samedi 6 juin 2015

EX MACHINA: LE ROBOT QUI RÊVAIT





Ex Machina, c'est l'histoire d'une femme robot qui rêve d'être femme tout court. 

En 2001, un garçon robot avait aussi le rêve de Pinocchio: devenir un petit garçon véritable.








Les robots féminins au cinéma


Les robots féminins sont nombreux au cinéma. Le premier date de 1927.



Dans Metropolis de Fritz Lang, un homme ressuscitait une femme aimée en créant un robot. Rotwang appelle sa création "Maschinenmensch," littéralement "machine humaine."

Ex Machina nous parle aussi d'amour et de robotique. Il s'agit de savoir si Caleb, jeune programmeur, tombera amoureux d'Ava, gynoïde  (androïde féminin) créé par Nathan, son patron.


Caleb (Domhnall Gleeson) Ava (Alicia Vikander) et Nathan (Oscar Isaac) dans Ex Machina, de Alex Garland (2015)
Caleb (Domhnall Gleeson) Ava (Alicia Vikander) et Nathan (Oscar Isaac) dans Ex Machina, de Alex Garland (2015)

Si vous regardez le visage d'Ava, il vous évoquera peut-être celui d'un autre personnage de science-fiction, femme devenue machine pour les besoins du gouvernement.


Le precog Agatha dans Minority Report, de Steven Spielberg (2002)
Le precog Agatha dans Minority Report, de Steven Spielberg (2002)


Agatha est, avec ses frères, traitée comme une machine: elle a le malheur de posséder un don prémonitoire: voir les scènes de crimes avant qu'elles se produisent. Elle devient donc un outil pour la justice, qui empêche ces crimes d'être commis.

Le prénom Ava est sans doute une référence à Ava Gardner, sex symbole en son temps, et qui a souvent incarné des femmes fatales.


L'actrice Ava Gardner
L'actrice Ava Gardner

Ava est donc une très belle femme. C'est toujours le cas des robots féminins dans les films de SF. Les cinéastes réalisent leurs fantasmes en donnant corps à la femme parfaite sous forme de machine.



Andrew Niccol, réalisateur de Bienvenue à Gattaca, avait lui aussi créé une femme de toutes pièces, version 2.0, cette fois.




Le prénom Simone est une contraction de "Simulation One," programme informatique qui permet de créer une actrice virtuelle. C'est justement un cinéaste (Al Pacino dans le film) qui décide de faire naître la femme parfaite pour relancer sa carrière.

L'île du Docteur Nathan


Alors, qu'arrive-t-il à Ava dans Ex Machina ? Nathan, avec l'aide de Caleb, souhaite voir jusqu'où l'intelligence artificielle peut aller.

Il mène donc une série d'expériences, appelées "sessions" (séances) comme en psychanalyse.

Comme dans Sixième Sens de Shyamalan (où Haley Joel Osment, héros de Intelligence Artificielle de Spielberg, jouait également) on se demande qui est l'analysé et qui est l'analysant.


Ava et Caleb dans Ex Machina
Ava et Caleb dans Ex Machina

Domhnall Gleeson joue très bien le geek amoureux, Alicia Vikander est crédible en robot aspirant à l'humanité, alors quel est le problème ? Si les méchants, dans les films et les séries actuels, sont souvent jubilatoires, le méchant de Ex Machina met le film par terre.

Nathan (Oscar Isaac) dans Ex Machina
Nathan (Oscar Isaac) dans Ex Machina

Sans charisme et sans mystère, est-ce Oscar Isaac qui interprète mal le rôle, ou est-ce le personnage qui n'est pas assez fouillé ?

C'est dommage, Nathan possède un côté Dr Moreau qui ne manque pas de sel.



Nathan fait des expériences sur les femmes-robots qu'il créé. Question centrale du film, qui était aussi celle du Her de Spike Jonze: Si une machine pense et ressent, qu'est-ce qui la différencie d'une personne véritable ?

Le dernier épisode de Black Mirror, "White Christmas," pose la question de la cruauté envers les clones.


Une femme richissime fait fabriquer son propre clone afin qu'il se charge des besognes quotidiennes. Mais ce clone n'accepte pas tout de suite la soumission. Pour le faire plier, Matt Trent, "méchant" de l'épisode, use de la torture. Joe Potter, son collègue, s'indigne qu'il fasse souffrir un être doué de pensée et d'émotion.


C'est alors Matt qualifie Joe de "type bien." 

Des dieux, des machines et des hommes


La question d'être quelqu'un de bien est aussi centrale dans Ex Machina. Caleb a le nom d'un juste de la Bible, qui a mené les Hébreux en terre promise.


Nathan, scientifique pervers a le nom d'un prophète.

Le titre Machina est sans doute une référence à "Deus ex machina" expression latine qui signifie "les dieux hors de la machine." C'est une expression littéraire utilisée au théâtre, quand les personnages sont sauvés par les dieux d'une situation inextricable.

Pour ceux qui ne sont pas branchés théâtre, il se passe quelque chose de similaire à la fin de Toy Story 3. Les jouets sont sauvés in extremis du feu par leurs copains martiens qui utilisent une grue pour les tirer d'affaire. On voit même une lumière quasi biblique quand les jouets parviennent à l'extérieur.





L'une des répliques-clé de Ex Machina est prononcée par Caleb à Nathan: "Tu n'écris pas l'Histoire des hommes, mais celle des dieux." 

Cette réplique flatte l'ego de Nathan, qui la surinterprète dans sa mégalomanie. Jouer à Dieu est un débat courant dans les films de SF. Les débats scientifiques entre le programmeur et son patron sont hélas peu crédibles et trop longs. Ils sont nettement moins instructifs que ceux entre Caleb et Ava, qui soulèvent des débats éthiques sur l'évolution homme-machine.

Point de vue réalisation, rien de spécial avant la dernière partie, qui tombe, trop brutalement, dans l'univers de David Lynch. C'est dommage, car les effets spéciaux sont très réussis.

Si la manipulation de Nathan est trop évidente, la toute fin du film est intéressante, et déjoue les attentes du spectateur.

Bref, avec Ex Machina, Alex Garland, réalisateur du très bon 28 Jours plus tard, signe un film inégal mais intéressant, sur la frontière ténue entre la machine et l'humain. 




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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !