mercredi 12 novembre 2025

BIENVENUE SUR MARLA'S MOVIES



DERNIERS ARTICLES


       

     


MEILLEURS FILMS DU MOMENT

 

      


JEUX-CONCOURS


 

lundi 5 décembre 2016

ARÈS : LE DERNIER COMBAT





Arès est la bonne surprise du moment au cinéma. Ça n'avait rien d'évident. Je suis très sévère avec les dystopies, et une dystopie française était un gros pari. Et pourtant, là où les mauvaises langues disent que les Français ne sont pas doués pour les films de genre, Jean-Patrick Benes leur donne tort avec brio.

Un peu de rétro-futuriste, un peu de cyber punk, Benes connaît ses classiques, et use d'une photo à la Léo Carax ou à la Jeunet, dans un Paris-brouillard aux teintes jaunes. 

Paris enveloppé d'un brouillard jaune dans Arès, de Jean-Patrick Benes
Paris enveloppé d'un brouillard jaune dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)


Arès nous dit, comme toutes les dystopies, que l'avenir s'annonce mal. Le film devrait crier le manque de moyens, et au lieu de cela, le réalisateur fait preuve d'une grande inventivité pour les plans et la mise en scène. L'ensemble rappelle ce vieux slogan "En France, on n'a pas de pétrole (ni de moyens hollywoodiens) mais on a des idées."

Si vous aimez Trepalium...


Le principe d'Arès est le même que celui de la série Trepalium : le chômage et la misère sont devenus la norme. C'est l'emploi, l'exception.



Arès est le nom d'un combattant abîmé, Rocky futuriste à la merci de grandes entreprises. En effet, dans la dystopie de Benes, le corps est à vendre. Pour les lutteurs, il s'agit d'être sponsorisé par une entreprise qui teste sur eux de nouvelles drogues potentiellement dangereuses. Eh oui, en 2035, plus de scandale de dopage dans le sport : il est devenu légal.

Reda, dit Arès (Ola Rapace) dans le film de Jean-Patrick Benes (2016)
Reda, dit Arès (Ola Rapace) dans le film de Jean-Patrick Benes (2016)


Libre aux sportifs de se mettre en danger pour une grosse somme d'argent. Ce sera le choix d'Arès. Il porte le nom du dieu de la guerre, et se retrouve malgré lui guerrier contre le système.

Le corps en dystopie : un beau sujet peu exploité


De nombreuses dystopies évoquent le corps, mais toujours en périphérie de l'intrigue. Orwell dit dans 1984 que le sexe a le pouvoir de réduire le Parti en miettes. Dans Le Meilleur des mondes, Huxley décrit une société où "tout le monde appartient à tout le monde." Dans Nous Autres de Zamiatine, le héros fuit le désir comme la peste.

Il n'y a guère que La Servante écarlate, de Margaret Atwood, pour parler du corps des femmes en dystopie, exploité par une société qui les réduit au rang de pondeuses. Cette idée est d'ailleurs reprise dans le dernier Mad Max.

Dans Matrix, le corps des individus ne sert à rien, tant ils demeurent prisonniers de l'illusion de la machine, qui dicte à leur cerveau ce qu'ils sont censés voir. Neo, après avoir choisi la pilule rouge, utilise ses yeux pour la première fois.

Neo a le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge dans Matrix, de  Lana et Lilly Wachowski (1999)
Neo a le choix entre la pilule bleue et la pilule rouge dans Matrix, de  Lana et Lilly Wachowski (1999)


Benes ne tombe pas dans l'écueil de parler prostitution. il évoque la marchandisation du corps sous d'autres aspects, plus novateurs, comme cette télé-réalité proposée par Myosotis, trans, qui diffuse sa vie privée en ligne.


Myosotis dans Arès trans travesti travelo
Myosotis (Micha Lescot) dans Arès


Arès : une bonne surprise



Ne regardez pas la bande-annonce, elle spoile tout le film. Dites-vous juste que si vous aimez le cinéma de genre, les belles jeunes filles aux cheveux roses (Anouk, révélation du film, n'est pas sans rappeler Mélanie Thierry dans la dystopie récente de Terry Gilliam, Lilou chez Besson et Kate Winslet dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind) et le ciné fauché bourré de trouvailles, Arès peut vous plaire.

Anouk (Eva Lallier) dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)
Anouk (Eva Lallier) dans Arès, de Jean-Patrick Benes (2016)

Bien ficelé, haletant et pertinent, Arès ravira les amateurs de dystopie, de science-fiction et d'anticipation. Il n'y a pas que les Anglais pour nous foutre les jetons sur notre avenir proche. En France, on sait aussi réfléchir sur le cauchemar futuriste.


Un avis ? Une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :

    

ABSOLUTELY FABULOUS, LE FILM : EDINA ET PATSY ONT PÉTÉ UN CÂBLE







Par Clément



Je suis un grand fan d’Absolutely Fabulous. Série britannique créée en 1992 par l’humoriste Jennifer Saunders et sa comparse Dawn French, elle s’inscrivait dans la tradition des sitcoms britanniques, souvent plus audacieuses et corrosives que leurs consœurs américaines. 



Le pitch : Edina Monsoon (Saunders, également scénariste de tous les épisodes), chargée des relations presse avec plusieurs stars de la jet-set, est surtout déjantée. Mère divorcée irresponsable, elle délaisse sa fille Saffron, dite Sweetie, un peu trop mature et austère pour son âge (Julia Sawalha). 


Edina préfère faire les 400 coups avec sa meilleure amie Eurydice Colette Clytemnestra Dido Bathsheba Rabelais Patricia Cocteau Stone.





D'accord, tout le monde l'appelle « Patsy » (Joanna Lumley). C'est une rédactrice de mode, nymphomane, ivrogne et accro à la drogue. 

Allergiques au mot « vieille », les deux commères ne pensent qu’à enchaîner les plaisirs – sous les yeux indifférents de la mère d’Edina, (June Whitfield) –  et se vautrer dans le luxe tape-à-l’œil. 



Elles sont parfois aidées par Bubble (Jane Horrocks), secrétaire incapable de prononcer une seule phrase ayant un sens logique, d’une incompétence élevée au rang d’œuvre d’art. Le film a le mérite de pouvoir s’adresser à tout le monde ; bien entendu, les fans pourront se délecter des clins d’œil qui leur sont adressés.

Rendez-nous la série !


La série plaisait par son humour vitriolé et ravageur, ses personnages dingo aux leur pulsions régressives dans des situations catastrophiques et hilarantes. 


Les dialogues, à faire pâlir les meilleures comédies américaines, éclataient comme des tirs de missiles. AbFab s’inscrivait dans le registre de la satire, souvent celle de la mode et du show business, mais tout le monde en prenait pour son grade : la classe moyenne, la famille, les pauvres, les riches, les moralistes et les épicuriens… 

Après une conclusion réussie en saison 3, Saunders cède à la tentation de prolonger sa série, et aboutit à une baisse de qualité globale en plus des redites. Malgré tout, le public en redemande, et 24 ans après le pilote, Saunders met au jour une adaptation sur grand écran de son bébé (il va de soi que nous oublierons la médiocre adaptation française Absolument fabuleux, sortie en 2001, réalisée par Gabriel Aghion, avec Josiane Balasko et Nathalie Baye), qui se veut plaquée or mais s'avère en toc. 


Les séries: passage difficile du petit au grand écran


Transposer une série sur grand écran  est un exercice difficile. Beaucoup d’adaptations se sont cassé les dents, le plus souvent à cause de funestes libertés prises par les auteurs : multiples contresens esthétiques pour Les Mystères de l’Ouest (Wild Wild West réalisé par Barry Sonnenfeld en 1999), bourrinage d’action dans Equalizer (réalisé en 2014 par Antoine Fuqua) médiocre casting pour Chapeau melon et bottes de cuir (réalisé en 1998 par Jeremiah Chechik), trahison de l’esprit original de Ma sorcière bien-aimée (réalisé par la pourtant excellente Nora Ephron en 2005)… 



Une franchise comme celle de Mission : Impossible, est une rare exception. Sans doute le risque est-il moindre si les artisans de la série sont aux manettes, comme l’efficace X-Files : Combattre le futur (1998), le très appréciable MI-5 Infiltration (2015), le premier film Sex and the city (2008) – le deuxième sombrant dans un oubli miséricordieux. 




Par bonheur, toute l’équipe d’Absolutely Fabulous est au rendez-vous. Avec cet atout de départ, comment le film manque-t-il sa cible ?

On ne s'ennuie pas, mais...


Tout d’abord, l’écriture d’un épisode de 25 minutes diffère de celle d’un long-métrage. Un épisode de la série choisissait une cible à attaquer, puis enchaînait gags et catastrophes sans faiblir jusqu’à ce que générique s’ensuive. 

Les histoires d’Ab Fab sont très schématiques, simples canevas à la bourrasque comico-acide. Or Saunders voit le film comme un épisode étendu. Elle renonce donc à tout scénario, se contentant d’une vague intrigue de course à l’échalote. On lui accorde crédit d’avoir réussi à tenir la cadence d’enfer des épisodes de 25 minutes sur un film de 91 minutes, ultra-concentré en humour délirant. 

Effectivement, on ne « s’ennuie pas ». Il est visible que Saunders suit l’exemple du trio Zucker-Abrahams-Zucker, dont les films les plus emblématiques ne sont en fait qu’une simple accumulation de gags, comme le cultissime Y’a-t-il un pilote dans l’avion ? (1980) dont elle reprend certains schèmes : poursuite burlesque, slapstick, digressions soudaines...




Des gags qui tombent à plat


Sauf que l’écrasante majorité des gags de Absolutely Fabulous tombe à plat pour cause d’hystérie : en voulant les enchaîner rapidement, l’auteure est forcée de rendre son personnage épuisant, et caricature ses travers (accro au luxe et à l’argent, dépensière, névrosée…) L’humour d’Edina ne vient plus de son côté irresponsable, mais des excès de son mode de vie… soit le terrain de jeu de Patsy. Ainsi, l’humour d’Edina devient identique à celui de Patsy, et les deux tornades deviennent des doublons, ce qui rend les gags répétitifs et agaçants, quand ils ne sont pas cliché. 

Inverser les personnages n’aurait pas modifié le film (le volet familial excepté), ce qui réduit la comédie à une mécanique sans âme. En fait, Saunders n’est pas à l’aise dans l’art si difficile du gag, elle est avant tout une pro des dialogues, ceux qui rendent la série si attractive. En changeant son humour habituel pour un autre qu’elle ne maîtrise pas, le film ne marche pas. Il est notable que les rares scènes réussies du film (comme le jeu de massacre dans l’avion) sont justement celles où elle laisse libre cours à sa verve assassine.




L’obsession du mariage (d’argent bien sûr) de Patsy et l’obsession professionnelle d’Edina rattachent aussi le film au genre de la screwball comedy, ces comédies féministes et burlesques qui ont emporté le public américain des années 30 et 40 dans des torrents de rire et de réflexions sur la société. 


Cary Grant et Katherine Hepburn dans L'Impossible Monsieur Bébé de Howrad Hawks, exemple de screwball comedy
Cary Grant et Katherine Hepburn dans L'Impossible Monsieur Bébé de Howrad Hawks, exemple de screwball comedy


Patsy se faisant passer pour un homme rappelle Cary Grant forcé de se déguiser en femme pour passer une absurdité administrative dans Allez coucher ailleurs (1949), réalisé par Howard Hawks, ou plus récemment Chouchou réalisé par Merzak Allouache (2003) avec Gad Elmaleh. Tout à ses gags, Saunders oublie le cœur de sa série : son côté satirique : ici, la jet set et sa manie de faire la fête sans modération est un peu égratignée, mais guère plus. Son humour devient purement gratuit, quelle perte de saveur !


Une course hystérique, rien de plus


Une autre erreur est que la course hystérique du duo après les billets verts laisse les seconds rôles en chemin : si Saffron arrive à exister, sa fille comme son compagnon passent par pertes et profits. 

Dans cette comédie trop folle, Saunders bride pourtant le délire acide de Bubble, peut-être l'un des personnages les plus fous de l’histoire des séries télé. 

Bubble dans AbFab
Bubble dans AbFab

On aurait aussi aimé voir plus l’éditeur ironique joué par Mark Gatiss, que les amateurs de Dr. Who et Sherlock connaissent bien. On se demande si le talentueux scénariste/acteur n’aurait pas dû écrire le film…

Mise en scène ratée


Le film Absolutely Fabulous reçoit le coup de grâce par la mise en scène de Mandie Fletcher, réalisatrice de la saison 6 de la série). Elle sombre dans une surenchère de bling-bling. On a parfois l’impression de regarder un film commis par Fabien Onteniente, supporter de ce mode de vie malsain (Jet Set, Turf…). Même s’il s’agit d’une satire du milieu et non d’une apologie, l’absence de venin de Saunders empêche de faire la différence. Les différents tableaux rivalisent en luxe vulgaire, maison familiale incluse. 

Toujours dans le même souci d’épate, le film enfile les grands noms du showbiz comme des perles, mais l’accumulation (Stella McCartney, Emma Bunton, Cara Delevingne, Jean-Paul Gauthier, Kate Moss… plus de 60 en tout !) tourne au cache-misère du scénario. Seul Jon Hamm s’en tire bien, en proie désemparée de Patsy (à l’inverse du séducteur Don Draper).

Jennifer Saunders enterre sa série


Après nous avoir fait rire pendant 20 ans, Jennifer Saunders enterre sa série sous un fatras de gags épuisants, de name-dropping prétentieux, et d’une pompe vulgaire s’effondrant sous son propre poids. Il est à craindre qu’elle n’ait plus rien à dire. La créatrice a confié caresser l’idée d’un deuxième film. À moins de retrouver la finesse d’écriture des premières saisons (s’étendant jusqu’au début des années 2000) l’idée n’apparaît pas judicieuse. Ne restons pas sur ce film, replongeons-nous plutôt dans les premières et les plus grandes heures d’Absolutely Fabulous, qui demeurera une des séries les plus jouissives de Grande-Bretagne.



Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :


  


Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !