dimanche 22 juin 2014

UN ÉTÉ A OSAGE COUNTY: QUELQUE CHOSE DE TENNESSEE

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Tout commence par la disparition d'un poète, qui en cite un autre en introduction : "La vie est très longue" TS Eliot. Après avoir entendu maintes fois, au cinéma et ailleurs, que la vie était courte, la première phrase d'"Un été à Osage County" apparaît à la fois évidente et inattendue, comme le film lui-même, qui déjoue les clichés du drame familial par des dialogues à rebondissements.

Le poète disparaît et, avant sa fugue, cite une nouvelle fois l'un des poèmes les plus célèbres de TS Eliot "The Hollow Men", "Les hommes creux". Les hommes creux, le poète les laisse derrière lui. La ronde autour du cactus ("prickly pear, prickly pear") continuera sans lui.

C'est donc en littérature que l'on trouve les clés du film de John Wells, et de la pièce de Tracy Letts. Chaleur écrasante, comme chez Faulkner et Steinbeck, personnages à la fois détestables et touchants d'humanité, "Un été à Osage County" rappelle vivement, et c'est voulu, un certain été de Tennessee Williams, dans sa pièce intitulée "Soudain, l'été dernier".

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Dans les deux cas, la matrone s'appelle Violet, a le verbe méchant et se retrouve seule dans sa grande demeure : celle de Williams à la Nouvelle-Orléans, et celle de Tracy Letts dans l'Oklahoma. Katherine Hepburn tenait le rôle dans l'adaptation de Joseph L. Mankievicz.

Meryl Streep joue ici l'un des plus beaux rôles de sa carrière, en nous montrant le talent extraordinaire dont elle faisait preuve dans "Le Choix de Sophie", et plus récemment dans "The Hours".

La mort du père rapproche quatre femmes, Violet et ses filles. La mère, à moitié folle, souffre du cancer de la bouche. On peine à deviner si la maladie est la cause de sa langue de vipère, ou l'inverse.

Trois hommes se cachent derrière les jeunes femmes: mari effacé pour l'aînée (merveilleusement incarnée par Julia Roberts, loin des comédies romantiques) séducteur invétéré pour l'écervelée (Juliette Lewis, toujours splendide) et surtout, Charles pour Ivy (Julianne Nicholson) sœur sacrifiée à la cause maternelle.

Charles rappelle à la fois Lennie dans "Des Souris et des hommes", et Catherine dans "Soudain, l'été dernier". Simplet, méprisé de tous excepté sa compagne, il sauve par sa candeur les rancunes et le cynisme ambiants.

Les dialogues sont fins et spirituels, acides mais justes. L'atmosphère du dîner n'est pas sans rappeler celle de "American Beauty". 

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On retrouve d'ailleurs dans "Un été Osage County" Chris Cooper, qui incarnait le nazi frustré dans le film de Sam Mendes. Les tensions familiales, les trois soeurs et le sens de la lumière de John Wells évoquent les grands films de Bergman ("Cris et chuchotements", "Sonate d'Automne") et leur reprise par Woody Allen dans "Intérieurs". Les sombres révélations au dîner rappellent "Festen", film danois où une famille se déchirait déjà autour du patriarche.

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La photographie soignée de John Wells évoque tour à tour Norman Rockwell (en version parodiée) et Edward Hopper, dans un hommage cru à l'Amérique profonde.

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"Un été à Osage County" nous offre une affiche spectaculaire : Julia Roberts, qui prouve qu'elle peut être une actrice de composition, et plusieurs acteurs de films indépendants (Abigail Breslin de "Little Miss Sunshine", Benedict Cumberbatch qui jouait récemment Julian Assange dans "Le Cinquième pouvoir").

Les acteurs sont tous parfaits dans cette famille dysfonctionnante. Au sein de cette galerie de personnages brisés, c'est l'étrangère qui met tout le monde d'accord. Une domestique indienne – au sens de Native American – se retrouve en retrait du drame familial et en même temps en son cœur.

Tennessee Williams dénonçait l'impossibilité d'expier le péché de l'esclavage dans le Vieux Sud. C'est le massacre des Indiens qui tentera d'être expié dans "Osage County".

Le film de John Wells, et c'est sa grande force, fait aussi preuve d'humour caustique par des jeux de mots savoureux. Un film magnifique sur l'Amérique et ses paradoxes, la beauté, le deuil et la rédemption.


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Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !