mardi 19 mai 2015

LES JARDINS DU ROI : LE VERSAILLES BRITISH D'ALAN RICKMAN







Louis XIV était petit, arrogant, autoritaire, et il portait des talonnettes.





Mais non, pas lui.




Ah, c'est mieux.

Alan Rickman fait 1m85, et il incarne dans Les Jardins du roi, qu'il a lui-même réalisé, un Louis XIV sympathique.





Soyons honnêtes. Louis XIV est devenu roi à 5 ans, et il était aussi sympathique que Joffrey dans Game of Thrones.






Ce n'est pas la première fois que l'on voit un Louis XIV bienveillant au cinéma.


Louis XIV au cinéma


C'est dans Louis, Enfant roi, que l'on se rendait le plus compte du côté "Joffrey" de Louis XIV. Il n'est pas devenu monarque absolu pour rien. Le film de Roger Planchon était scolaire, théâtral. Il plaisait bien aux profs d'Histoire, en somme.



Affiche de Louis enfant roi


Dans le cinéma français, la représentation de Louis XIV est souvent policée, académique. Ce sont des films qui plaisent aussi aux profs de musique surtout, quand c'est Lully que l'on met en lumière.


C'est le cas dans Le Roi Danse, de Gérard Corbiau (2000) Le Roi danse ressemble un peu à Amadeus: il commence par la fin, avec un musicien âgé et quasi fou. 





Côté scolaire, c'est Alain Corneau qui reçoit la palme: son film Tous les matins du monde a carrément été au sujet du Bac...





Plus jovial, il y a Marquise, de Véra Belmont (1997) où Thierry Lhermitte incarnait le monarque: il était, comme Alan Rickman, trop grand et trop aimable pour le rôle. Il jouait, en résumé, un Louis XIV amateur de jolies femmes et de théâtre.



Thierry Lhermitte et Sophie Marceau dans Marquise (1997)
Thierry Lhermitte et Sophie Marceau dans Marquise, de Véra Belmont (1997)

Le meilleur film sur l'époque est sans doute Ridicule, de Patrice Leconte. Moins sur Louis XIV lui-même que sur les joutes d'esprit entre aristocrates, Ridicule dénonçait le théâtre des puissants, où l'essentiel se déroule en coulisses.



Or, y compris dans Ridicule, Louis XIV apparaît comme un roi aimable amateur de bons mots. 

A-t-on du mal à présenter un roi tyrannique dans le cinéma français ? Où sont les rois salopards ? À quand un film sur Louis XI, qui torturait ses opposants en les enfermant dans une cage trop petite ?

Même Louis XVI était représenté sous un jour favorable dans Beaumarchais L'Insolent. Il apparaissait affable, voire un peu benêt, face au dramaturge. On assiste tout de même à une superbe tirade de l'homme de théâtre lors de son procès, discours à charge contre l'injustice des lettres de cachet. 


Sans doute le plus beau rôle de Luchini au cinéma.





Chaos mais pas trop



Les Jardins du roi propose une explication pédagogique des différences entre jardins français et anglais. Le titre original, A Little Chaos, fait référence à cette volonté anglaise de laisser aux jardins une part sauvage, quand les jardins français (Versailles en est le meilleur exemple) ne laissent rien dépasser, veulent contrôler la nature dans son entier.

Les auteurs anglais se servaient souvent de la métaphore du jardin pour parler de l'épanouissement d'une femme. On se souvient du Jardin secret et de cette petite fille renfermée qui finit par s'ouvrir, comme les fleurs de son jardin qu'elle fait pousser avec patience.




L'Elisabeth de Jane Austen dans Orgueil et préjugés est "sauvage": peu sociable, elle envoie paître les hommes et leurs demandes en mariage, dit ce qu'elle pense un peu trop fort. L'amour va l'assagir, et son "petit chaos," autrefois trop grand, sera la touche de personnalité qui donne son piquant aux femmes, trop convenables autrement. Le petit chaos est bienvenu quand il ne menace pas la stabilité de l'ensemble mais lui apporte une touche personnelle. La femme, comme le jardin, a droit à une personnalité affirmée, mais pas subversive. 


C'est le conservatisme anglais, teinté de tolérance pour la différence tant qu'elle reste contenue, qui évita à l'Angleterre son 1789. On peut aussi y voir le respect des Anglais pour la nature humaine, représentée par la nature tout court.


Les Jardins du roi: dialogues ampoulés et talents perdus


La cour de Versailles d'Alan Rickman a l'accent britannique, mais on va pas critiquer : c'est aussi le cas de la cour d'Autriche dans Amadeus. Un Louis XIV qui parle un anglais impeccable, c'est mieux pour l'exportation. Les dialogues du film Les Jardins du roi sont châtrés, ampoulés, il respirent peu.

Louis XIV était intraitable sur tout, mais en particulier au sujet de Versailles, et on l'imagine mal badiner avec ses jardiniers et leur accorder tant de confiance.

Alan Rickman, grand acteur à la formation classique, est pourtant peu convaincant dans le rôle du souverain. Kate Winslet a toujours du charme et de l'élégance, et elle incarne comme elle peut cette passionnée aux prises avec les préjugés de son temps. Matthias Schoenaerts manque de charisme. Stanley Tucci a l'air d'une grande folle en costume d'époque. 



Stanley Tucci dans Les Jardins du roi, d'Alan Rickman
Stanley Tucci dans Les Jardins du roi, d'Alan Rickman

Il n'y a guère que les seconds rôles féminins pour faire montre (trop peu de temps, hélas) de leur talent. Helen McCrory (Narcissa Malfoy dans Harry Potter) est très convaincante en Madame Lenôtre et Jennifer Ehle est toujours splendide en Madame de Montespan.


Une romance un peu fade


Cependant, tous ces talents semblent perdus dans cette Cour colorée qui se veut moderne mais s'avère guindée et peu crédible. Le scénario (comment une femme a bâti une salle de bal en plein air dans les jardins de Versailles) tourne court. La romance est fade, le douloureux souvenir de l'héroïne est facile et peine à émouvoir. Rickman a du mal à donner de l'envergure à ses personnages.

Les costumes sont splendides, mais si j'en viens à parler des costumes, c'est que l'ensemble n'est pas formidable. 




En fait, Les Jardins du roi me rappelle Les Adieux à la reine, où les costumes éblouissaient et le scénario était fort décevant.

Affiche du film Les Adieux à la reine


Face à Louis XIV, qui détestait l'ennui, on s'ennuie ferme, hélas.




D'accord, pas d'accord avec l'article ? Dites-le en commentaire !






Ça peut vous plaire:

       



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire