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jeudi 25 mai 2017

H2G2, LE GUIDE DU VOYAGEUR GALACTIQUE : LA FOLLE HISTOIRE DE L'ESPACE


 

Par Clément

 

Une saga culte


Arthur Dent (Martin Freeman) est un londonien sans histoire. Un jour, trois événements délirants lui tombent dessus : sa maison va être détruite pour laisser place à une route. Son meilleur ami Ford Prefect (Mos Def) lui apprend qu’il est un extra-terrestre venu de Betelgeuse : il travaille comme critique gastronomique galactique pour Le Guide du Voyageur Galactique, document indispensable à tout globe-trotter de l’univers. Pour finir, la Terre va être démolie pour laisser place à une route galactique. Ford et Arthur parviennent à s’échapper de la Terre quelques secondes avant son explosion.


Recueillis quelque temps plus tard dans un vaisseau volé par Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell), le président dingo de la Galaxie, Arthur fait sa connaissance, celle de Tricia McMillian dite Trillian (Zooey Deschanel), jeune femme lunaire qui ne partage pas ses sentiments, et de Marvin (Warwick Davis et Alan Rickman), l’androïde le plus intelligent de l’Univers, et surtout le plus dépressif. 

 
Le robot dépressif Marvin dans H2G2
Le robot dépressif Marvin dans H2G2



Ensemble, ils vont vivre des aventures loufoques qui les conduiront à rechercher la question ultime sur la Vie, la Mort, l’Univers, et le Reste, tout en échappant aux bourrins Vogons.

Arthur Dent (Martin Freeman), Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell), Trillian (Zooey Deschanel) et Ford Prefect (Mos Def) dans H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique, réalisé par Garth Jennings (2005)
Arthur Dent (Martin Freeman), Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell), Trillian (Zooey Deschanel) et Ford Prefect (Mos Def) dans H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique, réalisé par Garth Jennings (2005)


"D'après une théorie, le jour où quelqu'un découvrira exactement à quoi sert l'Univers et pourquoi il est là, ledit Univers disparaîtra sur-le-champ pour se voir remplacé par quelque chose de considérablement plus bizarre et inexplicable.

Selon une autre théorie, la chose se serait en fait déjà produite."

Cet exergue de Salut, et encore merci pour le poisson, 4e livre de la Trilogie en cinq volumes (oui oui) de Douglas Adams, résume bien l’univers singulier des héros du Guide du voyageur galactique, space opera parodique devenu culte en Grande-Bretagne.


Une saga transmedia


Cette saga, croisement entre le space opera et les Monty Python, fut l'un des premiers projets transmedia : d’abord feuilleton radiophonique, elle fut déclinée en romans (six en comptant la suite écrite par Eoin Colfer), série TV, comics, pièces de théâtre, jeu vidéo, et enfin le film.


Marvin (Warwick Davis, voix : Alan Rickman) dans H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique
La réaction de Marvin (Warwick Davis, voix : Alan Rickman) devant le succès de la saga


La saga est entrée dans la culture populaire via plusieurs éléments : le générateur d’improbabilités, Le Dernier Bar avant la Fin du Monde (bars geeks de Paris et Lille) et la catchphrase "Don’t Panic!".

La célébrissime Réponse à la Grande Question sur la Vie, la Mort, l’Univers, et le Reste, soit 42, a été l'objet d’innombrables memes Internet. D'ailleurs, à l’heure actuelle, on ne sait toujours pas quelle est la question…

42 : La réponse à la Grande Question sur la Vie, l'Univers, et le Reste


Surtout, nous publions cet article le 25 mai, jour béni nommé "Towel day" ou jour de la serviette. Les fans du grand auteur de SF aiment à rappeler ce jour-là que l’outil le plus important de tout voyageur galactique est… la serviette. 



Malgré la popularité de la saga, ce n’est que 27 ans après le feuilleton radio original, et un gros parcours du combattant, qu’on a pu savourer une adaptation cinéma, H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique, co-écrite par l’auteur lui-même, juste avant sa mort, survenue avant même le début de la production (et 4 ans avant la sortie du film). Qu’en penser ?

Un style plus littéraire que cinématographique


Lecteur enthousiaste de la saga, il m’a fallu reconnaître un défaut : Adams a beaucoup de mal à écrire une histoire. À l’exception du 3e volume La Vie, l’Univers, et le Reste (que je considère pourtant comme le plus mauvais), et la dernière partie du premier, Adams ne donne presque jamais à ses personnages des enjeux, des désirs, des missions...

Plus cher désir d'Arthur Dent (Martin Freeman) dans  H2G2 : Le Guide du voyageur galactique : trouver du thé potable dans la Galaxie (véridique)
Plus cher désir d'Arthur Dent (Martin Freeman) dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique : trouver du thé potable dans la Galaxie (véridique)


En fait, on lit Le Guide du Voyageur Galactique comme on lirait le guide du Routard (Le titre français original était Le Guide du Routard Galactique avant que la marque ne porte plainte) : les  personnages sautent simplement de planète en planète, de vaisseaux en vaisseaux, d’une époque à un autre, poursuivis par toutes les polices de la galaxie, laissant à un hasard sadique le soin de les embarquer toujours plus loin dans l’absurde.


 

Faute d’un vrai scénario, la saga d’Adams se déguste surtout pour l'imagination titanesque de l'auteur. Son humour est avant tout littéraire, fort de descriptions et de digressions à l’absurdité rafraîchissante. Il aime se focaliser sur des situations avec peu d’action, et les conter avec force détails comiques. Grâce à tout cela, l’absence d’histoire ne pèse pas lourd devant le torrent humoristique de l’écrivain. Son humour, ni visuel, ni narratif, passe simplement mal sur grand écran.

Un problème de rythme


Voilà la source des problèmes du film H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique : la majeure partie du comique provient de la voix off du Guide, trop présente, et qui freine l’action. L’action ne s’installe que très tard, après 45 minutes d’une longue mise en place. Si elle était justifiée dans les livres grâce à l’humour jaillissant à chaque phrase, ce n’est pas concevable au cinéma où l'action ne peut démarrer si tard.

Les terreurs effrayantes d' H2G2 : Le Guide du voyageur galactique : Ford Prefect (Mos Def), Arthur Dent (Martin Freeman), et Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell)
Les terreurs effrayantes d' H2G2 : Le Guide du voyageur galactique : Ford Prefect (Mos Def), Arthur Dent (Martin Freeman), et Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell)


On aurait pu imaginer une immixtion (joli mot, hein ? Il fait au moins 20 points au Scrabble) d’éléments des romans postérieurs dans le scénario pour le rendre plus nerveux, ce qui sera le choix de Jamais Contente

Le film accuse un vrai problème de rythme : resserrée sur la dernière heure, l’intrigue a du mal à se développer, et les adversaires sont trop éparpillés. 


Vue de Magrathea, planète légendaire d'H2G2 : Le Guide du voyageur galactique
Vue de Magrathea, planète légendaire d'H2G2 : Le Guide du voyageur galactique

L'autre problème est posé par le budget : 50 millions de dollars, ce n’est pas assez pour rendre justice aux inventions d’Adams, à ces planètes aux habitants très spéciaux. On est condamné à n’en voir qu’une petite partie. La plupart des décors font très cheap.


British touch


Malgré tout, H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique parvient à divertir. Il le doit d’abord à son casting. Face à la perspective de voir un classique de leur pays porté à l’écran, il était évident que tous les plus grands acteurs de Grande-Bretagne allaient se bousculer. On retrouve d'ailleurs dans la saga H2G2 une grande partie de la bande à Potter.

 

Excitée à l'idée de jouer dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique, Trillian (Zooey Deschanel) découpe un toast avec un sabre laser miniature
Excitée à l'idée de jouer dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique, Trillian (Zooey Deschanel) découpe un toast avec un sabre laser miniature

Leur métier et leur enthousiasme donnent son charme au film : Martin Freeman (plus connu pour son rôle de Hobbit chez Peter Jackson) John Malkovich, Edgar Wright, qu’on ne présente plus, Bill Nighy et Anna Chancellor, deux pontes du théâtre britannique, Warwick Davis (qui joue dans tous les Star Wars depuis le VI) la surdouée Kelly Macdonald (bluffante depuis Trainspotting, revue récemment dans sa suite et dans la saison 3 de Black Mirror).


Alan Rickman, Helen Mirren, et Stephen Fry prêtent leur voix au film. Parce que le film est co-produit par les Américains, s’y ajoutent quelques vedettes d’outre-Atlantique, dont le rappeur Mos Def, et la délurée Zooey Deschanel, qui rôde déjà avec brio son futur personnage de Jessica Day dans l’attachante sitcom New Girl.

Leur jeu est toutefois si décalé, en apesanteur, qu’ils se rapprochent de la tradition d’un burlesque britannique.

Jessica Day (Zooey Deschanel) dans la sitcom New Girl d'Elizabeth Meriwether (2011-2018)
Jessica Day (Zooey Deschanel) dans la sitcom New Girl d'Elizabeth Meriwether (2011-2018)


De plus, Douglas Adams, assisté de Karey Kilpatrick, nous a laissé une surprise : au milieu d’H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique, il vire de bord, et introduit une nouvelle intrigue et un nouveau personnage, gourou allumé campé par un Malkovich hilarant, non loin du méchant d’opérette terrassé par les gaffes de Johnny English !

Humma Kavula (John Malkovich) dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique. Il a trouvé la parade pour gagner tous les concours de bouffe de la Galaxie sans avoir mal au ventre
Humma Kavula (John Malkovich) dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique. Il a trouvé la parade pour gagner tous les concours de bouffe de la Galaxie sans avoir mal au ventre


50 nuances de comédie


Les personnages d’H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique ont tous un humour propre : celui des gestes pour Dent, pince-sans-rire pour Ford et le narrateur, grotesque pour Zaphod, 100 % British pour Trillian, de répétition pour Marvin. La comédie est très variée, et les acteurs parviennent à tirer tout le jus de leurs stéréotypes.

Questular Rontok (Anna Chancellor) et le Grand Prostetnik Vogon Jeltz (Richard Griffiths) dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique
Questular Rontok (Anna Chancellor) et le Grand Prostetnik Vogon Jeltz (Richard Griffiths) dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique


La mise en scène de Garth Jennings regorge de belles trouvailles. Malgré son budget insatisfaisant, il réussit quelques scènes d’anthologie : le numéro d’ouverture "So long and thanks for all the fish" couplé au ballet de dauphins est irrésistible.



Au bout du compte, le film tombe dans un piège où tombera plus tard une autre romancière surdouée de Mother England, J.K.Rowling. Ses Animaux Fantastiques privilégieront la mise en place d’un alléchant univers, au détriment d’une vraie histoire.


Un petit effet secondaire du Générateur d'Improbabilités dans H2G2 : Le Guide du voyageur galactique

L’univers en folie


Affaibli par son absence de scénario, H2G2 : Le Guide du Voyageur Galactique séduit tout de même, par ses personnages cramés du bulbe, son ton si anglais, et son Univers en Folie. Parmi les différents médias, l’adaptation cinéma reste cependant loin derrière les feuilletons radio et TV, sans parler des romans.






Tous les fans de SF, et tous les geeks du monde, mettent cependant un point d’honneur à faire découvrir la création de Douglas Adams. Le Guide du Voyageur Galactique représente bien l’apogée de l’imaginaire loufoque de l'auteur. Plongez donc avec délice dans ce film, les livres et la série. On en ressort l’âme rieuse, le 25 mai ou un autre jour.



Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !



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mercredi 24 mai 2017

PIRATES DES CARAÏBES 5, LA VENGEANCE DE SALAZAR : SOS FANTÔMES







Par Clément


Les Experts : Caraïbes


"Mon business, c’est le transport ; mon job, c’est de transporter le public d’un endroit à un autre." Ainsi se résume Jerry Bruckheimer, plus grand producteur d’Hollywood en termes de films à gros budget (et de fortune personnelle).

On pourrait critiquer Bruckheimer d’avoir financé d’immondes navets aux côtés de bons blockbusters et de séries qui ont marqué la télévision (la franchise des Experts, notamment). Cependant, il est toujours resté fidèle à son credo. 


Il souhaite produire les films qui représenteront la quintessence d’un genre populaire. Ainsi, il ressuscite les films d’avion, genre très aimé d’Hollywood dans les années 40-50, avec Top Gun. Il dope le buddy movie à l’adrénaline pure avec Bad Boys et suites. Il reste le producteur du film-phare du genre "l’Amérique sauve le monde" avec Armageddon, et de la comédie musicale 80s avec Flashdance.


Armageddon, réalisé par Michael Bay (1998), un des plus célèbres poulains de l'écurie Bruckheimer
Armageddon, réalisé par Michael Bay (1998), un des plus célèbres poulains de l'écurie Bruckheimer


Pirates des Caraïbes représente le meilleur du style Bruckheimer, son cocktail, souvent déséquilibré au profit de l’action abêtissante, est ici mieux dosé : scènes trépidantes, romance accrocheuse, humour percutant, spectacle visuel permanent, Pirates des Caraïbes 5 est une vraie réussite. Si les 1er et 3e volets remplissaient le contrat, le 2e négociait mal son virage sombre, tandis que le 4e se prenait trop au sérieux : la franchise oubliait qu’elle était parodique. 


Après la déconvenue de ce dernier volet, on se posait la question : était-ce le combat de trop ?





Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar balaye les doutes : la franchise sait encore envoyer du bois, et massivement ! Le spectateur néophyte y trouvera son plaisir sans problème.


Henry Turner (Brenton Thwaites) fils de Will et Elisabeth, jure qu’il délivrera son père et son équipage de la malédiction qui l'a frappé dans le 3e film. Seul le Trident de Poséidon, artefact magique caché au fond de l’océan, peut briser toutes les malédictions maritimes. 


Henry cherche à recruter le fameux Jack Sparrow (Johnny Depp) pour l’assister. Sur leur chemin, ils croisent Carina Smyth (Kaya Scodelario, héroïne de la dystopie adolescente Le Labyrinthe). C'est une astronome trop brillante pour la société machiste de son temps. Les hommes veulent la voir pendue. Elle veut percer le mystère de son père qu'elle n'a jamais vu, et cela pourrait les mener au fameux Trident.
Mais Jack a malencontreusement libéré un ancien ennemi, Armando Salazar (Javier Bardem) capitaine devenu fantôme. Salazar s’est juré de tuer Jack par vengeance. 


La chasse au trésor peut commencer…

Un grand tour de manège


La force du film, c’est le scénario en béton armé (à quelques raccourcis près) de Jeffrey Nathanson. Premier point, il respecte la règle de Samuel Fuller "Si la première scène ne provoque pas d’érection, il faut tout recommencer". Grâce à un incipit gothique, on est pris directement dans un tour de manège géant, sans temps mort pendant 129 minutes.



Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)
Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, réalisé par Joachim Rønning et Espen Sandberg (2017)


On retrouve la virtuosité dont le scénariste faisait preuve dans Attrape-moi si tu peux de Spielberg. Les péripéties stupéfient par leur imagination débordante : on commence par l’un des braquages de banque les plus hallucinés de l’histoire du cinéma, puis pêle-mêle, une attaque de sélaciens morts-vivants, un remake d’un célèbre passage de la Bible, une guillotine-grand huit (si, si)… Jack Sparrow étant le pirate le plus malchanceux du monde, il faut y ajouter les abordages, les pièges, les explosions et les négociations débiles…


Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Un film flamboyant


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, grande aventure picaresque, est non seulement très rapide, mais aussi remplie à ras-bord. La mise en scène du duo Joachim Rønning-Espen Sandberg, en longs panoramiques de caméra, en plans larges, et au montage agréable, forment un film flamboyant. À l’ère des blockbusters aux scènes d’action illisibles, le film revendique fièrement d’être "vieille école", et s'avère plus efficace.


Si le film est si réussi, c’est parce qu’il maîtrise le récit choral. Jack Sparrow, moteur central des films précédents, n’a plus le rôle principal. Il partage équitablement la vedette avec le jeune couple Henry-Carina, Barbossa, et Salazar.

 
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Jack Sparrow (Johnny Depp) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


La plupart du temps, Jack subit les événements plus qu’il ne les provoque. Cette bande de (anti-) héros qui se lancent des vannes est jubilatoire. En cela, le film suit la même recette que Les Gardiens de la Galaxie. Le mélange action-humour-romance-aventures est explosif. Je vous laisse la surprise d'un caméo pour l'oncle de Jack.


La malédiction du Black Pearl 2.0


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar réussit là où Jurassic World avait échoué : faire un faux remake du film fondateur de la saga. En effet, on retrouve de nombreux thèmes de La malédiction du Black Pearl.



Affiche du film Pirates des Caraïbes, premier du nom, réalisé par Gore Verbinski (2003)


On retrouve dans Pirates des Caraïbes 5 l’équipage frappé par une malédiction, un trésor à chercher, un jeune couple de comédie américaine qui se fera des bisous après s’être envoyé des piques, et une vendetta. Même la musique, signée Geoff Zanelli, imite clairement le style d’Hans Zimmer dans le premier film de la franchise. Et si on trouve des coïncidences gênantes dans les deux scénarios, le souffle aventureux emporte tout.

 
 


Une recette efficace


Le scénario parvient chaque fois à nous proposer ces thèmes de manière innovante : plus d’humour, avec des mailles sémantiques tordantes, et du slapstick de cartoon, plus poussé que dans les volets précédents. Chapeau bas pour les décors, notamment l’incroyable tombe de Poséidon, et des fantômes toujours plus effrayants


Si Elisabeth était une femme d’action, Carina surclasse ses partenaires masculins en intelligence vive. Kaya Scodelario retrouve avec bonheur l’ironie sarcastique, et la froideur de son personnage d’Effy dans la série Skins (UK).


Elizabeth Stonem, dite Effy, dans Skins de Jamie Brittain et Bryan Elsley (2007-2013)
Elizabeth Stonem, dite Effy, dans Skins de Jamie Brittain et Bryan Elsley (2007-2013)


On s’autorisera tout de même à préférer Keira Knightley. Il était de toute façon difficile pour l’actrice de 24 ans de passer après un tel personnage.


Javier Bardem, époustouflant derrière son maquillage d’horreur, investit après No country for old men et Skyfall son écrasante présence physique dans un rôle de méchant jouissif. Son épouse, Pénélope Cruz, n’était pas si mémorable dans le film précédent. Lui tient la comparaison avec Barbossa.


Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Armando Salazar (Javier Bardem) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Vieillissant, l’ancien rival de Jack se révèle émouvant alors qu’il cherche une rédemption.


Hector Barbossa (Geoffrey Rush) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Hector Barbossa (Geoffrey Rush) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Des personnages archétypaux




Les personnages sont plus archétypaux : le couple Henry-Carina n’a pas la flamme de Will-Elisabeth. Si le stand-up continu de Johnny Depp est un délice, il a tendance à gommer le côté rusé qui fait le sel du pirate Sparrow. Le personnage s’auto-parodie toujours plus, au point de ressembler à son pastiche Jack Céparou dans l’amusante web-série Noob.



Un sacrifice, pour que Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar tourne sur cinq moteurs au lieu d’un ou deux. La comparaison avec Star Wars VII (également un remake décevant d'un film fondateur) est d’autant plus justifiée que Carina partage avec Rey le traumatisme de l’absence du père (comme c'est original…), mais impulse au film son élan

Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Henry Turner (Brenton Thwaites) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
Carina Smyth (Kaya Scodelario) et Henry Turner (Brenton Thwaites) dans Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar


Hollywoodien jusqu’au blanc des yeux, Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar se paie même une fin très satisfaisante, qui gonflera de joie le cœur des fans de la première heure...

 

La saga est relancée


Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar, en revenant aux sources du succès de la saga, accomplit l’exploit difficile de déchaîner l’enthousiasme quand on croyait la franchise perdue. Maintenant que la saga a utilisé son joker, il va lui falloir se réinventer pour le sixième film. Après un tel coup d’éclat, on a confiance. 

Jack Sparrow, juste après avoir appris qu'il allait rempiler pour un sixième film
Jack Sparrow, juste après avoir appris qu'il allait rempiler pour un sixième film


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