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samedi 9 décembre 2017

SANTA & CIE D'ALAIN CHABAT : ÇA SENT LE SAPIN







Cher Père Noël,


Cette année, je m'interroge. Parviendrai-je encore à m'émerveiller devant un film de Noël ? D'en avoir tant vu, du
Miracle sur la 34e rue au Noël de monsieur Jack, en passant par La Caverne de la rose d'or, diffusé 1532 fois sur M6, je me demande si l'émerveillement de mes premières années reviendra un jour.


Je suis allé voir Santa & Cie d'Alain Chabat pour me détendre. 


Les blagues tombaient-elles à plat, ou est-ce moi qui ne sais plus rire aux farces potaches ? 

Ai-je trop la nostalgie des meilleurs Disney et Burton pour trouver du charme à ces effets spéciaux qui n'apportent rien? 

Suis-je trop fan de Michel Audiard pour apprécier les dialogues ineptes de cette comédie ratée, qui ne ravira ni les petits ni les grands ?

Alors oui, on sourit de temps en temps, davantage par lassitude que par conviction. Les acteurs s'épuisent à nous intéresser à cette histoire plus que banale. La bande-annonce n'était déjà pas réjouissante, les quelques gags en plus dans Santa et Cie ne suffisent pas.

Père Noël, aura-t-on un jour en France un film de saison digne de ce nom ? N'en as-tu pas assez de voir tant d'hommes t'incarner si mal au cinéma ? Ne pourrais-tu pas intervenir, casser les murs de Hollywood, ou gifler les réalisateurs français et rétablir enfin la vérité sur qui tu es et ce que tu es ?

Mal réalisé, assez mal dirigé, Santa et Cie m'a davantage déprimée que fait rire. Il n'y a guère que le passage sur l'argent qui m'ait donné un peu d'espoir, et m'a rappelé le joli film de Colline Serreau, La Belle verte, où l'actrice-réalisatrice questionnait déjà l'omniprésence de l'argent et la futilité de la société de consommation.

Doit-on attendre le talent de Pixar pour nous offrir un film de Noël qui émeuve petits et grands ?

Jeux de mots niveau Carambar, enjeu dérisoire (les lutins du Père Noël ont besoin de vitamines) Alain Chabat ne tenait même pas de bonne idée pour ce film où il semble juste faire mu-muse avec des effets spéciaux. On se demande ce qu'Audrey Tautou, Pio Marmai, Golshifteh Farahani, et même mon cher Bacri, sont venus faire dans cette galère.

Cher Père Noël, fais en sorte que je m'émerveille encore, avec de nouveaux films, même si j'en ai déjà vu plus que ton ciel compte d'étoiles. 


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mardi 5 décembre 2017

C'EST TOUT POUR MOI : MEILLEUR ESPOIR FÉMININ




Par Clément

Un feel-good movie à la française

Dans notre cinéma adepte de comédies inoffensives et surtout de drames épais, le genre "feel-good" fait figure d’exception. Venu des USA, il consiste à voir des personnages se battre pour réaliser leurs rêves, sur le ton de la comédie. C’est souvent une exaltation de l’héroïsme du quotidien, prisée par le plus grand nombre. Un exemple réussi est Nous trois ou rien, signé Kheiron, confrère de Nawell Madani (tous deux se sont fait connaître par le stand-up).


Extrait de Nous trois ou rien de Kheiron (2015)
Extrait de Nous trois ou rien de Kheiron (2015)

Le hic, c'est que le feel-good movie est souvent léger question scénario et personnages. On retrouve toutes les qualités et les défauts du genre dans C’est tout pour moi, premier film écrit, réalisé, et interprété par Nawell Madani, considérée comme le jeune prodige de la scène française.


Lila s'en fout


Lila (Nawell Madani), jeune femme belge, veut devenir danseuse, contre l’avis de son père Omar (Mimoun Benabderrahmane). Lila s'en fout, et déménage à Paris pour tenter sa chance. Impliquée malgré elle dans une arnaque, elle est envoyée en prison pour quelques mois. Elle y rencontre Fabrice (François Berléand), comédien qui propose, au sein de la taule, un stage de comédie. 

Lila découvre son don pour l’humour. Dès qu'elle sort, Lila retrouve Fabrice, et lui demande de la coacher pour la nouvelle carrière qu’elle s’est choisie : le stand-up.


Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi, réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (2017)
Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi, réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin (2017)


Maman, c'est quoi le stand-up?


Le stand-up, dont on peut tracer les origines chez les satiristes de la Grèce Antique, a été créé tel que nous le connaissons au Royaume-Uni au 18e siècle. Mais il fut repris avec tant d’éclat aux Etats-Unis que le genre est devenu typiquement américain. Il fut importé dans les années 1990 en France, notamment grâce à Jamel Debbouze. Son Jamel Comedy Club a révélé ce type de spectacle au grand public, et a lancé toute une génération d'humoristes. Le stand-up fut aux States le tremplin de nombreux artistes : Mark Twain, Woody Allen, Ellen DeGeneres, Janeane Garofalo, Mel Brooks, Jimmy Fallon, et j'en passe.


Jamel Debbouze, importateur du stand-up américain en France
Jamel Debbouze, importateur du stand-up américain en France

Le stand-up est un jeu d'endurance qui en fait un exercice périlleux. L’humoriste lance des vannes pendant cinq ou dix minutes (les longs spectacles sont réservés aux pros), sans accessoire ni personnage. Il/elle parle souvent du quotidien et de sujets grinçants, comme le racisme ou le sexisme. Autant que le rythme et l’humour, c’est la pertinence de ses observations qui fait l’efficacité. En même temps, il faut savoir improviser face aux réactions du public.

Bref, le stand-up n’est ni plus ni moins qu’une roulette russe, où beaucoup de vannes foirent. Une blague ratée peut suffire à faire un bide.




Humour en séries


Bien des films et séries se sont penchées sur cet univers fascinant. Gad Elmaleh, célébré en France pour ses seuls en scène traditionnels, a testé le stand-up aux USA. L’excellent documentaire 10 minutes in America le voit galérer dans l’exercice, pour au final délivrer une prestation réussie.


Woody Allen donne quelques conseils de stand-up à Gad Elmaleh dans 10 minutes in America, réalisé par ce dernier (2014)
Woody Allen donne quelques conseils de stand-up à Gad Elmaleh dans 10 minutes in America, réalisé par ce dernier (2014)

Louis C.K. et Jerry Seinfeld, deux experts du genre, ont créé des séries télé dont les codes empruntent au stand-up. Louis C.K. met en parallèle des extraits de stand-up de ses personnages fictionnels, et leur quotidien, terne, qui bascule souvent dans l’humiliation. 

Notamment dans Better things, et surtout la très conceptuelle Louie.


Une journée normale pour Louie (Louis CK) dans Louie, créée par Louis CK (2010-)
Une journée normale pour Louie (Louis CK) dans Louie, créée par Louis CK (2010-)

Jerry Seinfeld est l’âme de la culte sitcom Seinfeld, qui a fait de lui l’acteur TV le mieux payé de tous les temps (4 millions de dollars par épisode de 22 minutes pour sa dernière saison !). Sa sitcom consiste à parler "de rien". Pendant 9 saisons, Seinfeld a produit des épisodes qui partent d’un prétexte anodin de stand-up : la queue dans un restaurant, un concours d'abstinence sexuelle, un ami encombrant… d’où un mélange bizarre entre stand-up et humour de sitcom, mais qui a marché du tonnerre.


Jerry Seinfeld (Jerry Seinfeld), à gauche, devant le soup nazi (Larry Thomas), dans un épisode culte de la série Seinfeld créée par Jerry Seinfeld et Larry David (1989-1998).
Jerry Seinfeld (Jerry Seinfeld), à gauche, devant le soup nazi (Larry Thomas), dans un épisode culte de la série Seinfeld créée par Jerry Seinfeld et Larry David (1989-1998)

Il y a aussi l’extraterrestre Andy Kaufman. Il a créé un genre de stand-up où le silence, les canulars gros comme une maison, les provocations, sont légion. Aucun(e) humoriste n’a osé reprendre le flambeau. Le film Man on the Moon, réalisé par Milos Forman, donne une idée de son talent. Kaufman était d'ailleurs incarné par un surdoué du stand-up : un certain Jim Carrey.


Andy Kaufman (Jim Carrey), protagoniste du biopic Man on the moon, réalisé par Milos Forman (1999)
Andy Kaufman (Jim Carrey), protagoniste du biopic Man on the moon, réalisé par Milos Forman (1999)

Enfin, pour se faire une idée du milieu, ses prodiges, ses désillusions, sa cruauté, sa concurrence violente, on ne peut que conseiller l’excellente série I’m dying up here. La série suit une poignée de jeunes comédien.ne.s qui se battent pour se faire remarquer dans le Los Angeles des années 70.


Ari Graynor joue une comédienne tentant de percer dans le stand-up dans la série I'm dying up here, créée par David Flebotte (2017-)
Ari Graynor joue une comédienne qui tente de percer dans le stand-up dans la série I'm dying up here, créée par David Flebotte (2017-)

Ce mélange de fiction et de documentaire est celui utilisé dans C’est tout pour moi.


Un film comme un spectacle de stand-up


C’est tout pour moi est librement inspiré des débuts de Nawell Madani dans le stand-up. Le scénario pourrait servir de base à un spectacle : une protagoniste tchatcheuse, les punchlines toutes les quinze secondes, les observations ironiques sur le quotidien, des poids sociaux sous le prisme de l’humour... 

Sa grande qualité est sa description réaliste du milieu du stand-up où chacun.e est prêt.e à tout pour se faire un nom, y compris écraser l’autre.

Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi
Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi

Les premiers bides, la prise d’assurance, la vulgarité dans laquelle se complaît Lila à ses débuts, le sexisme, sont très bien décrits. 

On retrouve dans C’est tout pour moi la liberté de ton et l’audace, qui font le sel de la culture urbaine. L’énergie de Nawell Madani est communicative et son film est très drôle.


Un scénario déséquilibré


Malgré sa forme attractive, C’est tout pour moi est coulé en grande partie par son scénario, pourtant écrit à quatre. Le film suit une construction en trois actes typique. Dans C’est tout pour moi, les deux premiers actes se terminent par une désillusion, avant l’envol du troisième acte. Mais l’acte 3 dure… à peine dix minutes. Nawell Madani a dit avoir voulu mélanger le "feel-good movie" avec le biopic. Effectivement, les biopics aiment raconter les chutes de stars avant leur triomphe final. Mais ce triomphe doit être mis en scène ; ici, il nous est vite jeté à la tête.


Lila (Nawell Madani) passant une audition pour être dans Cats, dans C'est tout pour moi
Lila (Nawell Madani) passant une audition pour être dans Cats, dans C'est tout pour moi

Les rebondissements sont prévisibles, et vont trop vite. Lila passe du bide aux premiers succès en une poignée de minutes, se révolte vite contre son mentor "dépassé", etc. Le rythme, c’est bien, la cohérence, c’est mieux. L’élan joyeux de l’ascension du protagoniste est censé pallier aux imperfections du script dans le feel-good movie. Ici, script et mise en scène (riche en placements de produits Adidas, mais bon, faut bien avoir des sponsors) sont trop faibles ici.


Il est beau mon placement, il est beau !
Il est beau mon placement, il est beau !


Clichés perpétués



Dans Get Out, Jordan Peele voulait dénoncer les clichés sur les noir.e.s, mais lui-même tombait dans les clichés avec ses héros. De même, C’est tout pour moi, en prétendant dénoncer les clichés, ne fait que les ressasser.



Lila tombe dans le cliché de la "sassy black woman", un des raccourcis préférés des réalisateurs pour parler des femmes de couleur. C’est une machine à faire des wesh, au verbe fleuri, super cool… et pas grand-chose d’autre. Cela ne serait pas si grave si ce n’était qu’un moyen pour elle de se faire remarquer des directeurs de théâtre (comme elle le fait à la fin du film), mais c’est vraiment sa personnalité.

Lorsqu’elle exprime d’autres émotions, elle tombe dans un autre trope : l’"angry black woman". Elle se révolte contre tout le monde : son père, son mentor, ses concurrents. On pourra dire que c’est justifié dans tous les cas, mais on a vu trop de films où des personnes à l’héritage africain (Nawell Madani est d’origine algérienne) ne se résumaient qu’à deux facettes : le fun et la colère. Lila est un cliché rassurant, consensuel. Pourtant, il n’est pas difficile de créer de riches personnages de couleur et forts en gueule : Divines y avait bien réussi. Lila change très peu, comme personne et comme humoriste, on regrette cette absence d’évolution.

Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina (2016)
Oulaya Amamra dans Divines de Houda Benyamina (2016)

Plus surprenant est le cliché du white savior. Le personnage blanc est celui qui, par sa sagesse, va aider à lui tout seul le/la noir.e. C’est le rôle de François Berléand (impeccable), qui n’a aucune autre dimension. Il est si pauvrement écrit qu’il ne peut équilibrer ce cliché. De plus, Fabrice est un comédien "standard", qui n’a jamais fait de stand-up ; c’est pourtant lui qui devient un coach en stand-up pour la jeune femme ! Et bien sûr, c’est uniquement grâce aux contacts de Fabrice que Lila "va tout niquer" (sic).

Fabrice (François Berléand) et Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi
Fabrice (François Berléand) et Lila (Nawell Madani) dans C'est tout pour moi


Enfin, le vide psychologique atteint Omar, le père de Lila. La scène où sa fille le décrit comme un merveilleux parent alors qu’on a vu jusque-là qu’un tyran paternaliste, tombe à plat. Bien sûr, Omar aura droit à sa rédemption… réglée en dix minutes aussi. Même si Madani est habile à laisser une fissure entre le père et la fille dans la réconciliation (la fin de C’est tout pour moi est calquée sur celle de Billy Elliot), ce revirement est trop brusque pour convaincre.

Omar (Mimoun Benabderrahmane) dans C'est tout pour moi
Omar (Mimoun Benabderrahmane) dans C'est tout pour moi

On peut rattacher C’est tout pour moi à Patients, où les one-liners explosifs et l’humour mordant font d’un film oppressant sur un sujet (handicapés dans un hôpital) une leçon de vie enjouée. Mais les personnages du film de Grand Corps Malade étaient bien plus construits et attachants que les silhouettes du film de Madani.




Une semi-réussite



L’irrespect des codes cinématographiques les plus élémentaires étouffe en grande partie l’humour tornade et la fraîcheur de C’est tout pour moi. Nawell Madani est une humoriste délectable, aux répliques ciselées, mais elle ne maîtrise pas encore ce nouveau média.

J’ai surtout retenu sa belle morale : il est naturel dans la vie que nous abandonnions nos premiers rêves pour en réaliser d’autres, où l'on exprimera soi-même d’une meilleure manière. S’adapter à des rêves changeants, c’est la réussite de Nawell Madani.


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samedi 2 décembre 2017

COCO : LA FÊTE DES MORTS, C'EST QUOI ?






Par Guillaume

Viva Mexico !


Le Mexique est un état fédéral avec des cultures et des populations qui n'ont rien en commun : au Nord, à Monterrey, c'est style Lucky Luke. Dans le Yucatán, à la pointe sud, c'est la jungle et les Maya.

On trouvera au Nord une large population blanche, et de nombreux d'indigènes dans le Sud. Même parmi des natifs, un Maya ne comprendra pas un mot de nahuatl, qu'on parle, entre autres, à Vera Cruz. 

Du coup, autour des années 30, le gouvernement post-révolutionnaire décide de construire une culture commune et composite, comme Franco le fera en Espagne. C'est la ''renaissance Mexicaine''. Frida Kahlo - d'ailleurs très présente dans Coco - et Diego Riviera feront partie de ce mouvement.


Hommage à Frida Kahlo dans Coco Disney
Hommage à Frida Kahlo dans Coco, de Lee Unkrich et Adrian Molina (2017)


En avant la musique !


Vous verrez surtout dans la promo de Coco une mise en valeur du jeune Miguel et de sa guitare, mais le dernier Disney-Pixar rend aussi hommage à la musique Ranchera, venue de l'ouest du Mexique, et le costume de charro qui va avec. 


Ce type vous rappelle Luis Mariano ? Ce n'est pas un hasard.
Ce type vous rappelle Luis Mariano ? Ce n'est pas un hasard.


Comme son nom l'indique, c'est la musique des rancheros (ceux qui bossent dans les ranches). C'est une musique rurale et ses paroles sont dures : les chansons abordent la pauvreté, le travail des champs, et ne sont pas franchement féministes. C'est encore le cas aujourd'hui. 

Petit exemple :





Ici, Monsieur nous explique qu'il est sorti avec une prostituée et qu'il assiste à sa déchéance (elle n'est même plus capable de se maquiller décemment, le drame). Il se réjouit de la voir tomber plus bas que terre et devenir une michetonneuse, parce que vraiment elle l'a bien cherché… En gros, c'est Orelsan avec un accordéon.

Miguel et ses ancêtres chantent La Llorona devant l'assemblée des morts à la fin du film. La Llorona signifie littéralement ''la pleureuse''. C'est l'une des chansons les plus connues du Mexique. Le film Frida en 2002 se terminait déjà sur cette chanson. 



Llorona est une femme morte, trahie ou rongée de remords, qui pleure parmi les vivants. Du coup, il est étonnant de la chanter précisément le jour des morts, au pays des morts, où la Llorona refuse d'aller.



La Fête des morts, c'est quoi ?


Coco se déroule pendant la Fête des Morts. Grâce à cette Fête, le gouvernement post-révolutionnaire a, une fois encore, boosté sa popularité, toujours pour construire une identité commune au Mexique.

La Fête des morts est plus importante au Mexique que nulle part ailleurs. Plusieurs écoles s'affrontent quant à son origine : l'une pro-indigènes, la deuxième pro-espagnole, la troisième syncrétiste. Les pouvoirs mexicains d'aujourd'hui sont plus pour le syncrétisme, avec une grosse mise en avant de l'héritage pré-colombien.

Pour la version native, la fêtes des morts actuelle reprend deux fêtes des morts : l'une pour les enfants (Miccaihuitontli), l'autre pour les adultes (Hueymiccalhuitl) tout ça sous l'égide de la déesse de la mort. 


Mexicaine déguisée lors de la Fête des Morts
Mexicaine déguisée lors de la Fête des Morts

Autrefois, on faisait des offrandes aux défunts proches pendant une vingtaine de jours. Jusque-là le film Coco correspond plutôt bien... mais cette célébration avait lieu en août, juste avant les récoltes, et pas fin octobre comme le fameux Halloween.

Pour la version espagnole, voilà le site du tourisme mexicain : '


"Les Espagnols avaient l’habitude de venir dans les cimetières pour y déposer du pain, du vin et des fleurs pour la Toussaint. Les Espagnols pensaient que les âmes parcouraient la Terre et flottaient autour d’eux. Tous craignaient qu’elles s’abattent sur eux pour les emporter avec elles. C’est pourquoi ils préparaient des autels avec du vin et du pain pour les apaiser. Des cierges les guidaient jusqu’à l’autel." 

Perso, j'adore l'idée qu'on montre le chemin aux morts non par altruisme ni respect, mais par trouille.





Difficile de savoir si des bougies ou les chemins d’œillets guident les morts. Disney a préféré les œillets, malgré leur furieuse ressemblance avec des nachos.




Pour la procédure du montage de l'autel et de la visite au cimetière, Disney a été plutôt bon, pas de fantaisie particulière. Voici ce que nous dit l'Office du tourisme mexicain :


"Les offrandes placées sur les autels représentent les quatre éléments primordiaux de la nature : la terre, symbolisée par les fruits qui alimentent les âmes de leurs parfums ; le vent, symbolisé par le papier découpé dit papel picado, et le papier de soie qui, en raison de sa légèreté, se balance au rythme de la brise ; l’eau, placée dans un récipient pour apaiser la soif des défunts qui nous rendent visite, après la longue route parcourue pour arriver jusqu’à l’autel ; et enfin, le feu avec les bougies et des cierges qui représentent chacun une âme dont on se souvient, et pour chaque âme à laquelle on pense, une bougie supplémentaire pour les âmes oubliées."

Cependant, le papel picado n'est pas réservé à la fête des morts, il sert à toutes les célébrations !




Le syncrétisme mélange la théorie native et l'espagnole. Ajoutez à cela l'influence d'Halloween, avec des concours de déguisement, notamment la plus belle Catrina.


Elles s'appellent toutes Catrina


La Catrina est une "Catrin," une Marie-Chantal, le nom d'origine est ''Calavera Garbancera''. Les calavera sont les crânes décorés du jour de la fête des morts. Le mot vient de "pois-chiche" en espagnol (garbanzos). Il s'agit d'une caricature qui date des années 1910, de José Guadalupe Posada.




Les femmes indigènes qui méprisaient ce qu'elles étaient et tentaient de ressembler aux Européennes. Le costume est celui d'une "Parisienne", avec moult falbalas et grands chapeaux. 

C'est donc un memento mori très acide, là encore popularisé par le gouvernement post-révolutionnaire. Il y voyait un bon moyen de créer un personnage signifiant pour le Mexique, et de dire aux citoyens d’arrêter de singer les Blancs. 

Ça a bien réussi, et maintenant la Catrina est un personnage incontournable de la Fête des Morts.

Dans Coco, toutes les mortes sont des Catrina.




Sachant qu'Aladdin, officiellement Arabe, avait la gueule de Tom Cruise, ça n'a rien d'étonnant.

Ça craint, hein ?


Les personnages de Coco : de qui sont-ils inspirés ?

Ernesto de la Cruz



Pour Ernesto de la Cruz, le chanteur mariachi à succès, je pense qu'ils se sont inspirés de Jorge Negrete, son enterrement délirant, et la kitchissime statue à sa gloire dans sa ville natale, Guanajuato, guitare à la main... tout comme Ernesto, donc ! 



Par contre, je trouve que physiquement il ressemble plus à un autre chanteur : Vicente Fernández Gómez.




Ernesto permet à Disney d'aborder (pudiquement) la question de la pauvreté au Mexique.

Le Mexique est riche, très riche. En 2012, c'était la 12e économie mondiale, mais les inégalités sociales sont abyssales : 42% des habitants sont pauvres (et là-bas pauvreté c'est bidonville, pas HLM) et la corruption représente 9% du PIB. Et fatalement, de l'autre côté, il y a des riches très riches.

Dans le film, c'est assez bien représenté avec d'une part la débauche de présents que reçoit Ernesto, et sa propension à faire des soirées ultra jet-set et orgiaques (parce que pour ça je dois admettre que les latinos sont un peu les rois), et de l'autre, la misère désespérée des oublié.e.s.

Dante 



Dante est un chien nu du Mexique, nom officiel de la race ''xoloitzcuintle'' (très bon au Scrabble), peut-être la seule référence strictement précolombienne du film. 

Comme son nom l'indique, il est lié à Xolotl, le dieu jumeau. Il a un rôle psychopompe (et le chien aussi par extension) : c'est-à-dire qu'il guide les défunts vers l'au-delà. 

C'est le dieu du passage et du double, qui accompagne le soleil chaque nuit dans l'infra-monde. Détail marrant, c'est aussi le dieu de ce qui est moche ou monstrueux.

Mama Coco 




Elle est habillée en china poblana, qui est au Mexique ce que la robe de flamenco est à l’Espagne. Une fois encore, le gouvernement nationaliste a élevé ce vêtement au rang de ''costume mexicain typique.''

Bref, Coco vaut le détour par ses références à la culture mexicaine, mais aussi par son histoire émouvante qui nous invite à célébrer les anciens.



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