dimanche 22 juin 2014

DIVERGENTE : RETOUR AU MEILLEUR DES MONDES





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Veronica Roth, pour sa dystopie (société alternative cauchemardesque) a choisi de calquer son univers sur celui de Aldous Huxley dans Le Meilleur des mondesChez Huxley, le monde est déjà divisé en cinq castes : les Alphas représentent l'élite de la nation, les Bêtas sont l'équivalent des cadres, les Gammas composent la classe moyenne, et les Deltas et Epsilons forment la classe ouvrière. Les atouts physiques sont aussi reçus à la naissance : la beauté, la force et l'intelligence pour les classes supérieures, la laideur et la stupidité pour la classe populaire. Dans un monde où la reproduction est asexuée (Huxley inventait en fait le clonage dès 1932) le destin des habitants est décidé d'avance par la classe dirigeante. 


Tout va pour le mieux...


Tout va pour le mieux dans ce Meilleur des mondes. Pourquoi ? Parce que chacun est heureux de son sort. Nul n'envie la caste de l'autre. La méthode est simple : forcer les individus à la conformité grâce à des enregistrements audio écoutés en boucle dès le berceau.


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Pour Divergente, les choses changent quelque peu. Les cinq factions sont des classes sociales déguisées, censées refléter le caractère de leurs membres, reprenant l'idée de Platon pour La République : chacun trouve sa voie selon ses aspirations naturelles (artistiques ou intellectuelles.) Chez Veronica Roth, les Erudits (intellectuels) Fraternels (hippies bienheureux) Sincères (d'une franchise sans faille) Audacieux (courageux et fonceurs) et Altruistes (Mères Teresa en puissance) choisissent leur destin à seize ans.

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C'est ainsi que Beatrice (devenue Tris) Altruiste rêvant d'être Audacieuse, quitte sa famille. L'histoire de Tris n'est pas sans rappeler le destin des adolescents Amish. En effet, c'est à seize ans que ces jeunes, élevés loin de la modernité dans une société sans technologie, peuvent sortir de leur communauté et voir le monde. Une écrasante majorité devient Amish. Une infime minorité décide de vivre dans le monde moderne, mais n'est pas autorisé à réintégrer la communauté. C'est ce qui arrive à Beatrice.


La dystopie expliquée aux ados


Si elle choisit les Audacieux, elle n'appartient pourtant à aucune faction, ou plutôt à toutes les factions ensemble : c'est une Divergente. Sa manière de penser effraie les dirigeants. À travers une série de tests, Beatrice se révèle différente des autres, avant de devenir, comme Katniss dans The Hunger Games, révolutionnaire malgré elle.

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L'un de ces tests est directement inspiré de la salle 101 de George Orwell. L'Audacieux en devenir doit affronter ses peurs et les surmonter. Beatrice réfléchit en divergente : plutôt que de trouver un outil pour affronter le danger, elle s'en sort en remettant en cause le dispositif du test. Comme certains individus parviennent à contrôler leurs rêves, elle trouve une issue au cauchemar en se disant « ce n'est pas réel. » Oui mais voilà, cette manière de penser, en dehors des cases, justement, trahit sa condition de divergente et la met en danger. C'est pourquoi son allié, Quatre (comme le chiffre, oui) lui enseigne comment maquiller sa nature et la faire passer pour conformiste.

Dans une autre scène, assez pédagogique pour comprendre la dystopie, Beatrice fait face à Jeannine Matthews, chef des Erudits, incarnée par Kate Winslet, qu'il est agréable de voir dans un rôle à contre-emploi. La « méchante » explique que la nature humaine est non seulement une faiblesse, mais l'ennemie à éradiquer si l'on veut une société stable et infaillible. C'est exactement l'argument des auteurs de dystopie depuis Zamiatine, auteur de Nous Autres en 1921.

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Just do it


Pendant deux heures, le film donne l'illusion que les Audacieux incarnent la jeunesse « cool » qu'il faudrait imiter. En effet, ils semblent tout droit sortis d'une pub Coca : beaux, sportifs, fonceurs. Ils illustrent à la perfection les slogans publicitaires qui visent à séduire les adolescents, notamment celui de Nike (Just do it / Fais-le) et plus récemment Levis (Go Forth / Fonce.) Ils courent dans tous les sens et sautent des trains en marche : chez les Audacieux, foncer sans réfléchir est une qualité.

Vos parents vous disaient : « Si les copains te demandent de sauter d'un pont, tu les suis? » et la réponse à cette question rhétorique devait être négative. Mais chez les Audacieux, pas du tout. Il faut sauter avec les autres. « Dauntless » (« Audacieux » en anglais) se rapproche ainsi de « Thoughtless » (incapables de penser.) Le film aurait pu devenir un panneau publicitaire pour cette devise à la mode qui intime l'ordre d'agir plutôt que de réfléchir. Il est à ce titre très révélateur que les "méchants" du film soient les intellectuels.

Desproges disait « Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un bon entraînement, on peut en faire des militaires. »

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C'est précisément ce qui arrive aux Audacieux: on en fait des soldats et des policiers, qui exécuteront sans réfléchir des ordres meurtriers.


Un film convenu mais instructif


Divergente, bien sûr, reste caricatural (les Erudits sont assoiffés de pouvoir et les Altruistes sont des victimes innocentes) mais a le mérite de montrer que le pouvoir politique est plus en sécurité entre les mains des désintéressés, et qu'il vaut mieux n'appartenir à aucune faction.

Hélas, concernant ce premier opus, il donne l'impression, comme l'immonde Twilight, de prôner l'abstinence.

Shailene Woodley n'a pas le charisme de Jennifer Lawrence, la série d'épreuves finit par lasser le spectateur et les scènes romantiques prêtent à sourire. Le film, s'il est gâché par les codes du teen movie (romance attendue, conflit de génération, manichéisme) n'en est pas moins instructif, et reprend le principe de la dystopie de noircir les travers de la société d'aujourd'hui pour mieux les dénoncer.




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