne une valeur surréelle, presque poétique, à la promenade parisienne des Amants du Pont-Neuf (1991).





Les personnages fantaisistes de l’univers de Carax ne sont pas loin de la galerie de portraits d’Ouvert la nuit. C’est dans cette mouvance que s’inscrit le film d’Edouard Baer, où rencontres bizarres, accidents, petits coups de folie et personnages colorés rythment le voyage, des quartiers chics au Montreuil populaire.







Tout va mal au Théâtre de l’Étoile, la veille de la première d’une pièce : Luigi, son directeur (Edouard Baer), est un lunaire égoïste, déconnecté au point de ne pas voir la gravité de la situation : il n’a plus d’argent pour payer les salaires de la troupe ni de ses employés. Flanqué de Faeza (Sabrina Ouazani), stagiaire aussi raisonnable qu’il est décalé, il retarde sans cesse le moment de quémander auprès d'une mécène, et déambule d’un quartier à l’autre, en cherchant d’urgence un singe pour les besoins de la production.


Road-movie urbain



Le film est très vaguement inspiré de After Hours (1985) réalisé par Martin Scorsese, odyssée hallucinée en plein Manhattan, dont le caractère imprévisible se retrouve dans Ouvert la nuit. A contrario du protagoniste passif de SoHo, Luigi dirige lui-même sa nuit de veille. Road-movie urbain, trope du couple de héros mal assortis (l'excentrique et la raisonnable) humour né du décalage de Luigi d'avec le réel, quotidien difficile des artisans du théâtre français… le film a tout pour plaire. À l’arrivée, à peu près rien ne s’est passé. Pourquoi ?

Pour s’attacher à ce genre de film, découvrir un protagoniste touchant est primordial. Or, Luigi n’est jamais sympathique : son côté lunaire est écrasé par son égoïsme. Incapable d'assumer ses responsabilités, voire de s’excuser s'il gaffe, Luigi est irritant d’un bout à l’autre.

Il prend à la légère les problèmes de sa troupe, se montre lâche devant tout le monde et lubrique envers les filles, y compris les plus jeunes. Si l'on comprend son envie d’aventure, Bruno Podalydès exprimait bien mieux ce désir dans Comme un avion (2015).

Voilà le problème : on n’a simplement pas envie de se coltiner un tel guide pendant 1h37.

Le modèle du personnage est évident, il s’agit de Bruno dans Le Fanfaron (1962) dans le film de Dino Risi : un héros conscient de ses défauts. Il oublie sa tristesse dans un road-trip où il embarque un acolyte « raisonnable, » incapable de modérer ses élans.


Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans Le Fanfaron, de Dino Risi (1962)
Jean-Louis Trintignant et Vittorio Gassman dans Le Fanfaron, de Dino Risi (1962)


Mais la comparaison est fatale pour Baer : ses délires sont bien innocents devant le culot fougueux de Gassman, et il n’arrive pas à rendre sympathique Luigi, là où Bruno est jovial et sympathique. On se demande comment Luigi peut être considéré comme charismatique.


Ouvert la nuit : un film à sketches


Malgré le vague fil rouge du rendez-vous, le film est construit comme un film à sketches : à chaque quartier de Paris correspond une mini-intrigue fermée. Structure risquée s’il en est, car très souvent, les scènes s'avèrent inégales. Baer se contente d’un suspense minimal (quand Luigi ira-t-il voir la mécène, et quelle sera sa réponse ?) Il oublie d’injecter de la tension tout au long du film. Hélas, aucune de ces histoires n’est passionnante : une marche vite interrompue avec le singe, une smala maghrébine aussi débridée que cliché (avec une Mama noire quasi anachronique), une négociation pataude avec un banquier, un terne séjour au commissariat. L’humour de situation ne décolle jamais. Ne comptons pas sur les dialogues pour pimenter tout cela.

Des seconds rôles monolithiques


Tous les personnages d'Ouvert la nuit sont réduits à des stéréotypes, et n’évoluent aucunement. Sabrina Ouazani, dans son rôle psychorigide, adopte tout le long la même mine choquée.

La collaboratrice au bord du burn-out, est jouée (un peu mieux) par Audrey Tautou.

Edouard Baer et Audrey Tautou dans Ouvert la nuit
Edouard Baer et Audrey Tautou dans Ouvert la nuit

Les seconds rôles, monolithiques (ex-collègue colérique, mécène insupportable, metteur en scène tyrannique, policière commère…) pâtissent de la même écriture paresseuse.

Baer oublie même certains personnages en chemin (la « Pénélope » brune, le dresseur de singes…). Seul Gregory Gadebois parvient à faire mouche par ses emportements soudains, mi-drôles mi-inquiétants. Baer donne à Michel Galabru un dernier rôle décevant : une caricature de lui-même qui manque cruellement d’autodérision.

À voir la fébrilité d’une troupe de théâtre, on pense à Birdman, sans la virtuosité visuelle ni psychologique.

Un film sincère mais raté


La tentative de Baer était méritoire : filmer Paris dans toutes ses largeurs et sa diversité. Sa mise en scène est plutôt dynamique, avec de nombreuses scènes caméra à la main, quelques jolis plans-séquences (comme le charivari près des quais de scène), et une photographie trouble d’Yves Angelo, parfaite pour une nuit irréelle… Le meilleur reste la chanson-titre, composée par Alain Souchon, en parfaite adéquation avec les thèmes du film.




Dans Ouvert la nuit, Baer ne manque pas de sincérité et d’idées, mais son film passe très en-dessous de son ambition. Le résultat aurait-il été meilleur avec Cédric Klapisch, sans doute le réalisateur français contemporain à avoir le mieux filmé notre capitale (Chacun cherche son chat, Les poupées russes, Paris…) voire même ce cher Luc Besson (Subway) ?


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