samedi 27 février 2016

"MERCI PATRON !" DE FRANÇOIS RUFFIN: BERNARD ARNAUD ET MOI




Suite à une émission d'@rrêt sur images, j'ai couru au Louxor à 17h45 voir Merci Patron, afin d'être rentrée à temps pour m'ennuyer devant les César.


Michael d'amour


Eh bien Merci Patron était le meilleur film de ma soirée. Il faut dire que je suis une grande fan de Michael Moore (je vous en avais parlé pour Lost River de Ryan Gosling.) Le film de François Ruffin est construit sur le même principe que Roger et moi, premier succès de Michael Moore sorti en 1989.

Roger et moi, c'est Michael Moore qui court après le PDG de General Motors, Roger Smith, sans jamais le rencontrer.


Affiche de Roger et moi, de Michael Moore (1989)


J'ai revu le film récemment, et j'ai été frappée par la difficulté des salariés de General Motors à dire du mal de leur ancien patron, pourtant à l'origine de leur licenciement. Le capitalisme a l'air si ancré dans les gênes des Américains, qu'à aucun moment on ne les entend remettre en cause le système, ou même qualifier Roger Smith de patron véreux.

C'est la différence avec Merci Patron ! peut-être. Marie-Hélène, syndicaliste, titillée par Ruffin sur les questions brûlantes, n'hésite pas à qualifier Bernard Arnaud, patron de LVMH, de prédateur. 

L'art de poser des questions


Le génie de Ruffin réside dans sa manière de poser les questions. Michael Moore a le même talent pour l'absurde, et obtient souvent des réponses savoureuses, par exemple dans l'introduction de Bowling for Columbine (2002)




On retrouve aussi chez Ruffin un ton faussement naïf, qui a fait les beaux jours de Raphaël Mezrahi et ses interviews loufoques. Sa première question à Lambert Wilson vaut son pesant de cacahuètes.





Ruffin a confié à @rrêtsurimages s'être aussi inspiré de Jean-Yves Lafesse, roi du canular à la télévision et au téléphone.




Mon idole


Ruffin joue un faux fan de Bernard Arnaud, patron de LVMH. Si vous aimez les sacs Vuitton, les costards Kenzo et les montres hors de prix, vous pouvez remercier Bernard Arnaud. C'est exactement ce que fait Ruffin. Habillé de la tête aux pieds à l'effigie de son idole, c'est un véritable homme-sandwich à la gloire de Bernard.

Vous trouverez le t-shirt, la casquette, le mug, la bouillotte "I Love Bernard" dans toutes les bonnes boutiques de farce et attrapes.
Vous trouverez le t-shirt, la casquette, le mug, la bouillotte "I Love Bernard" dans toutes les bonnes boutiques de prêt-à-porter

Ruffin aime Bernard Arnaud, et s'en va prouver au monde que ce requin en affaires est un homme de cœur. Michael Moore vient à l'esprit, encore, qui avait réussi, dans son deuxième film, à interviewer le PDG de Nike, le mettre face à ses paradoxes, et le percer à jour devant la caméra.

Ruffin, bien sûr, ne parvient pas à rencontrer le grand patron de LVMH, mais réussit, avec sa bande, à lui foutre une sacrée trouille. Il suffit de voir comme le chef de la sécurité de Bernard Arnaud tremble rien qu'à évoquer Fakir, journal militant qui compte - attention, roulement de tambour - près de 7 000 abonnés.


Je regarde cette une de Fakir et je m'interroge. Merci Patron ! est un film à voir d'urgence, et je parle au sens littéral. Tandis que la loi El Khomri (déjà largement surnommée "El Connerie" sur les réseaux sociaux) essaie de passer en force, il y a ce film en salles, qui dénonce l'hypocrisie des grands patrons et les désastres sociaux orchestrés par des entreprises pourtant florissantes.

Une bonne manière de lutter contre la "Loi Travail"


La loi El Khomri facilite les licenciements, plafonne les indemnités prud’homales au cas où un salarié se défende en justice, rend plus difficile la plainte pour licenciement abusif, et revient, page après page, sur des droits durement gagnés en France depuis le 19ème siècle.





Le film de Ruffin tombe à pic. Vous n'oublierez pas les Klur, couple de séniors mis à la porte d'une usine LVMH, qui se retrouvent à deux doigts de perdre leur maison. L'intelligence et l'astuce de Ruffin permettront de piéger l'entreprise de manière extraordinaire et comique.

Courez voir Merci Patron ! Je salue le courage du distributeur Jour2Fête de défendre ce film nécessaire dans un tel contexte. Je remercie @SI de m'avoir fait découvrir le film. 

Au fait, si l'équipe d'@SI recherche une nouvelle collaboratrice, je peux commencer demain.



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