lundi 11 juillet 2016

SUR QUEL PIED DANSER: JULIE ET LE BOULOT FORMIDABLE







Bon, j'avoue tout. Je suis de ceux qui chantent du Jacques Demy à tue-tête dans le rue, dans le métro, à ma fenêtre. Dès que ça chante, je trouve ça formidable.

Demy a épousé les frères Dardenne


Sur Quel pied danser, c'est Jacques Demy qui aurait épousé les frères Dardenne. "Comédie sociale musicale," c'est ainsi que le directeur du cinéma Le Balzac a défini le film de Paul Calori et Kostia Testut aux spectateurs durant sa présentation.

Les deux réalisateurs ont donc repris la tradition des comédies musicales des années Demy pour l'ancrer dans la France d'aujourd'hui, son quotidien, ses inquiétudes.

Julie a vingt ans à peine, et tout juste le bac. Et comme un jeune sur quatre en France, elle cherche un job. N'importe quel job. Virée à la fin de sa période d'essai, refusée à toutes les portes, elle garde courage, et repère une offre de CDI dans une usine de chaussures de luxe.

Elle se retrouve manutentionnaire, au milieu d'ouvrières au verbe haut, et d'un jeune homme à qui elle voudra plaire. Jacques Demy disait "J'ai envie de parler de gens heureux," et il est vrai que, dans Les Demoiselles de Rochefort, tout le monde est heureux, tout le monde chante et danse, Gene Kelly et son sourire béat, Deneuve et son profil Renaissance, Jacques Perrin dont j'étais amoureuse gamine.

Jeunesse, joie et mélancolie


Sur Quel Pied danser fait chanter ses personnages, oui. Mais le film est empli de mélancolie, tant il dépeint le quotidien rugueux des jeunes qui s'en sortent à force de détermination. Quand Samy demande à Julie à quoi elle rêve, elle dit juste "un CDI." 




Il fut un temps, peut-être, où les jeunes rêvaient d'autre chose. En 2016, ils ont des rêves raisonnables: un emploi, une maison, une voiture, peut-être. En 2016, les jeunes rêvent d'une vie normale.

Mais pas question de s'apitoyer dans Sur Quel pied danser. On chante et on danse pour se donner du courage. L'ensemble rappelle Jeanne et le garçon formidable, notamment sa première scène. Le film de 1997 était déjà un hommage à Demy, et mettait en scène... son fils.



Du Demy engagé


La chanson des ouvrières au milieu des machines rappelle la scène formidable de Dancer in the Dark. Le ton du film, profondément humaniste, plairait au réalisateur de Discount, Louis-Julien Petit, qui me disait en interview "Je crois que l'avenir s'améliore."

Tout est léger et bien écrit dans le film de Calori et Testut. Les chansons sont plutôt réussies, engagées sans être lourdes. Le patron véreux, c'est Xavier Laurent alias Loïc Corbery de la Comédie Française, qui jouait le prof de philo discret dans Pas son genre. Ici, il a des airs de Dutronc, dans tous les sens du terme. Charmeur, manipulateur, il incarne très bien le patron beau-parleur. Son discours face aux ouvrières inquiètes pour leur emploi m'évoque l'excellent documentaire sur Bolloré diffusé récemment sur France 2.

L'hypocrisie du grand patron est bien rendue, qui retourne sa veste (toujours comme Dutronc) quand les ouvrières trouvent un moyen astucieux de faire parler d'elles. L'une d'elles, au début du film, pense à créer un calendrier de charme, petit clin d’œil à une autre comédie sociale, anglaise, cette fois: Calendar Girls.


Des acteurs prometteurs


C'est un plaisir de retrouver Pauline Etienne après son rôle remarqué dans La Religieuse, et Olivier Chantreau a du potentiel. Les ouvrières, notamment Clémence Yelnik, ont un jeu convaincant.

On eût préféré, peut-être, que la lutte sociale prenne plus de place, et la romance un peu moins. Mais il fallait bien rendre attachante cette jeune fille d'aujourd'hui. Sans être réac, le film rend hommage au savoir-faire français, au courage de ses travailleurs. François Morel, en patron local, est très bien dans ce rôle de brave type pris dans les exigences du capitalisme.

Je suis ravie de défendre ce petit bijou français de la semaine, qui joue hélas dans trop peu de salles.

Allez-y, l'été a besoin de ces ondées rafraîchissantes.


Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !


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