lundi 29 février 2016

ROOM, AVEC BRIE LARSON: SEULS AU MONDE





Vous vous souvenez de Harry Potter, qui dormait dans un placard avant que Hagrid ne vienne le chercher ? Eh bien Jack dort aussi dans un placard. Il a cinq ans, et il est né dans une remise. Curieuse naissance me direz-vous ? Oui. C'est que sa mère est séquestrée depuis des années par un sadique qui lui a fait un enfant. La mère et le fils vivent presque paisiblement à deux pas du tortionnaire, seul à détenir le code d'entrée de la remise. 


Au nom du fils



Roberto Benigni, pour épargner à son fils les horreurs des camps de concentration, lui racontait une jolie histoire de jeu permettant de gagner un char d'assaut.




L'héroïne de Room invente aussi une histoire pour son fils. Elle lui fait croire que le monde se résume à la pièce (Room) où ils sont enfermés. Point de monde au dehors, la télévision ne montre que des chimères, des personnes qui n'existent pas hors de l'écran. 

Comment voir la vie une fois sorti ? Lenny Abrahamson, réalisateur du déroutant et assez mauvais Frank tenait avec Room un sujet original, qu'il aurait dû traiter avec moins de pathos. Le film méritait une réalisation plus audacieuse, une photographie onirique (à la Michel Gondry ou Jaco Van Dormael) pour nous faire adopter ce regard de petit garçon qui, à cinq ans, connaît une nouvelle naissance.


L'enfermement au cinéma


Traiter de l'enfermement au cinéma n'est pas chose aisée. Quand on pense séquestration et kidnapping, ce sont souvent de mauvais films d'horreur type Saw qui viennent à l'esprit, ou des thrillers faciles. Or, jouer avec le thème de manière originale, c'est possible.

Polanski a une fois de plus prouvé sa matrise du huis-clos dans La Vénus à la fourrure qui, s'il se déroulait dans un théâtre, n'avait rien du théâtre filmé. Dans La jeune fille et la mort, Polanski nous offrait déjà un huis-clos où une femme prend un  homme au piège: elle croit reconnaître son ancien tortionnaire en la personne d'un docteur qui raccompagne un soir son  mari en voiture. Suspense garanti.



La manière la plus originale de traiter l'enfermement au cinéma est sans doute le film culte Cube. Son slogan résumait bien le propos: "Ne cherchez pas une raison, cherchez une issue." 6 personnes se retrouvent enfermées dans un cube, et passent de salle en salle en espérant trouver la sortie. La plupart des salles sont piégées, et peu survivent à la machine infernale. Cube était filmé dans un décor unique, utilisé avec astuce. On s'est rarement senti aussi claustro au cinéma.





Old Boy, merveilleusement mis en scène, décrivait les conséquences d'un enfermement prolongé sur le psychisme d'un homme assoiffé de vengeance.




 

Quand j'avais cinq ans, je suis né



Room propose bien sûr une atmosphère toute différente. C'est le drame qui prime et la relation mère-fils. La mère courage, d'ailleurs, n'a pas de nom : Jack l'appelle juste Ma. 


Ma et Jack dans Room, de Lenny Abrahamson


Là réside l'originalité de Room: c'est Jack, enfant de cinq ans, qui raconte. Le titre français a d'ailleurs failli être allongé en "Room: le monde de Jack." Quel peut être le regard d'un enfant de cinq ans qui n'a rien connu d'autre qu'une remise étroite, et sa mère comme seul lien ? Sa seule fenêtre sur le monde (au sens littéral comme figuré) est le "skylight" petite fenêtre sur le toit, qui ne lui montre qu'un morceau de ciel. L'absence d'article dans le titre - non pas "The room" mais Room tout court - pose subtilement la question de l'espace.



Un film trop mélodramatique, mais à découvrir


Room apparaît surtout comme un mélodrame, même si les acteurs sont dans la retenue. Le quart d'heure télévisuel de la mère aurait pu être une bonne occasion de dénoncer la nocivité de certains médias friands d'histoires sordides. Abrahamson ne fait qu'effleurer le sujet. La famille dysfonctionnelle de Ma est aussi traitée de manière trop elliptique. À propos de "Jack," on peut préférer l'excellent film de Edward Berger, sorti l'an dernier.





Room reste un film à découvrir. Sa fin, notamment, est intéressante. Le jeune Jacob Tremblay est prometteur. Brie Larson incarne très bien cette mère prête à tout pour sauvegarder l'innocence de son fils. Elle était déjà douée dans States of Grace, même si le film était décevant. L'actrice a décroché l'Oscar pour son rôle dans Room, et c'est bien dommage pour Cate Blanchett, nettement meilleure. Le film Room lui-même a été nommé. Je m'étonne un peu de la nomination de ce long-métrage. On a vu bien mieux cette année du côté du cinéma américain. Il y a comme une mode ces derniers temps qui privilégie les films dont un petit garçon est le héros.



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1 commentaire:

  1. "La mère courage, d'ailleurs, n'a pas de nom : Jack l'appelle juste Ma." Euuuh elle s'appelle Joy dans le film...
    Pour ma part j'ai beaucoup aimé ce film que j'ai justement pas trouvé larmoyant mais plutôt subtil et intelligent dans son traitement, que ce soit autour de la maternité ou de l'enfermement. Je trouve que Larson mérite vraiment son Oscar (même si j'ai adoré Blanchett dans Carol).

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