mercredi 16 novembre 2016

LES ANIMAUX FANTASTIQUES : LA VALISE MAGIQUE DE NEWT SCAMANDER








La première fois que j'ai vu Harry Potter, c'était en 2001. J'ai découvert le film suite au conseil d'une de mes profs à La Sorbonne, en fac d'anglais. Émerveillée par ce premier opus en salle, j'y ai amené mon mec, mon meilleur ami, ma bande de copines.








J'ai couru à la Fnac à l'époque pour m'offrir les quatre premiers romans de la saga, dévorés en un été.







La sortie de tous les livres et films sur Harry Potter après cela fut une série de fêtes, d'événements partagés avec les fans, chez WH Smith à Paris pour le dernier tome, dans un cinéma de Vienne pour le dernier film. 

Chaque fois, l'excitation d'une gosse à Noël, le bonheur dans les tripes aux petites notes de musique.

J'étais à l'avant-première des Animaux Fantastiques hier soir. La séance étant en VO, il n'y avait pas la foule attendue, même si la salle était bien pleine.

Premières notes de musique. Coupures de journaux où l'on s'inquiète d'une dictature montante, comme dans Harry Potter et l'ordre du Phénix, le prince de sang-mêlé et les reliques de la mort, déjà réalisés par David Yates.





Découverte d'Eddie Redmayne l'écran. A peine quelques secondes, et le personnage est là, attachant, doux, sensible, avec sa créature étrange dans sa valise, animal domestique fabuleux.


Newt Scamander / Norbert Dragonneau en français (Eddie Redmayne) dans Les Animaux Fantastiques, de David Yates (2016)
Newt Scamander / Norbert Dragonneau en français (Eddie Redmayne) dans Les Animaux Fantastiques, de David Yates (2016)


Newt Scamander en Amérique


L'auteur du bestiaire Les Animaux Fantastiques traverse l'Atlantique, et passe la douane, comme tout le monde.


Première incohérence du film : pourquoi ne pas apparaître directement aux Etats-Unis, plutôt que de s'embêter avec un douanier suspicieux ? A quoi bon être sorcier s'il faut faire le même voyage que les Moldus ?

Qu'importe, Newt fait le voyage à la régulière, et rencontre, à peine le pied posé sur le Nouveau Monde, un sympathique moldu qui se rêve boulanger.

Jacob Kowalski (Dan Fogler) dans Les Animaux Fantastiques
Jacob Kowalski (Dan Fogler) dans Les Animaux Fantastiques


Patatras, par un échange de valises, Newt se retrouve avec des gâteaux plein sa valise, et le moldu avec des monstres fabuleux dans la sienne. Commence alors une course dans le New-York des années 20 pour retrouver les bêtes disparues.

La Warner exploite la franchise Potter avec délice, et n'a pas pu s'empêcher de mettre en scène cette nouvelle histoire dans son cher pays.

Pourquoi Newt Scamander est-il à New-York ? Mystère. Pourtant, il aurait été aisé d'inventer un animal rare à venir étudier sur place, un confrère à aller voir, un vieux grimoire seulement consultable dans une bibliothèque de New-York... Les excuses scénaristiques ne manquaient pas.

Le New-York façon polar de David Yates est tout simplement sublime, mais il aurait pu faire aussi bien à Londres, sans que la trame en fût changée. Ce New-York sombre des années 20 n'est pas sans rappeler la ville contrastée de la trilogie Batman de Dolan : ce spin off de Potter a des airs de Marvel.

Un casting à majorité britannique



Surtout que le casting de ce petit dernier de la saga Potter reste des plus britanniques : Redmayne, cela va de soi, mais aussi Tina Goldstein. Quoique de nationalité américaine, l'actrice, Katherine Waterston (fille de l'excellent acteur Sam Waterston) a l'accent de Londres puisqu'elle y a grandi.


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Katherine Waterston en Tina Goldstein dans Les Animaux Fantastiques

C'est une joie de retrouver Samantha Morton (Minority Report, Control) ici en fanatique. Cette actrice est également anglaise. Le méchant, incarné par Colin Farrell, est quant à lui irlandais.


Colin Farrell en Percival Graves dans Les Animaux Fantastiques méchant
Colin Farrell en Percival Graves dans Les Animaux Fantastiques


Il n'y a guère que Queenie, sœur de Tina, pour être américaine. Il s'agit de la chanteuse Alison Sudol (A Fine Frenzy) qui me semble plus intéressante en musique qu'au cinéma.










Reste le Moldu Dan Folger, autre américain au casting, surtout connu pour ses rôles dans les séries Man Up et Secrets and Lies. C'est sans doute, grâce à son talent comique, l'une des révélations du film.


Autre belle surprise au casting, Ezra Miller, révélé dans We Need to Talk About Kevin, et héros de l'excellent Monde de Charlie. Bon, dans Les Animaux Fantastiques, il a un peu déconné sur la coupe de cheveux.



Ezra Miller (Creedence / Croyance) dans Les Animaux Fantastiques
Ezra Miller (Creedence / Croyance) dans Les Animaux Fantastiques


Du beau et grand spectacle




La photo des Animaux Fantastiques est remarquable, les effets spéciaux sont époustouflants et, pour une fois, la 3D ajoute vraiment au spectacle.



La scène dans la valise magique reste le passage le plus marquant du film, celui qui invite le plus au voyage et au rêve.



Car finalement, le New-York de David Yates rappelle l'Angleterre des derniers opus de Potter, où un méchant sorcier (cette fois Grindewald plutôt que Volemort) terrorise le monde des sorciers comme celui des non-sorciers. Le film s'adresse moins aux enfants qu'à ceux qui ont suivi Harry depuis le départ, et ont grandi avec lui.


Un problème de scénario 



Le film est magnifique visuellement mais n'est pas très évident à suivre si l'on a n'a pas vu ou lu toute la saga, du point de vue du vocabulaire et des références.

Surtout, le scénario est complexe. JK Rowling pose les bases d'un nouvel univers, et prend son temps. D'aucuns diraient qu'elle a raison. Elle est devenue écrivain au fil des romans, et traite un peu le média cinématographique comme une expérience de roman à l'image. Sauf que 2h13 d'exposition, c'est long.

Le génie de la saga Potter était de construire un univers en spirale où il y avait toujours plus de choses à découvrir au fil des épisodes. Voilà le hic pour Les Animaux Fantastiques : où est ce mystère résolu à la fin qui ouvre en même temps sur un chemin de possibles?

La Warner compte faire quatre autres films après celui-là, toujours mettant en scène les aventures de Newt Scamander. Ce premier opus, pris isolément, a du mal à former une histoire complète au même titre que Harry Potter à l'école des des sorciers et ses six suites. À tant multiplier les mystères et les personnages, Rowling a rendu son scénario difficile à suivre.


Un film qui manque d'enjeu


Ce qui manque aux Animaux Fantastiques, c'est la quête. Dans Harry Potter, le jeune sorcier courait après la pierre philosophale, cherchait à percer le mystère de ses origines, se lançait sur les traces de ses parents, rêvait de les venger en affrontant leur meurtrier. 

Que cherche Newt Scamander ? Mystère. Le film, en un mot, manque d'enjeu. C'est dommage, car JK Rowling pose les pierres d'une nouvelle histoire qui s'avérera sans doute passionnante : elle a encore beaucoup à dire sur son univers. Mais elle qui rejetait avec talent tous les gadgets faciles en littérature et au cinéma, se retrouve dans Les Animaux Fantastiques à faire un brin de Disney, avec ses gentilles petites bêtes qui feront de jolies peluches à vendre (j'ai nommé le Niffleur, en plus du petit être qui crochète les serrures, et ressemble un peu à Baby Groot, personnage craquant des Gardiens de la galaxie.)



Le Niffleur les Animaux Fantastiques niffler fantastic beasts and where to find them
Le Niffleur Les Animaux Fantastiques

La saga Potter, ainsi, s'est américanisée. Les bêtes formidables de cet opus permettront au parc d'Orlando de bâtir de nouveaux manèges, et certainement d'ouvrir une boulangerie du type "Jacob's bakery."


Le parc d'attractions Harry Potter à Orlando, en Floride
Le parc d'attractions Harry Potter à Orlando, en Floride


Trop de mystère tue le mystère


Quelque chose manque à ce nouvel opus. JK Rowling lance des pistes pour les épisodes suivants, mais l'impression que l'on retire de ces 2h13 à attendre que quelque chose de passe, c'est que trop de mystère tue le mystère. Trop de questions restent sans réponse. Les Animaux Fantastiques laissent la même impression que l'avant-dernier film de Potter, cette guerre des sorciers qui n'en finit pas de commencer. A titre personnel, j'aime beaucoup cet épisode de "drôle de guerre" qui pose les pierres du dernier film, plus axé sur l'action.

Mais ici, JK Rowling ne fait que poser des pierres. Ce sera long d'attendre 5 ans pour voir si l'édifice entier tient la route. L'auteur amorce plusieurs pistes, tellement, en réalité, que l'on reste sur sa faim. 

On attend la suite, bien sûr, mais ce bijou visuel aurait mérité un scénario plus complet qui donne au film une unité, une logique, ancrée dans un monde plus vaste, ce que Rowling avait réussi jusque-là avec brio.


Et vous, que pensez-vous du film ? Dites-le en commentaire !


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