dimanche 22 juin 2014

MAPS TO THE STARS : LES FANTÔMES DE HOLLYWOOD



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Cronenberg nous offre un nouveau grand film, sur Hollywood et ses démons. De l'enfant-star infect à l'actrice sur le retour, des agents cyniques au jeune premier fauché, le réalisateur condamne Hollywood au bûcher, et filme avec jouissance sa descente aux enfers.

Il dénonce un Hollywood sclérosé grâce à une galerie de relations incestueuses. Criminels par le verbe ou l'action, les personnages de Maps to the Stars aiment le goût du sang. À ce propos, le vampire de Twilight, Robert Pattinson, réaffirme son attrait pour le cinéma d'auteur, et c'est une heureuse surprise (nous le verrons bientôt dans The Rover, en vagabond errant en pleine dystopie.) Comme dans le précédent film de Cronenberg, Cosmopolis, son personnage paraît confiné à une limousine où se jouent les espoirs et les mesquineries humaines.

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Maps to the Stars permet à Cronenberg de revenir à l'un de ses sujets de prédilection : la folie. Entre l'hystérie des actrices et démence criminelle des adolescents, le plus fou de tous les personnages semble être celui qui les soigne, un psy et auteur à succès incarné avec brio par John Cusack.

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Havana Segrand (magistralement interprétée par Julianne Moore) est hantée par le fantôme de Clarice Taggart, sa mère, ancienne icône du cinéma, morte dans un incendie. Ce tandem de femmes rappelle beaucoup la relation mère-fille, fusionnelle et dangereuse, du Fedora de Billy Wilder.
Julianne Moore ressemble d'ailleurs beaucoup à Marthe Keller, qui jouait l'héroïne du film de 1978.

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Marthe Keller en Fedora (1978)

On retrouve aussi chez Cronenberg l'obsession de l'éternelle jeunesse, de l'argent et du pouvoir. La folie plane sur les acteurs, comme sur Norma Desmond dans Boulevard du Crépuscule (1950) du même Billy Wilder. En guise de clin d'oeil, l'adolescente pyromane Agatha Weiss (merveilleuse Mia Wasikowskapose les mains sur l'une des étoiles de Sunset Boulevard, qui n'est autre que celle de Clarice Taggart.

Le tout-Hollywood est tourné en dérision. Dans des dialogues à l'humour ravageur, le cynisme ne pèse jamais sur le rire du public. Le Golden Globe devient une arme meurtrière, et les piscines, au lieu de faire rêver ceux qui n'en ont pas, cachent d'obscurs secrets dans leurs profondeurs. Plusieurs scènes rappellent même de célèbres films d'horreur, dont Le Sixième Sens, auquel Clarice Taggart fait directement référence. Il est d'ailleurs intéressant de remarquer que le réalisateur a choisi Olivia Williams, qui jouait l'épouse de Malcolm Crowe (Bruce Willis) dans le film de M. Knight Shymalan, pour incarner dans son film une mère rongée par le secret et la culpabilité. Car pour les fantômes de Cronenberg, point de pardon. Ils sont là pour tourmenter les vivants, les mettre face à leurs paradoxes et leurs fautes, sans jamais les absoudre.

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Tout le long du film, telle une litanie, revient le poème de Paul Eluard, « Liberté », récité par trois femmes: la défunte actrice, Agatha Weiss et Havana, les deux dernières comme possédées par la première. Voici la conclusion terrifiante de Cronenberg : il transforme le texte d'Eluard, hymne à la vie et à la jeunesse, synonyme du Carpe Diem (au point que le refrain « Liberté, j'écris ton nom » est devenu cliché) en ode à la mort, devenue seule délivrance possible.

À la manière des tragédies classiques, qu'affectionne Agatha Weiss (notez la proximité de Weiss et « Vice, » en anglais) les personnages ne trouvent d'issue que dans la mort. Tels le fantôme d'Hamlet ou les sorcières de Macbeth, ils reviendront à leur tour alerter les vivants de l'absurdité de leur existence. La "carte des stars," prospectus touristique pour trouver la maison des vedettes, s'avère donc être la carte aux étoiles, tableau cosmique que Cronenberg nous invite à déchiffrer. 

Maps to the Stars fascine, séduit et met mal à l'aise, jusque après la séance. Il encourage à un deuxième visionnage, pour pénétrer plus finement dans les secrets et les mensonges hollywoodiens. Avec maestria, Cronenberg peint un star-system débauché, usé, mourant, voué aux flammes pour ne jamais renaître de ses cendres.




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2 commentaires:

  1. La filiation avec Fedora est bien vue, et ta critique défend très bien le film. Personnellement et tu le sais, le côté satirique du film n'est vraiment pas assez exploité, et il n'a surtout plus rien de pertinent. C'est vu, revu et daté. Breat Easton Ellis décrivait déjà ça dans son premier roman, en 1985 ! Je désespère de revoir un jour un bon Cronenberg, un vrai !

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    1. Ah, j'aime bien Brett Easton Ellis aussi, j'y jetterai un œil... Il y a bien une satire chez Cronenberg, mais elle est moins rieuse, plus grinçante, qu'ailleurs. C'est de l'humour noir: la scène où le golden globe sert d'arme du crime est particulièrement savoureuse...

      Merci pour ton commentaire et bravo pour ton site !

      A bientôt,

      Marla

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