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samedi 18 février 2017

ET LES MISTRALS GAGNANTS : UN ARC-EN-CIEL À L'HOSTO







Je déteste l'expression « leçon de vie ». Je la vois trop souvent utilisée pour des bluettes qui finissent mal. Dans le cas de Et les mistrals gagnants, l'expression est tout à fait justifiée. Vous n'oublierez pas cette bande de gosses.

Des personnalités hautes en couleurs, des âmes d'artistes et un solide sens de l'humour font que ces enfants vivent l'hôpital avec philosophie, et davantage de sagesse que leurs parents.

Et les mistrals gagnants n'évangélise pas l'hôpital, bien au contraire. Il montre aussi que ces enfants souffrent. Sans complaisance, ce docu est à rapprocher de l'excellent Être ou avoir, qui présentait en toute simplicité une classe d'école primaire et son instituteur dévoué.


Jojo et son instit dans Être ou avoir, de Nicolas Philibert (2002)
Jojo et son instit dans Être ou avoir, de Nicolas Philibert (2002)


La chanson de Renaud qui a donné son titre au film prend un sens nouveau, illustrée par les images d'Anne-Dauphine Julliand. Quant au distributeur, Nour Films, il avait défendu en 2014 un autre docu, Spartacus et Cassandra, qui mettait aussi en scène le destin de deux enfants.

Anne-Dauphine Julliand a réalisé un documentaire bouleversant sur le quotidien d'enfants malades, sans pathos, sans misérabilisme, avec cet élan d'espoir qui fait les grands drames.

Cela rappelle, côté fiction, l'excellente pièce d'Eric Emmanuel Schmitt, Oscar et la dame rose, où un petit garçon décrivait son quotidien à l'hôpital avec humour et sincérité.

Danielle Darrieux jouait à la fois Oscar et la dame rose dans la pièce d'Eric Emmanuel Schmitt en 2003
Danielle Darrieux jouait à la fois Oscar et la dame rose dans la pièce d'Eric Emmanuel Schmitt en 2003


Bouleversant sans être plombant, Et les mistrals gagnants offre une galerie de portraits formidables. Ambre est celle qui m'a le plus touchée, mais je ne vous dirai pas pourquoi.





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vendredi 17 février 2017

A CURE FOR LIFE : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)








Pour certains, ce sont les films d'horreur qui les feront courir en salle. Pour d'autres les rom-com. Pour d'autres encore, le nom d'un acteur ou d'une actrice sur l'affiche. Dans mon cas, c'est la dystopie. C'est simple, je vais toutes les voir. Oui, même Divergente 2.

Depuis le Showeb de septembre, je n'attendais que ce film. A Cure for Life m'a fait venir en salle le jour de sa sortie, excitée comme une môme, la main sur mon carnet de notes pour défendre d'avance le chef d'oeuvre. 

Aïe. La dernière dystopie vendue à grand fracas dans tous les médias est ratée. Référencée, avec de jolis plans (nul besoin de lunettes 3D, le train menant en Suisse semble en relief, et l'on pénètre le tunnel comme dans la Quatrième Dimension) mais au scénario troué. Son intrigue part en tous sens et certaines énigmes ne sont toujours pas résolues au bout de 2h27.


Gore Verbinski connaît ses classiques


Gore Verbinski connaît ses classiques. Son héros, Lockhart, est privé de prénom, et son nom signifie littéralement "cœur enfermé."



Dane DeHaan (Lockhart) arrive à la clinique suisse du Dr Volmer dans A Cure for Life, de Gore Verbinski (2017)
Dane DeHaan (Lockhart) arrive à la clinique suisse du Dr Volmer dans A Cure for Life, de Gore Verbinski (2017)

C'est un jeune loup façon loup de Wall Street, et Dane DeHaan est souvent comparé à DiCaprio (à tort, sans doute : il manque de charisme, même s'il avait fait une jolie performance dans l'excellente série En Analyse.) Le voyage en train de Lockhart pour retrouver son collègue disparu, Pembroke, ressemble au périple de Jonathan Harker dans Dracula. Verbinski doit d'ailleurs être un fan de la version de Coppola, sortie en 92. 


Jonathan Harker (Keanu Reeves) dans Dracula de Coppola (1992)
Jonathan Harker (Keanu Reeves) dans Dracula de Coppola (1992)


Si le décor n'a rien à voir (A Cure for Life se déroule en Suisse et non dans les Carpates) la musique et l'ambiance du film lui confèrent une dimension gothique. Lockhart s'embarque, comme le personnage de Dracula, dans un voyage qui sera peut-être sans retour.

Le gothique caractérise aussi la fin du film, à grand renfort de rituels sectaires et de bougies.

Premier problème : la musique de A Cure for Life, berceuse cliché comme on en entend dans tous les films d'horreur, tourne en boucle, de la danseuse aux yeux fermés confectionnée par la mère de Lockhart au générique de fin. Tout est trop appuyé : "Oh, regardez ce verre d'eau, il est louche" ; "Voyez cette jeune fille blonde, comme elle est mystérieuse," et j'en passe. A Cure for Life est un film qui ne fait pas assez confiance au spectateur et souligne à l'extrême ses références et ses symboles. Certains plans sont magnifiques, mais je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il s'agit d'un blockbuster déguisé en film d'auteur, une série B maquillée en film intellectuel.


Les docteurs flippants au cinéma (Attention Spoilers)


A Cure for Life se révèle d'une fausse profondeur. Les docteurs qui rendent malades au lieu de soigner sont légion en dystopie et au cinéma. C'est une tradition en dystopie que de soigner les bien portant. le meilleur exemple reste Le Pays des aveugles, de H.G. Wells, où un homme décide de conquérir un pays peuplé d'aveugles. 




Le héros, qui voit clair, se dit qu'il n'aura pas de mal à devenir le roi de cet étrange pays.

Grossière erreur. La cécité représentant la norme, le héros se voit "soigné" à la fin de la nouvelle : on le rend aveugle, et ainsi il devient comme les autres. En gros, depuis HG Wells, on ne cesse de vous faire du mal pour votre bien. C'est même suggéré dans le titre original du film, A Cure for Wellness.

Lockhart dans A Cure for Life peut être considéré comme un malade du travail. La cure en Suisse semble toute indiquée. Manque de bol, il atterrit dans une clinique douteuse, avec des anguilles en guise de symbole et Lucius Malfoy comme directeur.


Jason Isaacs est le Docteur Volmer dans A Cure for Life
Jason Isaacs est le Docteur Volmer dans A Cure for Life

Jason Isaacs (formidable dans la saga Potter) est impérial en médecin sadique. Il rappelle O'Brien dans 1984 et le dentiste de Marathon Man


Richard Burton en O'Brien face à Winston (le regretté John  Hurt) dans le 1984 de Michael Radford, justement sorti en 1984
Richard Burton en O'Brien face à Winston (le regretté John  Hurt) dans le 1984 de Michael Radford, justement sorti en 1984



Laurence Olivier, terrifiant en dentiste nazi dans Marathon Man, de John Schlesinger (1976)
Laurence Olivier, terrifiant en dentiste nazi dans Marathon Man, de John Schlesinger (1976)


Excellent choix de casting, car Malfoy père était une figure fasciste dans Potter, et incarne ici une idéologie fascisante, l'obsession du sang pur qui caractérisait déjà le Mangemort de JK Rowling. La tendance au nazisme est renforcée par la langue allemande, parlée dans cette partie de la Suisse.

Quant au triste patient, Lockhart, il ressemble au héros d'Orange Mécanique ou à la suppliciée dans Opera de Dario Argento.


Dane DeHaan torturé dans A Cure for Life
Dane DeHaan torturé dans A Cure for Life



Malcolm McDowell dans Orange Mécanique de Kubrick (1971)
Malcolm McDowell dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick (1971)

Cristina Marsillach dans Opera de Dario Argento (1987)
Cristina Marsillach dans Opera de Dario Argento (1987)

On regrette que ce ne soit pas Argento, maître italien de l'horreur, qui soit aux commandes de A Cure for Life. Gore Verbinski, au prénom évocateur, doit admirer le cinéma gore. Mia Goth (autre patronyme révélateur) est plutôt convaincante dans le rôle d'Hannah, et jouera d'ailleurs dans le remake de Suspiria de Dario Argento, qui sortira prochainement.




Mia Goth joue Hannah dans A Cure for Life
Mia Goth joue Hannah dans A Cure for Life

Mia Goth a des airs d'héroïne burtonienne, avec ses longs cheveux blonds dans un décor poétique et effrayant.

C'est une joie de revoir à l'écran Celia Imrie, grande actrice de second rôle.


Un scénario plein de trous


Au-delà du casting, que dire ? Un scénario plein de trous. Du vrai gruyère. Qui est ce pendu devant l'église ? Cela restera un mystère. Pourquoi la mère de Lockhart devine-t-elle que son fils ne rentrera pas de son voyage ? Silence là-dessus également. Et Pembroke ? mort ou non ? Pas de réponse. Ajoutez à cela que les patients de la clinique meurent déshydratés quand ils boivent de l'eau toutes les vingt secondes...

Quant aux cuves où sont enfermés les malades, elles étaient bien plus pertinentes dans The Silenced, excellent film d'épouvante japonais. 


Truffé d'incohérences, aux répliques risibles, A Cure for Life se prend très au sérieux mais ne tient en rien ses promesses. On nous promet une allégorie de la société de consommation. Où est-elle ? Elle est claire chez Huxley dans Le Meilleur des mondes, ou chez Cronenberg dans Cosmopolis, mais ici ?



Si le film tient en haleine pendant 2h27 (une prouesse en soi) il n'apporte pas les réponses attendues.


Explication de la fin


Si je résume, le Dr Volmer n'est autre que le créateur de la clinique, ouverte pourtant depuis plus de deux siècles. Obsédé par la pureté de la descendance, il a couché avec sa sœur pour assurer sa lignée, et Hannah est le fruit de cette union. Le médecin a trouvé l'équivalent de l’élixir de vie, qui donne la vie éternelle à quiconque le boit. Il en donne à sa fille, histoire qu'elle profite elle aussi de l'éternelle jeunesse.


Hannah boit l’élixir de vie dans A Cure for Life
Hannah boit l’élixir de vie dans A Cure for Life

Hannah grandit au ralenti, et quand elle est réglée, son père décide de la mettre enceinte afin de garantir la descendance des Volmer. En somme, il est doublement incestueux: avec sa sœur d'abord, puis avec sa fille.

Volmer, deux siècles auparavant, avait tout fait pour sauver sa sœur qui attendait un enfant de lui. Pour cela, il avait enlevé les villageois et mené sur eux de drôles d'expériences, en vue de trouver le remède miracle. De nos jours, le médecin est toujours là, gardé en vie par l'élixir, rendu "magique" par les anguilles qui peuplent les eaux du domaine.



Baignoire remplie d'anguilles dans A Cure for Life
Baignoire remplie d'anguilles dans A Cure for Life

Lockhart, à qui l'on a lavé le cerveau grâce à des anguilles avalées de force, se réveille brusquement pour sauver sa belle. Point de fin à la Orwell: comme dans Equals, le lavage de cerveau ne résiste pas à l'amour.

Ce qu'il advient des vieux desséchés à la fin de A Cure for Life est pompé sur Soleil Vert, où les personnes âgées servaient de repas à la population grandissante.

À la fin, Lockhart met le feu à la clinique et s'enfuit avec Hannah. Il refuse de revenir au monde capitaliste, comme en atteste son rejet de ses collègues, venus le chercher en voiture comme on envoie un taxi à un pote en fin de soirée.

La fin de A Cure for Life évoque aussi la morale de la dystopie Time Out : "Pour que quelques-uns parviennent à l'immortalité, beaucoup doivent mourir."





A Cure for Life ne tient pas ses promesses


En bref, A Cure for Life pêche par son scénario alambiqué et peu convaincant, quand on nous promettait une fine réflexion sur notre époque. Les très beaux plans ne font pas oublier les incohérences béantes du scénario. Si le film demeure haletant sur 2h27, il s'avère frustrant sur la fin car il ne tient pas ses promesses. Le film se perd dans le mélange des genres, hésitant entre film d'horreur, dystopie, thriller, anticipation et allégorie sociétale. Verbinski s'épuise à imiter Scorsese (Le Loup de Wall Street, et surtout le génial Shutter Island) mais ne lui arrive pas à la cheville.

Verbinski n'est pourtant pas sans talent, et nous offrira peut-être de meilleurs films à l'avenir. Vous pouvez vous faire votre propre idée sur A Cure for Life. De mon côté, j'ai envie de me guérir de ce film en redécouvrant les modèles du genre.




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orange star.jpg Pas bon À hurler !