jeudi 5 janvier 2017

QUELQUES MINUTES APRES MINUIT : AUPRÈS DE MON MONSTRE






Aller voir Quelques minutes après minuit vous évite l'achat et la lecture de dizaines de livres bidon, dits de développement personnel, sur le fameux "lâcher prise," théorie à la mode chez les psychologues peu inventifs.



Conor O'Malley vit à Manchester, ville la plus déprimante d'Angleterre, avec sa mère malade. Son père habite à Los Angeles qui se soucie peu de lui. Harcelé à l'école par une bande de petits cons, Conor n'est heureux nulle part : ni chez lui, ni au collège. Intelligent, il est doué pour deux choses : le dessin et le rêve.



Un monstre raté


Stephen King disait qu'il se produisait des choses étonnantes après minuit.



Pour Conor, Minuit 7 est l'heure du monstre.

Et c'est là que ça se gâte. Comme dans de nombreux films, c'est le monstre qui met le film par terre. Ici, l'arbre monstrueux ressemble comme deux branches à Groot dans Les Gardiens de la galaxie. 








Il ressemble aussi aux vieux monstres animés dans les Disney des années 80/90. Bref, pas top. La référence à Spielberg sur l'affiche est vraiment usurpée. Et si l'on pense à l'esthétique ratée du Bon Gros géant, c'est encore pire. Si le slogan de l'affiche cherche à attirer en salle les nostalgiques des Spielberg de la première heure, ils seront bien déçus (ou surpris ?) devant Quelques minutes après minuit

Contes (très) cruels (Attention SPOILERS)


Tout d'abord, le film de Juan Antonio Bayona n'est pas un film pour enfants. C'est souvent le cas des productions récentes qui reprennent l'esthétique Burton (et dans ce cas précis, celle de Guillermo del Toro) pour nous offrir une réflexion sur la dureté de l'enfance et du passage à l'âge adulte.

L'arbre monstrueux (un if, très fréquent en Angleterre, notamment dans le nord) tel les fantômes de Dickens dans le Conte de noël, souhaite raconter 3 histoires à Conor pour qu'il en tire une morale de vie.

Le premier conte, sur la sorcière et le prince, permet à Conor de relativiser la méchanceté ou la bonté supposée des hommes. La sorcière du conte, alter ego de la grand-mère de Conor (
Sigourney Weaver, toujours parfaite) n'est peut-être pas la vilaine de l'histoire. Le gentil prince très aimé mais secrètement fourbe n'est autre que le père de Conor, très aimé de son fils mais pas forcément fréquentable.

Toby Kebbell et  Lewis McDougall en père et fils dans Quelques minutes après minuit
Toby Kebbell et  Lewis McDougall en père et fils dans Quelques minutes après minuit


Les fans de Black Mirror reconnaîtront peut-être l'acteur Toby Kebbell, qui jouait Liam dans le troisième épisode de la série, "The Entire History of You." 

Surtout, les fans de séries seront heureux d'apprendre que le réalisateur Juan Antonio Bayona était aux commandes de la première saison de Penny Dreadful, qui use également d'une esthétique gothique.




Juan Antonio Bayona est un ami de Guillermo del Toro, et ça se voit. Il admire son maître et tente de l'imiter. Les premières images de son film reprennent la photo de L'Échine du diable, la noirceur du conte aimerait s'approcher du Labyrinthe de Pan, sans l'égaler.

L'animation des contes rappelle aussi Le Conte des trois frères dans Harry Potter.




Le deuil de la mère au cinéma


Le conte de l'apothicaire parle aussi du bien et du mal en termes nuancés. Il fait presque redite après le premier conte.

Quant aux deux derniers contes, ils concernent Conor directement. L'homme invisible ne veut plus l'être mais s'en retrouve d'autant plus seul. Le quatrième conte marque pour Conor la conclusion de sa propre histoire : la mort de sa mère, il l'a en partie souhaitée, pour cesser de la voir souffrir et de souffrir lui-même.




J'ai connu un ami, quinquagénère, qui m'a annoncé il y a quelques années : "Ma mère est décédée. Maintenant qu'elle est morte, je n'ai plus peur de son décès." C'est ce qui se passe pour Conor. Le décès de sa mère les libère tous deux.

Conor se sent coupable jusqu'au bout des ongles, mais se guérit par l'imaginaire.
Dans The Hours, le personnage incarné par Meryl Streep se sent soulagée quand son ami de toujours, atteint du virus du sida, décède après de longues années qu'elle avait passées à son chevet.


Meryl Streep et Ed Harris dans The Hours, de Stephen Daldry (2001)
Meryl Streep et Ed Harris dans The Hours, de Stephen Daldry (2001)

Dans Les Mots pour le dire de Marie Cardinal, l'auteur indique n'avoir mis fin à sa psychanalyse qu'après le décès de sa mère.

Parler du deuil  à venir de la mère est toujours complexe au cinéma. Ici, il s'agit de donner corps à la théorie du lâcher prise. Quand Conor lâche la main de sa mère alors qu'elle est près de tomber dans le fossé, il se libère et la libère. Il lâche prise, elle fait de même.

Cela explique que la mère, avant son dernier souffle, aperçoive l'arbre magique, qui la suit depuis l'enfance. L'arbre aide le fils comme la mère à laisser l'autre partir. 


Dans le film d'horreur récent Before I Wake, le monstre était la mère elle-même, emportée par le cancer. Le réalisateur semait le même doute quant à une schizophrénie possible chez l'enfant.


Une belle interprétation


Côté jeu, Felicity Jones est presque méconnaissable après son rôle de leader adolescente dans Rogue One




Felicity Jones dans Quelques Minutes après minuit
Felicity Jones dans Quelques Minutes après minuit


Sigourney Weaver apparaît un peu caricaturale au début du film, mais beaucoup moins quand on saisit que son personnage est le fruit du regard d'un petit garçon qui voit en sa grand-mère une marâtre de conte de fées.

C'est surtout 
Lewis McDougall qui tient le film sur ses épaules. Il semble plus sensible et plus vrai que Jacob Tremblay, calibré pour Hollywood, et qui sait faire l'enfant. Un jeune acteur à suivre. 

Quelques minutes après minuit est un film sombre, complexe, qui n'est pas à mettre devant tous les yeux. Les âmes sensibles auront sans doute du mal à supporter tant de noirceur en un seul film.

Pour les autres, Quelques minutes après minuit apparaîtra difficile, mais instructif et surtout... émouvant.




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