samedi 17 octobre 2015

L'HOMME IRRATIONNEL, DE WOODY ALLEN: CRIMES ET DÉLIRES






Marre. Je me fais avoir à chaque fois. Chaque année, comme un métronome, Woody Allen sort son nouvel opus. 

Chaque année, en bonne fan con, je me précipite en salle, espérant retrouver l'émotion de La Rose Pourpre du Caire, la mélancolie de Blue Jasmine, le génie de Match Point.

Marre. D'un Woody Allen qui se promène, et propose des films paresseux, simples ersatz de son génie d'antan.


L'Homme Irrationnel m'est apparu comme un (mauvais) best of de plusieurs de ses anciens films. 


Woody est obsédé par le crime. Sur tous les tons, de la comédie au film noir, il nous a raconté le dilemme des meurtriers, leur questionnement, leur frustration.


Woody à l'école du crime


Bien avant Match Point, Woody nous parlait crime, sur le ton de la comédie, dans Crimes et Délits. Enlevé, surprenant, ce bijou de 1989 a inspiré la récente comédie noire de Jeanne Herry, Elle l'Adore.




Connaître par coeur les films de Woody Allen n'a pas que des avantages: on repère vite les obsessions de ce vieux routier du cinéma (le crime, la chance, la culpabilité.)

Chris, dans Match Point, bouquinait déjà Crime et Châtiment. Dostoïevski doit être une référence ultime d'Allen, son auteur de chevet, son guide de pensée. La question du hasard donnait lieu à un twist final bien vu.




Au cinéma, on tue pour l'amour, le désir ou l'argent. C'est ce dernier mobile qui a inspiré Cassandra's Dream, un Woody Allen de bonne facture qui n'a pas eu le succès mérité.





Meutre Mystérieux à Manhattan prenait l'assassinat du côté du rire. Hilarant et aux dialogues ciselés, le film de 1993 parle de crime avec légèreté, dans un humour sarcastique inimitable. Longtemps avant Desperate Housewives, Diane Keaton et Woody se demandaient quel sombre secret pouvait bien cacher leur voisin...





Woody se recycle (mal)


Dans L'Homme Irrationnel, Allen se parodie lui-même. Comme pour ses nombreuses ballades européennes (Midnight in Paris, To Rome With Love) Woody fait du Woody, et ne fatigue guère, puisque son nom suffit à emplir les salles.

Jean-Pierre Jeunet a indiqué en conférence que Woody Allen et Tim Burton ne pouvaient s'empêcher de tourner. C'est tellement formidable, d'être entouré d'une belle équipe, d'acteurs talentueux. Vivre sur un tournage est un peu comme passer une journée à Disneyland quand on est gosse: on  n'a pas envie de partir.

Oui mais voilà, à tant tourner, on ne peut tourner que des bons films. Remarquez, Clint Eastwood a le même "défaut," et réussit (presque) à chaque fois son pari.

Si Boris Yolnakoff, dans Whatever Works, raillait les clichés de sa jeune compagne, Woody tombe en plein dedans pour son nouveau film.

Un prof de philo sort avec une étudiante. Encore une figure dépressive du cinéaste, obsédé par la mort et l'absurdité de l'existence, cette fois incarnée par Joaquin Phoenix, .

Après Scarlett Johansson, c'est Emma Stone qui apparaît comme la nouvelle égérie allenienne. Elle était cependant bien meilleure dans Birdman, qui a failli lui valoir l'oscar.

À part ce couple de talent (le regard fou de Phoenix dans le parc est extraordinaire) rien à retenir de L'Homme Irrationnel, si ce n'est l'essai, quelque peu novateur, de changer de discours vis à vis du crime: il entraînerait, plutôt que la culpabilité, le soulagement, voire l'apaisement. Mais Woody Allen n'ose pas aller au bout de son idée. C'est toujours Hollywood, et il faut bien qu'on trouve une morale à l'histoire.

Reste la photo de Darius Khondji, toujours parfaite, mais quand je parle de la photo, c'est souvent mauvais signe.

Bref, ce dernier-né de Woody donne une furieuse envie de bichonner ses premiers enfants, redécouvrir les films où il avait encore du souffle, de l'inventivité, des choses à dire.

Plus les années passent, plus je préfère Woody... en rêve.



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4 commentaires:

  1. tout à fait d'accord.je viens de le voir et était effondrée devant la niaiserie du propos (ah le crime gratuit et parfait qui te rebooste un moral) un prof de philo dont les discours sont stupides. Un portrait de tocard en universitaire face à des ectoplasmes. Les scènes creuses et semblables se répètent ad nauseum . Ennui mortel. Perso, j'ai arrêté après le génialissime "Matchpoint"et "Vicki Christina Barcelona" .Là je me suis fait avoir par quelques comparaisons avec "crimes et délits et "match point". Il est juste ridicule d'oser ce rapprochement. Je crois que c'est le dernier pour moi

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    1. Je comprends votre colère. J'aimerais pouvoir dire que c'est le dernier pour moi aussi, mais je me connais trop bien. Je sais que j'irai voir le prochain, et les suivants, parce que c'est Woody et que, bon gré mal gré, je l'aime.

      J'ai également trouvé le film long: un comble pour un film d'1h34 !

      Bonnes séances pour d'autres films, meilleurs,

      Marla

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  2. Je comprends ta déception, ta frustration même, je ne peux être que d'accord sur le côté déjà-vu, que Woody a déjà fait mieux avec les mêmes thèmes. J'ai trouvé également le film un peu long à se mettre en place, Emma Stone est mimi et s'en sort pas mal mais je ne supporte vraiment pas ses mimiques (et tu connais mon avis sur elle dans Birdman ahahahaha). Mais j'avoue avoir tout de même aimé ce film, plaisant et pour moi bien écrit. En fait, je pense avoir plus apprécié le fond que la forme.

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    1. Oui, plusieurs spectateurs ont trouvé le film agréable. C'est sans doute que j'ai vu trop de Woody Allen, et que je repère, très vite, les répétitions de ses anciens films, meilleurs.

      On n'est jamais content, quoi.

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