mardi 9 septembre 2014

GEMMA BOVERY: BELLE COMME LA FEMME D'UN AUTRE








"Je vous aime comme personne ne vous Emma."


Cette déclaration aurait pu être celle de Fabrice Luchini à (G)emma Arterton dans le dernier film d'Anne Fontaine, Gemma Bovery.


Énième conte provincial sur une femme qui s'ennuie, Gemma Bovery, en rendant hommage à Flaubert, cite son génie sans jamais s'en approcher, tant il est difficile d'être original sur ce thème adapté maintes fois au cinéma, des Stepford Wives de Bryan Forbes (1975) à Little Children, de Todd Field, sorti en 2006.




Gemma, comme maintes Bovary avant elle, a épousé un Anglais ennuyeux comme la pluie de sa terre natale. Elle le suit dans une campagne (trop) tranquille, prend un amant ou deux pour tromper cet ennui, avant d'être déçue par tous les hommes.



Des acteurs d'un seul rôle



Anne Fontaine filme amoureusement son actrice. Sensuelle, dans une lumière choisie pour elle, on ne peut que succomber au charme de Gemma Arterton. Les scènes de dégustation de pain la rendent appétissante, celle au coin du feu fait jaillir Flaubert d'un coup.

Luchini a repéré le bon filon. Il nous vend Gemma Bovery comme il nous vendait La Fille de Monaco: il qualifiait déjà Louise Bourgoin de "bombe," et elle semblait constituer le seul élément du film qui valait le détour.






Gemma Arterton, si elle est divine, semble confinée aux rôles de jolies femmes qui secouent les conventions d'une bourgade sans histoires.


C'était le cas dans Tamara Drewe, de Stephen Frears.





Elle tenait aussi ce rôle dans Song for Marion, de Paul Andrew Williams (2013)





Quant à Fabrice Luchini (dont je ne cesse, pourtant, de chanter les louanges) il est lui aussi enfermé dans le rôle de l'homme lettré, et ce depuis La Discrète, sorti en 1991 !

Il semble condamné à jouer toujours son propre rôle, bavard, attachant, séduisant les plus belles femmes par le verbe. Jamais, dans sa carrière, il ne s'est vraiment risqué au rôle de composition, par choix, ou parce que les réalisateurs, peut-être, ne lui ont pas donné cette chance.



Fabrice Luchini dans Gemma Bovery, d'Anne Fontaine (2014)


De nombreuses fois, j'ai couru voir un film parce qu'il était à l'affiche, et bien souvent, j'ai été déçue. Toujours par le film, jamais par lui.

Dans la maison de François Ozon était surfait et la fin tombait à plat. Alceste à bicyclette était tout juste plaisant. Barnie et ses petites contrariétés s'oubliait vite, et La Cloche a sonné était consternant. La Fille de Monaco n'a pas retenu mon attention jusqu'à la fin. 

Dans Potiche et Les Femmes du 6ème étage, Luchini jouait un bourgeois cliché. Dans Molière, il était bourgeois ridicule, reprenant l'archétype de la pièce. Dans Paris de Cédric Klapisch et dans Confidences trop intimes de Patrice Leconte, il incarnait déjà l'amoureux frustré, engoncé dans les préjugés de bobo parisien.

Au fond, depuis son rôle brillant dans Beaumarchais, l'insolent (1995) je n'aime vraiment Luchini que sur scène.




On va voir les films avec Luchini pour Luchini, et il sait faire, Fabrice, dans les belles lettres et le soupirant déçu. Moi, je rêve de le voir dans un rôle de méchant, où il mettrait la perfection de son verbe au service de la perversion.

Un film décevant


Pour ce qui est de la réalisatrice, on pouvait attendre beaucoup d'Anne Fontaine, qui a prouvé qu'elle savait parler des femmes dans toute leur beauté et tout leur mystère, avec Perfect Mothers (2013)




Des Emma Bovary modernes, on en a vu mille, et Gemma, malgré son charme, ne parvient pas à emporter le morceau (de pain ?)

Si la fin est savoureuse (dans tous les sens du terme) Anne Fontaine n'a peut-être pas osé aller au bout de son idée, dans son parallèle avec Flaubert. Elle a aussi refusé d'être trop cruelle envers ses personnages, ce qui donne, en sortant de salle, le sentiment d'avoir vu une bluette, de ces films joliment faits qui ont manqué leur but.

Anne Fontaine tenait pourtant une bonne idée, et aurait pu jouer, comme Sils Maria, sur le méta-filmique. 

Une scène s'en approche, d'ailleurs, lorsque Martin se sent metteur en scène. Il y a de la beauté dans cet homme obsédé par Flaubert et qui veut absolument voir en sa voisine son héroïne favorite. L'ironie finale est intéressante mais ne va pas assez loin.

Reste une jolie photographie et des images lumineuses d'une France rêvée, son pain sans égal et ses habitants touchants.




Anne Fontaine, réalisatrice




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3 commentaires:

  1. Mieux vaut donc relire l'original et pastel album graphique de Posy Simmonds que le film adapte (après Frears pour "Tamara Drewe") et revoir l'excellente Gemma Arterton dans un film remarquable et méconnu, "La Disparition d'Alice Creed"...

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  2. Et bien , voilà , vous dites tout . Aussi vrai que la comédienne Gemma Arterton (que je découvre) semble abonnée aux mêmes rôles, c'est aussi le cas pour Fabrice Luchini , beau parleur lettré aux cinéma et bon client Télé ,toujours prêt à en faire quinze tonnes pour faire rire les téléspectateurs . Il serait peut être temps pour lui de faire autre chose, de prendre des risques dans sa carrière. Sans doute que les réalisateurs ne lui proposent jamais un personnage déroutant et à contre emploi ...espérons !!

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