vendredi 25 septembre 2015

MARGUERITE, AVEC CATHERINE FROT: LA REINE EST NUE





Vous vous souvenez de ce conte d'Andersen où un roi se faisait rouler par des gredins qui lui promettaient de riches habits ?




Les voleurs ne cessent de réclamer fils d'or et bijoux pour créer un vêtement extraordinaire - si extraordinaire qu'il ne peut être vu que par des gens de qualité. L'escroquerie est fine. Le roi est nu, mais chacun fait semblant de voir le vêtement merveilleux, afin de ne pas passer pour un incompétent.

C'est un peu le même principe pour Marguerite dans le nouveau film de Xavier Giannoli.




Madame aime chanter et se croit une diva. Surtout ne pas dire à Madame qu'elle chante faux. Atrocement faux.

Ne rien dire par gentillesse ? Non, par complaisance.

Se taire par politesse ? Non, par intérêt.

Commence ainsi la valse des flatteurs, des profiteurs, des vaniteux, autour d'une Marguerite qui se croit talentueuse.

Catherine Frot incarne à merveille cette castafiore malheureuse, tantôt comique, tantôt triste, le regard noyé de solitude.

Le propos est juste, les dialogues plutôt bien trouvés, mais la réalisation de Giannoli paraît guindée, académique, trop démonstrative sur l'aristocratie et de ses hypocrisies courantes. Il y a quelque chose de trop sage dans le traitement de l'image, la photo, les costumes. Marguerite ressemble à un film scolaire, empreint de théâtre au point que l'on oublie être au cinéma.

Les flatteurs au théâtre et au cinéma


Mais c'est aussi un parti pris du réalisateur. Les littéraires trouveront à Marguerite des airs de bourgeois gentilhomme, notamment lors de ses cours particuliers, où un professeur complaisant la félicite de son interprétation "très personnelle."

Déjà en hommage à Molière, Laurent Tirard avait fait le choix judicieux d'Edouard Baer en flatteur dans un biopic rêvé du dramaturge.


Edouard Baer dans Molière, de Laurent Tirard (2007)
Edouard Baer dans Molière, de Laurent Tirard (2007)




Les flatteurs sont souvent dénoncés au théâtre. Shakespeare aussi aimait railler ces courtisans au sourire faux. Timon d'Athènes possède une grande fortune et ne cesse de se faire flouer par des "amis" les mieux intentionnés du monde.




Il y a aussi chez les courtisans de Marguerite quelque chose de l'obséquieux au théâtre. Cette figure a été reprise dans la version d'Orgueil et préjugés en 1995, sur la BBC. Mr Collins rappelait aussi Tartuffe, le faux dévot de Molière.



En avant la musique ?


Marguerite ravira les amateurs d'opéra. Du moins dans les premières minutes, avant que l'héroïne ne se mette à chanter...

Elle ne s'entend pas chanter faux. À plusieurs reprises, le personnage évoque le Salieri de Milos Forman dans Amadeus.

Salieri dit avec fierté: "L'empereur n'avait pas d'oreille. Qu'importe, il aimait ma musique." Le paradoxe, peu flatteur pour lui, semble lui échapper.

Le destin de Salieri, devenu empereur des médiocres dans la dernière scène, est facilement mise en parallèle avec le destin de Marguerite:



Pour le spectacle final, à la fois bouleversant et cruel, il peut rappelle, côté mise en scène et photographie, le Faubourg 36 de Christophe Barratier.



C'est un plaisir de retrouver, trois ans après L'Homme qui rit, Christa Théret en chanteuse d'opéra (talentueuse, elle.) Sylvain Dieuaide, dans le rôle de Lucien, a un côté Dorian Gray qui ne manque pas de charme.

Catherine Frot illumine le film, et parvient  rendre cette casserole tantôt drôle, tantôt attachante. Les larmes viennent même à la fin, mais je ne vous dirai pas pourquoi.


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