jeudi 17 juillet 2014

THE SINGLE MOMS CLUB: DESPERATE MOTHERS









André Gide disait: "On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments." Il en de même pour le cinéma.

Tyler Perry propose un film sur un sujet de société porteur: les mères célibataires.

Stéréotypes habituels



5 femmes, 5 styles de vie, qui n'échappent pas aux stéréotypes habituels: la femme d'affaires (blonde et froide) la jeune mère dépassée par ses trois enfants (blonde et douce) la latino sexy victime d'un mari salopard, la jeune écrivain qui racontera l'histoire de ses sœurs d'infortune, et la Mama noire, solide et courageuse, qui voudra empêcher son fils de mal tourner.

5 femmes, comme dans Desperate Housewives, qui doivent, dans une certaine mesure, se passer des hommes. 


Gabrielle, Lynette, Bree, Susan et Edie dans Desperate Housewives

Le début du film est prometteur: on témoigne de la lutte de ces femmes dans leur quotidien, le jugement des autres quant à l'absence de mari, le jonglage fragile entre foyer et travail, les fins de mois difficiles, et les querelles avec leurs ados respectifs.

Mais comment font-elles ?


Oui, mais voilà. Le film présente le défaut de Mais Comment font les femmes, sorti en 2011, où Sarah Jessica Parker (ancienne héroïne, elle, de Sex and the City) campait une femme d'affaires avec deux enfants à la maison.



Sa meilleure copine, Alison, confiait souvent des choses judicieuses à la caméra:

"Si un homme quitte une réunion pour s'occuper de son enfant, c'est le héros du jour. Si une femme le fait, elle est instable et irresponsable."

Le film, d'abord piquant, tombait dans les clichés en seconde partie.

A la fin, cependant, la mère de famille, grâce à ses prouesses professionnelles, parvenait à négocier avec son patron pour que sa vie de famille soit possible.

Dans The Single Moms Club, Jan Malkovitch, la business woman, a fait un bébé toute seule. Son nom en dit long: c'est quasiment le nom d'homme (célèbre) - John Malkovitch. Tyler Perry, sans le vouloir, confirme le cliché sexiste selon lequel les femmes arrivées en haut de l'échelle professionnelle sont quasiment des hommes. Familièrement, on dirait que Jan "a des couilles", ou autre joyeuseté de ce genre.

Le personnage, en difficulté avec sa fille, perd à cause de cela un gros contrat, au profit d'un jeune loup arrogant. On retrouve ce personnage dans Comment font les femmes, mais il est remis sèchement à sa place par le Big Boss à la fin du film, ce qui marque la victoire de la business woman.

Une idée judicieuse: le club


Alors, comment faire si l'on ne peut pas compter sur les hommes? Les 5 femmes décident de créer un club, sorte de thérapie de groupe où elles peuvent discuter, échanger des conseils, soulager leur sentiment de culpabilité, et surtout créer un réseau d'entraide.

Ce n'est pas la première fois que l'on parle d'un club de solidarité féminine au cinéma.



Dans Le Club des ex (1996) trois femmes ayant propulsé leur mari au sommet avant d'être délaissées, s'allient pour prendre leur revanche.

Cela ne revient pas à dire que tous les hommes sont des lâches. Tyler Perry en montre aussi de beaux, encourageants et responsables.

Reste un cliché, cependant, toujours du côté des femmes: celui de la Mama noire.

Cliché de la Mama noire


Tyler Perry est un réalisateur afro-américain. C'est suffisamment rare pour être souligné.



Tyler Perry, acteur et réalisateur
Tyler Perry, acteur et réalisateur

On sent dans The Single Moms Club une volonté de dénoncer les clichés et de les dépasser, notamment lors du discours raté de Jan sur Lydia: une femme solide, forte, comme un grand et épais mur... noir.



Jan cafouille et s'enfonce, tout comme le réalisateur. C'est un habitué du cliché de la Mama noire, puisqu'il a tourné Madea, grand-mère justicière (oui, c'est le vrai titre) où il jouait une Mrs Doubtfire au verbe haut.





Dans The Single Moms Club, Tyler Perry se rattrape avec Mae, noire elle aussi, mais jeune, dynamique et écrivain, qui doit s'occuper seule de son fils. Elle fait d'ailleurs remarquer à Jan le cliché qu'elle énonce sur les femmes noires.

Malgré cela, les deux femmes noires du film font face à des hommes (leur fils ou leur compagnon) ayant des problèmes de drogue, qu'ils soient consommateurs ou revendeurs.

Si Tyler Perry avait voulu briser le cliché, et montrer que les problèmes de drogue sont liés à une situation sociale et non à la couleur de peau, il pouvait tout simplement inverser les rôles.

Et si on renversait les clichés ?


Pourquoi ne pas montrer une femme noire business woman (avec un élément de scénario en plus: c'est dur d'arriver au top quand on est femme, alors une femme noire...) et une femme blanche en surpoids qui se galère au fast food pour que son fils étudie en école privée?

Tyler Perry peine à sortir des clichés imposés au fil des décennies par des Blancs. Le cinéma est un outil qui renforce souvent les clichés, mais peut aussi les démolir. C'est le cas du court-métrage d'Eléonore Pourriat, Majorité opprimée, sorti en 2010.





Dans The Single Moms Club, le réalisateur se donne littéralement le beau rôle, en incarnant lui-même le personnage de TK, qui encouragera Mae à continuer d'écrire.

Trop de bons sentiments


La fin n'échappe pas au cliché: débauche de bons sentiments, mamans qui s'excusent et enfants qui pardonnent, tout le monde pleure, tout le monde s'aime.

Malgré ses bonnes intentions, The Single Moms Club allonge la liste des films partant d'une bonne idée mal exploitée. Un vrai sujet qui tombe hélas dans la caricature.



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