vendredi 23 décembre 2016

PREMIER CONTACT : UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS ?






Mon problème avec Denis Villeneuve


Bon, disons-le tout de suite : j'ai un vrai problème avec Denis Villeneuve. Enemy est l'un des articles les plus lus sur Marla's Movies. Cependant, le film, raté, parlait de schizophrénie sans talent et avec un monceau d'incohérences. 



Je n'ai pas accroché à Prisoners. Sidonie a fait un très bon papier sur Sicario, que j'avais trouvé trop violent pour le peu que cela racontait.



Et voilà que plusieurs copains blogueurs m'ont convaincue d'aller voir Premier Contact, quand je ne voulais vraiment pas y aller. Mais après tant d'enthousiasme, tant d'excellentes notes accordées par mes amis internautes, je me suis dit que j'allais donner une nouvelle chance au réalisateur. 



Un vrai sujet peu abouti




Premier Contact avait tout pour me plaire : une linguiste brillante, des extraterrestres, Forest Whitaker.



Mais la linguiste en question, Louise Banks, incarnée par Amy Adams, est loin de m'avoir autant touchée que Julianne Moore dans Still Alice.



Avec Premier Contact, Denis Villeneuve tenait un vrai sujet : dans trop de films de SF, les extraterrestres parlent anglais, ou sont magiquement traduits par des machines ou des scientifiques surdoués. Dans le cas de Premier Contact, la linguiste est en effet surdouée, mais se heurte à une nouvelle espèce qui s'exprime, en toute logique, de manière inconnue. Il ne s'agit pas de décoder une langue, un alphabet, mais de comprendre, comme les meilleurs linguistes, le fonctionnement de la pensée de l'autre.


Louise Banks (Amy Adams) tente de communiquer avec des aliens dans Premier Contact, de Denis Villeneuve (2016)
Louise Banks (Amy Adams) tente de communiquer avec des aliens dans Premier Contact, de Denis Villeneuve (2016)

Dans Premier Contact, les extraterrestres ressemblent à des araignées à qui il manque une patte. L'obsession de Villeneuve de l'arachnide revient donc deux ans après Enemy.

Forest Whitaker, dans le film, a la même fonction que Morgan Freeman dans les films de SF habituels : il est censé donner à l'ensemble un air grave. Or, il se prend tant au sérieux que cela prête à rire.

Forest Whitaker dans Premier Contact, de Denis Villeneuve (2016)
Forest Whitaker dans Premier Contact, de Denis Villeneuve (2016)


Références douteuses à la SF


Il faut dire que d'avoir la musique de Vladimir Cosmos... Pardon, Cosma, dans la tête, suite à une mauvaise pub pour Canal+, n'a rien arrangé. Ajoutez à cela une dame qui ronflait bruyamment derrière moi au bout de 15 minutes de film.

Très vite, je me mets à doubler les dialogues dans ma tête : 

"Comment on va appeler les aliens ?"

Pim et Poum ? Tic et Tac ? Brenda et Brandon ?

Finalement, ce sera Abbott et Costello, ces héros de films burlesques des années 50. 


De là à dire que les scientifiques du film prennent les aliens pour des rigolos, il n'y a qu'un pas.

Et des références douteuses, il y en a un paquet dans ce nouveau Villeneuve. Tout d'abord, les vaisseaux extraterrestres ressemblent, dans leur fonction, à l'objet non identifié du 2001 de Kubrick. Ils servent aux singes que nous sommes à se prendre la tête dessus.





Premier Contact, à ce stade, me paraissait tellement risible que j'ai failli intitulé mon article « Le coup du menhir » en référence à l'adaptation de la BD d'Astérix.



Ne soyons pas trop sévères envers Denis Villeneuve. Premier Contact est bien filmé, très bien mis en scène, et la photo cafardeuse du cinéaste sied à l'ensemble. Amy Adams, comme toujours, est touchante sans en faire trop.

Un problème de rythme


Mais le film souffre assez vite d'un problème de rythme. Un film de SF sans suspense, c'est tout de même gênant. Il est hélas d'une lenteur épouvantable. 

Comme dans l'excellent épisode de La Quatrième dimension, "Monsters are due on Maple street," Villeneuve souhaite se servir des extraterrestres pour dénoncer la bêtise humaine, et l'incapacité des individus à s'unir dans un but commun.

Les habitants crédules de Maple Street dans l'épisode de La Quatrième dimension, de Rod Serling
Les habitants crédules de Maple Street dans l'épisode de La Quatrième dimension, de Rod Serling (1960)

Mais tout cela est un peu sommaire. La critique de Villeneuve des médias, outrageusement caricaturés, ne vaut pas la satire de Gone Girl de David Fincher.

C'est rageant, parce que Premier Contact aurait dû être passionnant, en offrant une réflexion sur le langage, l'impossibilité de communiquer et le choc des cultures sur notre propre planète.


Une réflexion sur le temps (Attention spoilers)


Villeneuve nous offre, avec Premier Contact, un nouveau film à déchiffrer.

C'est sur la question du temps qu'il se veut original. Or, l'idée principale remonte à La Jetée de Chris Marker, qui avait déjà largement inspiré L'Armée des 12 singes de Terry Gilliam.




En effet, Louise Banks a une drôle de façon de penser : plutôt que des flash-back, elle a droit à des flashes forward. En un mot, elle se souvient du futur. On crame la fin dès le cœur du film : quand Louise conseille à sa fille d'aller voir son père pour les questions scientifiques. On devine alors qu'elle va épouser le savant qu'elle vient de rencontrer.

Dans L'Armée des 12 singes, le voyage dans le temps permet au personnage de Bruce Willis enfant de se "souvenir" d'un visage féminin qui lui permettra de poursuivre sa quête.

Madeleine Stowe à la fin de L'Armée des 12 singes, de Terry Gilliam (1995)
Madeleine Stowe à la fin de L'Armée des 12 singes, de Terry Gilliam (1995)

Le film de Villeneuve est hélas plein de trous, un peu comme Inception de Nolan, sans le suspense, le mystère, et la maestria de la réalisation. On pardonnait à Inception ses faiblesses au vu de ses qualités. C'est plus difficile pour Premier Contact.

Si la fin de Premier Contact peut émouvoir, elle est loin d'offrir une réflexion profonde sur les choix de l'existence, contrairement au chef-d'œuvre de Jaco Van Dormael, Mr Nobody, où le héros nous expliquait que "toutes les vies étaient la bonne." 


Premier Contact : un blockbuster maquillé en film d'auteur ?


Si l'on est lucide, on se rend compte que tous les ingrédients hollywoodiens sont là : le deuil d'un enfant, l'amour naissant, le sens du sacrifice, un seul être et son don particulier pour sauver la planète entière.

Au fond, on n'est pas loin de l'Armageddon de Michael Bay, même si Premier Contact, bien sûr, est plus intelligent. Je lui mets deux étoiles, bel essai raté, à mi-chemin entre le tout bon et le tout mauvais.

Pour être tout à fait juste, le deuil de Louise est un véritable moteur de l'intrigue, contrairement à Gravity, dont la mort de l'enfant ne servait que le mélodrame.

Villeneuve est à l'évidence une star montante du cinéma. De nombreuses productions lui font confiance pour d'immenses projets. Il doit être le cinéaste le plus surestimé du moment. Je m'inquiète qu'il soit aux commandes de Blade Runner 2049, quand le premier volet est la référence ultime des films de SF. Je redoute aussi sa version de Dune, autre sommet de SF et référence geek.

Enfin, nous verrons bien...


Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :

    

Légende

Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


orange star.jpg
orange star.jpgorange star.jpg Pas mal
orange star.jpgorange star.jpg Moyen

orange star.jpg Pas bon À hurler !