mercredi 25 janvier 2017

HARMONIUM : CRIME ET CHÂTIMENT






Les japonais sont doués pour parler culpabilité au cinéma. Dans Real, il s'agissait de dompter le souvenir d'une faute passée, incarnée par un monstre des eaux. 


Dans Shokuzai, chef d'œuvre en deux volets, quatre femmes tentaient d'expier une faute commise dans l'enfance en agissant dans la vie quotidienne.





Harmonium raconte l'histoire d'une petite musicienne. Elle vit paisiblement avec ses parents, et rêve de devenir virtuose. Un homme tout juste sorti de prison, se présente à leur porte. Le père de famille lui offre l'hospitalité. La vie familiale s'en trouvera chamboulée.



Comme du papier à musique


Harmonium porte bien son titre. Le film du réalisateur est réglé comme du papier à musique. Extrêmement bien construit, il utilise plusieurs symboles pour faire jouer dans le présent les ombres du passé : la rivière, la photographie estivale, une petite fille jouant de l'harmonium de dos.

Le film est divinement interprété, surtout par l'épouse, Akié (magnifique Mariko Tsutsui) prisonnière d'un désir coupable.



Dîner de famille dans Harmonium, de Kôji Fukada (2017)
Dîner de famille dans Harmonium, de Kôji Fukada (2017)


Harmonium : tragédie japonaise (Attention Spoilers)


Pourquoi le mari, Toshio, offre-t-il l'hospitalité à cet inconnu nommé Yasaka, de surcroît repris de justice ? 

C'est qu'ils ne sont pas tout à fait inconnus. Yasaka a écopé de 20 ans de prison pour meurtre, sans jamais dénoncer son complice... Toshio, qui tenait les pieds de la victime tandis que Yasaka l'étranglait.

Harmonium est un film sévère sur la nature humaine. Il nous dit, dans une morale qui m'a paraît très japonaise, que l'on ne finit jamais d'expier en crime.

Le mari s'est donc rendu coupable de complicité de meurtre, et va expier sa faute de manière inattendue et terrible. Yasaka revient pour se venger. Pourquoi son complice a eu le droit de mener une vie normale, avec une épouse splendide et une belle petite fille, pendant que lui, Yasaka, pourrissait en prison ?

Il compte donc lui voler sa femme et sa fille. Puisque l'épouse refuse finalement de se laisser séduire, il tentera de tuer l'enfant. Une chose encore plus redoutable se produit.


La punition qui tombe sur sa fille, handicapée à vie après l'agression de Yasaka, rappelle le film The Box






Dans le film de Richard Kelly sorti en 2009, un couple accepte de tuer un inconnu en appuyant sur un bouton, en échange d'un million de dollars. Ce film est inspiré de l'épisode Button, Button de La Quatrième dimension. Une fois le bouton poussé, on ne peut plus reculer. Le mauvais génie qui leur proposent ce marché (génial Frank Langella)  leur impose ensuite un choix cornélien : garder l'argent et en profiter, mais voir leur enfant devenu sourd et aveugle. Deuxième option : sauver l'enfant, mais faire le sacrifice de l'un des deux parents.

Ce châtiment imposé à l'enfant pour punir les parents se retrouve dans Harmonium. L'assassin, qui a failli tuer la petite, l'a rendue infirme à vie. La vision de leur fille devenu infirme représente la torture des parents.



Une fin trop pessimiste ?


Le génie du réalisateur et de toujours déjouer les attentes du spectateur. Les réactions des personnages sont surprenantes, et en même temps contribuent à l'expiation collective d'une faute qui les surpasse tous.

La fin de Harmonium m'est apparue comme celle de The Lobster : logique si l'on considère le parti pris du réalisateur, mais bien trop pessimiste. Il y a quelques mois, j'ai lu dans la presse l'histoire d'une vieille dame juive qui fut torturée dans les camps de concentration par un soldat SS. Elle a découvert que le petit-fils de ce soldat était devenu orphelin, et sans le sou.

Elle l'a adopté.

Cet exemple de pardon par l'apaisement m'aurait semblé bienvenu dans Harmonium. Les deux parents auraient pu, plutôt que de chercher à se venger du criminel, adopter son fils en vue de l'apaisement pour tous. Mais ma vision des choses est sans doute empreinte d'un humanisme à l'européenne.


Après tout, Harmonium est une tragédie japonaise. On ne peut en tirer ni apaisement, ni bonheur, ni pardon. Harmonium est un film rare, à découvrir. Il ne vous laissera pas indifférent.



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