jeudi 16 juillet 2015

LES INNOCENTS: SAUVONS LES ENFANTS






Les Innocents, c'est le titre ironique du classique de Jack Clayton, en ce moment en réédition. Ce grand film d'épouvante de 1961 est une adaptation de la nouvelle de Henry James, Le Tour d'écrou. Comme le livre, le film est extrêmement bien construit, et fait froid dans le dos.

Une histoire de berceuse


Tout commence par une berceuse, comme dans beaucoup de films d'horreur réalisés depuis. La chanteuse Isla Cameron avait pris la voix d'une petite fille pour nous foutre les jetons dès l'intro.





Les premières images et les premières notes des Innocents est à mettre au même niveau d'excellence que la berceuse de Rosemary's Baby ou le morceau de Saul Bass dans Bunny Lake a disparu.

Cette chanson traditionnelle, "O Willow Waly," parle d'amants unis dans la mort sous un saule: c'est un résumé extraordinaire du film, et il tient en une minute.

Le verbe to lie (à la fois "reposer" et "mentir") va à ravir à Flora, fillette fantomatique du film.

Coup de génie, aussi, dans la scène où Miles, son frère, récite un poème annonciateur, sur un seigneur d'outre-tombe dont il est l'esclave.




Deborah Kerr, dans sa blondeur hitchcockienne, tient le rôle principal du film de Clayton. Elle incarne une gouvernante douce et naïve, embauchée par un étrange noble (Michael Redgrave) afin de garder ses neveu et nièce.

Les enfants en question sont charmants, idéaux. Comme le dit, cependant, un proverbe anglais:

"If something seems too good to be true, it probably is."
"Si quelque chose paraît trop beau pour être vrai, c'est probablement le cas."

De jeunes acteurs épatants 


Les enfants ont un verbe trop élaboré pour leur âge. La jeune Flora (étonnante Pamela Franklin) a le regard d'une femme qui en sait beaucoup, et Miles (épatant Martin Stephens) possède le charme d'un homme mûr. Les deux acteurs sont dotés de ce que l'on appelle "une vieille âme": cela correspond tout à fait à leurs personnages qui transcendent le temps.

Miss Giddens (Deborah Kerr) accompagnée de Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens)
Miss Giddens (Deborah Kerr) accompagnée de Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens)

Vous me direz qu'on a l'habitude des enfants faussement innocents au cinéma. Petit tour d'horizon.

Les enfants effrayants au cinéma


On pensera aisément au Damien de La Malédiction, modèle du genre. Apparu 15 ans après Les Innocents, on peut se demander si Damien, garçon de cinq ans au regard d'adulte, n'a pas été inspiré en partie par le Miles de Jack Clayton.





Damien sur son tricycle, c'est un peu le grand frère de Danny, que l'on verra dans Shining en 1980. Tous les enfants du film, réels ou fantômes, vous empêcheront de dormir. Voici un célèbre extrait du film de Kubrick. Âmes sensibles s'abstenir.





Moins connu mais intéressant, Le Bon fils, de Joseph Ruben, sorti en 1993. Ruben s'est servi de la gueule d'ange de Macaulay Culkin pour donner vie à ce personnage qui, comme Flora et Miles, est d'une fausse innocence.



Difficile de ne pas citer la petite fille de L'Exorciste. Oui, le mal, au cinéma, peut aussi être féminin. Aussi effrayantes que la possédée de William Friedkin, on a découvert, en 1997 et 2002, deux fillettes du cinéma d'horreur japonais, respectivement dans Dark Water et Ring, du même réalisateur, Hideo Nakata.


Petite fille sur la cassette vidéo maudite dans Ring, de Hideo Nakata (1998)
Petite fille sur la cassette vidéo maudite dans Ring, de Hideo Nakata (1998)


Affiche du film Dark Water
Affiche du film Dark Water

L'une des meilleures histoires de fantômes


Le Tour d'écrou est l'une des plus grandes histoires de fantômes jamais écrite. 

Le film de Jack Clayton, apparemment, en a inspirés beaucoup d'autres. Vous avez été séduits par la chute de Sixième Sens et des Autres ? Vous aimerez forcément ce classique, surprenant de la première à la dernière image.

Tous les ingrédients du film d'horreur, aujourd'hui devenus cliché, y sont pourtant: boîte à musique, portes qui grincent, chambre d'enfants aux jouets anciens, piano jouant seul. Tout a été repris, re-mis en scène, réadapté des dizaines de fois, et pourtant Les Innocents apparaît neuf, audacieux.

Autre canon du film d'épouvante: la maison. Jack Clayton fait un usage judicieux du premier lieu au monde où la peur s'éveille. Il évite la facilité du huis-clos. Les scènes au sein de l'immense demeure concernent aussi son jardin et un lac. Le cinéaste respecte ainsi la tradition des grandes demeures anglaises. Tous les acteurs ont un merveilleux accent britannique. Il respecte ainsi la volonté de Henry James, auteur américain qui avait le cœur à l'anglaise.

Clayton reprend aussi, dans une certaine mesure, le double sens réalité / fantastique, maintenu par James dans Le Tour d'écrou


Livre Le Tour d'écrou, de Henry James


Certaines suggestions fantomatiques sont vite contredites par des considérations terre à terre. Juste ce qu'il faut de répliques ambiguës pour distiller le doute, et voilà le chef-d'oeuvre. 

Vous aurez peur. Dire que les studios d'aujourd'hui rivalisent d'effets spéciaux pour nous faire sursauter, quand il suffit d'une femme qui passe dans un couloir, d'un homme qui regarde du haut d'une tour, d'une ombre sur une île. Des mains qui prient durant le générique jusqu'au baiser final, tout est maîtrisé, presque magique.

Ne ratez pas Les Innocents. Ce n'est pas un classique pour rien.




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