samedi 6 février 2016

CHAIR DE POULE, LE FILM : MÊME PAS PEUR







Oui, j'ai vu Chair de Poule. Et ça aurait pu être une bonne surprise. Des répliques amusantes évitent les clichés habituels, le héros est sarcastique même s'il a le visage lisse des princes de Disney (l'acteur s'appelle Dylan Minnette, ça ne s'invente pas...) Chair de poule, le film semble reprendre avec bonheur les codes des livres pour ados : se faire peur à peu de frais avec une bonne dose d'humour. Zach, jeune homme tout neuf dans une bourgade, rencontre Hannah, voisine mystérieuse (Odeya Rush, héroïne de The Giver, comme quoi les teen movies se recyclent sans arrêt.)


Jack Black, aussi terrifiant que Pierre Richard




Le petit couple était prometteur. Puis entre en scène le père de Hannah, joué par Jack Black. À peu près aussi terrifiant que Pierre Richard, je me suis dit immédiatement: "Merde, il va foutre le film par terre."

Jack Black n'est vraiment pas un acteur de composition. Il ne connaît que la comédie. Dommage, car il aurait pu, à l'instar de Robin Williams, s'essayer avec succès à un rôle à contre-emploi, et nous faire frémir en salle. Oui, mais voilà, il me donne envie de lui dire, comme la doyenne de Monsters University à Mike Wazowski: "You're not scary" (tu ne fais pas peur.)



Jack Black dans Chair de poule, le film, de Rob Letterman (2016)
Jack Black dans Chair de poule, le film, de Rob Letterman (2016)

Du coup, pas de problème, vous pouvez emmener vos mômes voir Chair de poule, ils feront plus de cauchemars avec les dessins animés de TF1.

Quand les livres prennent vie au cinéma


La trame du film est pour le moins déjà vue. Un auteur de livres d'épouvante cache, au grenier, des livres fermés à clé où vivent ses personnages. Si par malheur on ouvre ces livres, les monstres en sortent et détruisent l'univers. Un peu léger.

Les livres qui prennent vie au cinéma, ce n'est pas neuf. Mon film favori pour enfants, L'Histoire sans fin, parlait déjà d'un garçon qui plongeait, au sens littéral, dans la lecture.



Bastian (Barrett Oliver) dans L'Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984)
Bastian (Barrett Oliver) dans L'Histoire sans fin de Wolfgang Petersen (1984)


JK Rowling, dans Harry Potter, a exploré les différentes facettes de la magie des livres. Dans La Famille Addams (1991) un personnage ouvrant Autant en emporte le vent se prenait une bourrasque dans la gueule. Harry, lui, se fait hurler dessus dans la bibliothèque de Hogwarts.









JK Rowling avait expliqué, dans une interview, le dangereux pouvoir d'un journal intime qui répondrait à celui ou celle se confiant dans ses pages...






En 1994, Macaulay Culkin incarnait Richard, garçon peureux qui découvrait son courage grâce à des livres magiques.






Mais Chair de poule, dans son esthétique et sa mise en scène, rappelle davantage Jumanji, où un jeu de société laissait s'échapper des bêtes féroces venues de la jungle.





Rob Letterman, connu pour ses films jeunesse, se rapproche donc du style de Chris Columbus, qui a d'ailleurs réalisé les deux premiers volets de Harry Potter. Sauf que cette esthétique kitsch gâche le film, pourtant plein de bonnes idées. Il suffit de regarder l'affiche pour se rendre compte qu'elle ressemble à la mauvaise farce Une Nuit au musée.




Dans le film avec Ben Stiller, ce sont les antiquités qui se réveillent la nuit. Allez comprendre.

Des références éculées


Dans Chair de poule, on a affaire à de nombreux monstres officiellement sortis de l'imaginaire de RL Stine, écrivain raté. Or, l'abominable homme des neiges n'a rien de neuf, ni même la marionnette parlante.




Cette marionnette a été vue maintes fois au cinéma. D'abord en 78, où elle devenait le double d'Anthony Hopkins, dans un film justement intitulé Magic.


Anthony Hopkins et Fats dans Magic, de Richard Attenbotough (1978)
Anthony Hopkins et Fats dans Magic, de Richard Attenbotough (1978)

Cette marionnette de ventriloque a été réutilisée récemment dans Dead Silence. On retrouve, dans le film de 2007, le jeu de mots sur "dummy" (à la fois "marionnette" et "imbécile") repris sans finesse dans Chair de poule.





Le comble, c'est d'entendre RL Stine critiquer Stephen King, quand son idée du jouet vengeur vient justement de l'une de ses nouvelles.





Chair de poule : un pont vers de meilleures lectures ?


En résumé, Chair de Poule pille allègrement les classiques d'horreur pour en faire de la soupe. L'une des rares bonnes idées du film, le secret d'Hannah, est gâché dans le happy end.


Les pré-ados, cependant, à la lecture des Chair de poule, entreront peut-être dans la joie de la lecture. Après tout, Twilight peut constituer un pont vers Dracula ou Roméo et Juliette. Chair de poule mènera, on l'espère, les adolescents à des classiques d'horreur, qui leur feront peur pour de vrai.


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