lundi 25 mai 2015

À LA POURSUITE DE DEMAIN: LE FUTUR EST À NOUS








Oui, vous avez bien vu. J'ai mis trois étoiles à un film de Disney. Est-ce parce que le film La Loi du marché m'a déprimée, avec sa photographie froide, ses plans serrés et son scénario désespéré ? Est-ce parce que je suis une aficionado des documentaires d'Arte et des reportages de France Culture ?

Tous ces films et émissions présentent le même défaut: ils font un constat détaillé, très fin - et souvent pessimiste - d'un problème de société, mais ne proposent jamais d'alternative, de solution pour arranger les choses.

C'est une Américaine, lors d'un colloque universitaire, qui m'a ouvert les yeux sur ce défaut très français. Il s'agit de Sonja Sohn, qui joue Kima dans la série The Wire.


L'actrice Sonja Sohn
L'actrice Sonja Sohn


Dans son optimisme à l'américaine, Sonja Sohn nous expliquait comment The Wire, série à petit budget, avait réussi à être diffusée par HBO. Il s'agit d'une série complexe, difficile à défendre, et pourtant, les acteurs et réalisateur de la série ont su montrer aux producteurs en quoi elle pouvait trouver son public et générer du profit.

Les séries télévisées et films français pourraient suivre cet exemple.

Une machine commerciale bien huilée


Les studios Disney rendaient hommage à l'optimisme de leur créateur avec Dans l'ombre de Mary.

Qui aurait cru, en 1928, qu'une souris parlante allait changer le monde du divertissement ?

Il a suffi d'un seul homme.



Je n'ai pas encore dit à mes nièces que le Mickey de Disneyland était un type payé au smic horaire, qui devait crever de chaud sous son costume.

Le film À la poursuite de demain leur donnera sans doute envie de retourner au parc.

Je vous explique.

Le titre original est Tomorrowland, inspiré de la section futuriste du parc d'attractions, changé en France en Discoveryland:



Stop. Observez le logo de Tomorrowland. Bingo.

Pin's magique de À la poursuite de demain


Ça alors, c'est chouette. Le pin's magique de À la poursuite de demain est disponible dans le commerce.

La machine commerciale est bien huilée. Tous les enfants qui feront un tour à Disneyland pourront s'offrir le pin's magique pour 6 euros trente. Disney a toujours été doué pour le placement de produit. Il nous rappelle au cœur du film que l'entreprise possède à présent la franchise Star Wars.


Han Solo cryogénisé
Han Solo cryogénisé


À la poursuite de demain permet donc aux studios Disney de proposer une gigantesque pub de 2h10 pour leur parc à thème. Cela paraît une tendance du cinéma que de proposer aux spectateurs deux heures de tour de manège, ou une version fantasmée d'un parc à thème.

Plusieurs références sont à retenir: le parc lui-même, où le personnage de George Clooney s'est rendu enfant. Le parc est présenté dans une nostalgie des années 60, typique des studios Disney pour ce qui est des robes acidulées des jeunes filles, avec un soupçon de geek pour la dimension rétro-futuriste.



La fusée qui file vers la Lune est une différence directe à Space Mountain.


Sans compter les références geek à Star Wars qui ressemblent franchement à du placement de produits.

Mais on apprend aussi des choses dans À la poursuite de demain.

Au cœur du film, on saisit pourquoi la Tour Eiffel ressemble à une antenne.

   


La fusée cachée dans la Tour Eiffel (c'est comme ça, les Américains aiment bien dissimuler des gadgets dans Paris) rend hommage à Gustave Eiffel, Jules Verne et Thomas Edison.

Ce n'est pas la première fois qu'un film futuriste rend hommage à ces génies créatifs. On se souvient de Doc Brown dans la troisième volet de Retour vers le futur, qui avait prénommé ses fils Jules et Verne.



Britt Robertson, nouvelle Jennifer Lawrence


Edison, ainsi que Benjamin Franklin, sont les scientifiques les plus cités dans les blockbusters américains. En plus, dans À la poursuite de demain, on découvre une jeune fille nommée Casey... Newton.


Britt Robertson dans À la poursuite de demain ressemble à Jennifer Lawrence

Ce visage vous rappellera peut-être quelqu'un.


Jennifer Lawrence dans The Hunger Games


Britt Robertson a le même type de visage que Jennifer Lawrence (et sa blondeur habituelle.) Elle a son charisme, son sourire, et même sa façon de crier et se mettre en colère. Un double, en somme.

Il est très ironique de la part de Brad Bird d'avoir choisi en guise d'héroïne optimiste le sosie de l'héroïne de la dystopie Hunger Games. 

Disney ou l'optimisme


À la poursuite de demain est un antidote à la dystopie. Casey essaie justement d'intervenir dans une classe de littérature où on lui fait lire Orwell, Huxley et Bradbury. Mais la cloche sonne, et elle n'a pas voix au chapitre.

À la poursuite de demain propose, au contraire, une utopie, celle des geeks et des rêveurs, qui évoque celle de Steve Jobs dans les pubs Apple des années 90.


Disney, chantre du conservatisme à l'époque de Blanche-Neige et les sept nains (1939) aurait-il bénéficié de l'influence heureuse de Pixar ? Les rêveurs et les geeks sont davantage les créateurs de Toy Story que de Cendrillon.

Véritable changement discours ou simple captation de l'air du temps, Disney nous offre, avec À la poursuite de demain, un superbe divertissement familial, qui ne laisse pas de faire réfléchir sur le pessimisme de notre temps.

À ce titre, Hugh Laurie dans le rôle du méchant est extraordinaire.


Hugh Laurie face à George Clooney dans À la poursuite de demain
Hugh Laurie face à George Clooney dans À la poursuite de demain


Je vous laisse découvrir son discours final qui, loin de verser dans le manichéisme habituel de Disney, nous démontre avec lucidité la victoire du pessimisme sur l'imaginaire.

Loup noir, loup blanc


Quand le petit Frank Walker découvre le merveilleux monde de demain, il ressemble à une version futuriste de Fantasia dans L'Histoire sans fin.


Frank Walker à Tomorrowland




Dans L'Histoire sans fin, le Néant menace Fantasia, "le pays des rêves et des espoirs de l'homme." C'est Gmork, serviteur du Néant, qui le dit.

Le Gmork, loup noir au service du Néant dans L'Histoire sans fin, de Wolfgang Petersen (1984)
Le Gmork, loup noir au service du Néant dans L'Histoire sans fin, de Wolfgang Petersen (1984)

Dès 1984, Wolf-gang Petersen nous mettait en garde contre un loup noir qui tuait l'espérance. Dans le film (et le livre) il a d'ailleurs raison, non pas d'un loup blanc, mais d'un cheval blanc, qui se laisse gagner par le désespoir.

Artax et Atreyu dans les marécages de la mélancolie
Artax et Atreyu dans les marécages de la mélancolie

La fable, très courte et méchamment efficace, des deux loups, contient toute la philosophie du film, et tout une devise américaine en quelques phrases.

- Deux loups se battent. L'un est lumineux et plein d'espérance, l'autre est sombre et désespéré. Lequel gagne ?

Loup noir et loup blanc

- Celui que l'on nourrit.

"Feed the right wolf" va peut-être devenir la devise des optimistes, des rêveurs, des inventeurs.

À la poursuite de demain a réussi à faire naître chez moi une nouvelle part d'imaginaire, et cela ne m'était pas arrivé depuis l'enfance. Je me suis représenté, en sortant de la salle, un loup blanc. Il ressemble davantage à un gros chien blanc, avec les yeux noisette, la langue pendante et joyeuse. C'est mon nouveau compagnon de route, mon optimisme fait chien.

Un optimisme militant


À la poursuite de demain parle à toutes les générations. À la fan de L'Histoire sans fin que je suis, mais aussi aux fans de Matrix, avec ces robots humains à mi-chemin entre Keanu Reeves et les Men In Black.

La référence à Matrix est très nette dans la révélation finale du pourquoi du pessimisme généralisé.


Quant aux générations précédentes... Lorsque Casey fait face à Tomorrowland dans un champ de blé, 

Britt Robertson face à Tomorrowland dans À la poursuite de demain

elle évoque une autre petite fille émerveillée par un monde imaginaire.

Dorothy Gale et ses amis dans Le Magicien d'Oz, de Victor Flemming (1939)
Dorothy Gale et ses amis dans Le Magicien d'Oz, de Victor Flemming (1939)

Le champ de blé est un cliché récurrent dans les productions américaines. Le blé est toujours du côté du bien, comme dans Le Fléau, où les bons se retrouvent dans un champ de blé autour de Mère Abigail, tandis que les méchants se rassemblent derrière Randal Flagg... à Las Vegas.

Le blé, c'est aussi la germination, et c'est bien de cela qu'il s'agit: les idées, qui germent dans l'esprit des rêveurs, poussent, et finissent par changer le monde.


L'optimisme de À la poursuite de demain fait du bien. Pas seulement parce que la crise fait rage et que les drames se succèdent depuis janvier. L'optimisme de Disney est militant, il dit aux pessimistes:

"Oui, le monde va mal. Que proposez-vous pour que cela change ?"

À la poursuite de demain ne donne pas de réponse. Mais il donne envie d'en chercher.


D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !



Ça peut vous plaire:


   Cendrillon de Kenneth Branagh   



9 commentaires:

  1. Je reviens de la séance, alors c'est un peu tout frais, mais j'avoue ne pas être aussi enthousiaste que toi - même si ton article est super (et moi aussi je trouve que Robertson ressemble à Lawrence !). Disons que je trouve ça met quand même une plombe à se mettre en place, presque une heure sans rire. J'ai failli m'endormir et beaucoup dans la salle ronflaient ! Les hommages sont sympas mais j'ai parfois eu la sensation que c'était trop oldschool (dans le mauvais sens) et la fin très niaise pour moi. Après il y a quand même des scènes très bien foutues, la deuxième partie est plus divertissante, les acteurs sont bons et le message quand même agréable à entendre (effectivement ça change de ce qu'on nous offre d'habitude).

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    1. C'est drôle, j'ai trouvé le film très bien rythmé au contraire. Peut-être que je suis sensible à l'engagement de Casey au début du film, contre le démantèlement de la plateforme.

      Le côté old school vient peut-être de cette nostalgie des années 60 et la photographie du film. Tu en penses quoi ?

      J'ai déjà entendu cet argument d'une fin niaise. Pour moi, elle est juste optimiste. Quel est ton point de vue ?

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    2. Attention, je suis quand même sensible à l'engagement de Casey, le personnage est d'ailleurs très attachant et sympathique, ce qui aide beaucoup mais j'ai trouvé la mise en place trop longue. Surtout qu'un film de 2h10 pour des gamins à la base, c'est vraiment trop à mon avis.
      Oui, je pense que ça vient effectivement de là et quelque part c'est quand même plaisant. Mais étrangement, face à tant d'effets spéciaux pourtant magnifiques et démesurés à juste titre, j'avais l'impression de regarder un film très eighties mais presque dans le mauvais sens du terme (je ne sais pas si je suis super claire).
      Elle est certes optimiste (et ça change un peu des éternels films apocalyptiques dans lequel on va tous crever) mais la manière dont elle est présentée m'a un peu fait rire involontairement. C'est louable attention.

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    3. D'accord pour la longueur du film: j'hésite à emmener mes nièces parce que je le trouve trop long, moi aussi, pour les enfants.

      Le côté rétro-futuriste me plaît plutôt, mais je suis une geek trentenaire ! Je comprend qu'on puisse trouver l'esthétique un peu kitsch.

      Bises cinéphiles,

      Marla

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  2. Merci, cela m'a permis de mieux comprendre le film même si la fin m'a déçu totalement... je reste sur ma faim et c'est bien dommage !

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    1. Ah, qu'est-ce qui t'a déçu dans la fin ?

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  3. Ah, si tous les petits n'enfants des parc Disney se donnaient la main, sûr que le monde de demain serait sauvé...
    En attendant, il remplissent les caisses de la firme aux grandes oreilles qui, c'est certain, travaille à sa longévité sans attendre demain ! :)
    Marcorèle

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    1. Toi aussi tu as trouvé la morale naïve ? Suis-je la seule à l'avoir trouvée optimiste ?

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    2. Mais m*rde à la fin ! Disney gagne de l'argent. Oui, c'est une entreprise, donc c'est le concept...
      Mais en même temps, outre la magie qu'elle insuffle aux petits et grands enfants (et qui a révolutionné le monde dans plusieurs domaines, mais bon), plus prosaïquement elle créer des milliers d'emplois, des sites touristiques qui sont bénéfiques à une ville, une région, voir un état tout entier (la Floride ne serait pas ce qu'elle est sans Walt Disney World).
      Et voir les parcs Disney seulement comme un machine à fric, c'est sincèrement désolant... Essayez d’apprécier le travail des Imagineers un peu. On est pas loin du cinéma... et du théatre... et du jeu-vidéo... et de l'architecture... et d'encore pleins d'autres domaines.

      Les objets dérivés... Faut arrêter la psychose. Y'aura toujours des gens qui vont vouloir des objets du film, alors pourquoi s'en priver ? Les gens feraient un scandale s'il n'y avait rien !

      Une pub de 2h10 pour le parc ? Ben c'est à dire que c'est la base du film, donc c'est un peu justifié. L'Exposition Universelle de 64 a vraiment eu lieu, et Disney y a vraiment présenté plusieurs attractions, dont It's a Small World.

      Oui le mec sous le costume de Mickey n'est pas payé beaucoup, et oui sûrement il doit avoir chaud. Seulement il a ce qu'on appelle la passion. Donner le sourire aux gens, voir les yeux d'un gamin s'illuminer en le voyant. Y'a pas de sous métiers, et vendeur de rêve n'en est certainement pas un.
      En tous cas avec de telles réflexions, on a une idée de pourquoi les cast-members (employés du parc) en France ont tous l'air blasés, alors qu'aux US ont ressent un vrai enthousiasme et une véritable envie de te faire passer une journée agréable. On est ce qu'on critique : on fait ce métier pour le fric.

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