samedi 28 mars 2015

L'ART DE LA FUGUE: SI CE N'EST TOI, C'EST DONC TON FRÈRE


Laurent Laffite dans L'Art de la fugue



Film léger sur les petites lâchetés quotidiennes, L'Art de la fugue porte bien son nom: dans une suite d'évitements des responsabilités et des engagements, les personnages de Brice Cauvin s'évadent et se croisent, s'aiment et se tournent le dos, dans une chronique réaliste sur les caprices du cœur et la pression sociale exercée sur le couple.

Une belle bande d'acteurs


L'Art de la fugue parle avec finesse de solitude et de faux-semblants. Les trois frères, incarnés par Laurent Lafitte, Benjamin Biolay et Nicolas Bedos, sont délicieusement différents, et nous offrent trois visions d'amoureux. Lafitte est un homosexuel en couple avec un aimable psychologue (c'est un plaisir de retrouver Bruno Putzulu) mais il rêve de passion et hésite à s'engager pour de bon. Bedos, éternel arrogant, a une superbe blonde qu'il trompe avec une jolie brune. Biolay, taciturne et mélancolique, est toujours amoureux de son ex-femme, jouée par Judith El Zein, abonnée, apparemment, aux rôles de belles femmes froides.

Leurs parents vous rappelleront peut-être les vôtres: inquiets, exigeants, ils veulent régler la vie de leurs enfants selon leur désir, sans forcément demander l'avis des intéressés.

Agnès Jaoui: on en veut plus !


Et puis il y a Agnès Jaoui, en confidente de Laurent Lafitte, qui égaie L'Art de la fugue et lui donne du relief. 


Agnès Jaoui dans L'Art de la fugue, de Brice Cauvin
Agnès Jaoui dans L'Art de la fugue, de Brice Cauvin


Il aurait fallu, peut-être, qu'au-delà de l'adaptation, Jaoui aide aussi du côté des dialogues. Le film n'est pas réalisé avec brio. Les répliques et les situations devraient être essentiels, mais manquent de piquant. Si l'on aime l'humour corrosif des comédies Jaoui-Bacri, on sera peut-être déçu par ce film qui aborde le sujet des renoncements de l'âge adulte sans assez de mordant.

Restent tout de même de savoureux dialogues de sourds, et une métaphore des allers-retours de l'existence par les voyages en train et en avion.

Une morale douce-amère (Attention Spoilers)


Le film évite aussi le happy end facile. Les décisions finales des personnages sont-elles décevantes ou réalistes ? 

Leurs choix évoquent l'excellent film de James Gray, Two Lovers, où un homme hésite entre un amour raisonnable (lui aussi encouragé par ses parents) et une passion.





J'ai vu ce film à sa sortie en 2008, et je me souviens avoir été déçue par la fin. James Gray était-il pessimiste ou honnête ? Lâchement raisonnable ou juste plus sage que je ne l'étais à 25 ans ?

À 32 ans, je vois un film à la morale douce-amère qui semble similaire, et je m'interroge. Deux des trois frères dans L'Art de la fugue choisissent les prétendants que leurs parents préfèrent. Il n'y a guère que le benjamin (avec un grand et un petit B) pour choisir une compagne qui déplaise à sa mère.

Faut-il se contenter de la morale de Voltaire, qui nous disait, dans Candide de cultiver de notre jardin ? De celle de Frank Baum qui faisait dire à Dorothy qu'on n'est jamais mieux que chez soi ? 

Dans La Rose Pourpre du Caire, Mia Farrow renonce à son amour-fantasme et demeure dans le réel. Elle se console au cinéma - comme tant d'autres - de son terne quotidien.





Dans un film, la décision finale n'est pas nécessairement la passion, même si cela plaît mieux au spectateur, ou qu'il y est habitué. Brice Cauvin fait le choix, courageux, peut-être, de montrer des personnages raisonnables, et finalement malheureux.

Les films heureux nous consolent de la tristesse de l'existence et font que l'on s'en accommode. Ce ne sont pas les happy ends qui rendent déraisonnables, ce sont les films trop proches du réel qui donnent des envies d'évasion. C'est pourquoi le film de Brice Cauvin, s'il n'est pas extraordinaire, s'avère utile. 


L'Art de la fugue donne envie d'en faire une. Pour de bon.



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