samedi 4 février 2017

LES FIGURES DE L'OMBRE : TROIS FEMMES DERRIÈRE JOHN GLENN








Vous saviez que trois Afro-Américaines avaient aidé à envoyer le premier Américain dans l'espace ?

Je ne le savais pas non plus avant de voir Les Figures de l'ombre. Hidden Figures en anglais, fait jeu de mots entre les chiffres cachés et les silhouettes ("Figures") que l'on ne soupçonne pas derrière la conquête spatiale.

On peut saluer les affiches américaine et française du film, qui pour une fois ne mettent pas en lumière l'acteur blanc célèbre qui fera venir les foules (dans le cas des Figures de l'ombre, Kevin Costner) mais trois actrices noires, véritables héroïnes de ce biopic.




Ce procédé me rappelle le film 20 Feet from Stardom, film musical qui braquait le projecteur, non pas sur les stars habituelles de la chanson, mais sur les choristes, essentielles à la réussite d'un morceau, mais qui restent les grandes oubliées du showbiz.




Qu'ont-elles de spécial, ces trois femmes derrière John Glenn ?

Elles sont pauvres, brillantes, et noires, dans le contexte politique de 1961 aux Etats-Unis. Le film de Theodore Melfi montre à merveille les enjeux de l'époque : la lutte pour les droits civiques de tous et la conquête spatiale.

En pleine guerre froide, il s'agit pour Kennedy de doubler les Russes dans la course aux étoiles. Nous sommes trois ans avant le Civil Rights Act, et sur la terre ferme, les Noirs boivent encore à des fontaines réservées aux Noirs, s'assoient encore dans des bus où les Blancs ne s’assoient pas.

La scène où Katherine Johnson (Taraji P. Henson) pousse un coup de gueule de devoir traverser le campus de la NASA pour aller aux toilettes est l'un des moments forts du film.

Simone de Beauvoir disait "la condition des Noirs, la condition des femmes, c'est pas si différent." Qu'en est-il de la condition des femmes noires ? Les femmes étaient rarissimes à la NASA dans les années 60. Les Figures de l'ombre peut évoquer, en cela, le biopic de Thatcher où la jeune Margaret Roberts se retrouvait seule à Oxford, entourée de messieurs.




Une belle interprétation


Dans le film de Theodore Melfi rend hommage à Mary Jackson (superbe Janelle Monáe), première afro-américaine devenue ingénieure en aéronautique. Dorothy Vaughan se retrouve quant à elle aux prises avec sa hiérarchie (Kirsten Dunst, vieillie et méconnaissable.) Octavia Spencer décrochera peut-être l'Oscar pour ce joli rôle. 

Ces trois mathématiciennes de génie vont participer activement au voyage de John Glenn dans l'espace. Il est intéressant de découvrir ce film quand nous avons perdu John Glenn en décembre dernier.


L'astronaute John Glenn
L'astronaute John Glenn

Trop long et moralisateur


Si l'interprétation du film est remarquable, les sujets forts qu'il aborde ne sont traités qu'en surface, et c'est bien dommage. Les Figures de l'ombre pâtit des mêmes défauts que de nombreux biopics américains : patriotisme affiché et presque écœurant, moralisation, clichés en pagaille. Le film s'avère également trop long, des scènes entières auraient pu être coupées au montage, notamment sur le couple de Katherine Johnson, qui apporte peu à l'intrigue, même si c'est un plaisir de retrouver Mahershala Ali, Remy Danton dans House of Cards, qui semble faire une belle percée au cinéma, car il est actuellement à l'affiche de Moonlight, aussi nominé aux Oscars.


Taraji P. Henson et Ali Mahershala (Katherine et Jim Johnson) dans Les Figures de l'ombre, de Theodore Melfi (2016)
Taraji P. Henson et Ali Mahershala (Katherine et Jim Johnson) dans Les Figures de l'ombre, de Theodore Melfi (2016)

Ces défauts font peut-être le succès du film outre-Atlantique, qui a dépassé le nombre d'entrées en salles de Star Wars, Rogue One. Les Figures de l'ombre est en effet calibré pour les Oscars, notamment pour ses grands rôles féminins. Il est également agréable de voir que le scandale "Oscars so white" de l'an dernier laisse place, en 2017, à des nominations où des talents afro-américains sont 
à l'honneur.

Les femmes dans l'espace


Le film apparaît aussi comme un spot publicitaire de plus de deux heures à la gloire de la NASA. L'occasion de faire un petit tour d'horizon des femmes qui ont participé à la conquête spatiale.

Si Les Figures de l'ombre est très patriote, il ne faut pas oublier que ce sont les Russes qui ont envoyé le premier homme dans l'espace. Il s'agissait de Youri Gagarine, le 12 avril 1961. Ce n'est que deux ans plus tard qu'ils enverront la première femme dans l'espace, Valentina Terechkova.

Valentina Terechkova, première femme dans l'espace
Valentina Terechkova, première femme dans l'espace

Il faudra attendre vingt ans de plus pour que les Américains envoient à leur tour une astronaute dans l'espace.


Sally Ride, première astronaute américaine
Sally Ride, première astronaute américaine

Il faudra attendre 1996 en France pour voir une femme dans les étoiles.

Claudie Haigneré en 1996
Claudie Haigneré en 1996

En 1967, Robert Lawrence était le premier noir nommé astronaute. Mais il fallut attendre 1995 pour que le premier homme noir marche dans l'espace.


Bernard Harris, premier astronaute afro-américain
Bernard Harris, premier afro-américain dans l'espace

Côté féminin, c'est Mae Jemina qui partira en mission spatiale en 1992.

Mae Jemina
Mae Jemina


Surtout, il faudra attendre... 2018, pour envoyer la première femme noire à bord de la Station Spatiale Internationale.


Jeanette Epps sera la première Afro-Américaine pour un long séjour à bord de l'ISS en 2018
Jeanette Epps sera la première Afro-Américaine à partir en mission pour un long séjour à bord de l'ISS en 2018

Tout cela me laisse perplexe. Les choses avancent, bien sûr, mais si lentement. Pour avoir été prof en école d'ingénieurs, je voyais souvent deux filles pour vingt garçons. Peggy Whitson, actuellement à bord de l'ISS avec Thomas Pesquet et Oleg Novitski, me faisait rêver gamine.


Peggy Whitson entourée de Oleg Novitski et Thomas Pesquet avant leur départ pour l'ISS
Peggy Whitson entourée de Oleg Novitski et Thomas Pesquet avant leur départ pour l'ISS

Le biopic Les Figures de l'ombre, s'il est bourré de défauts, a le mérite d'exister. J'espère que Mary Jackson, Katherine Johnson et Dorothy Vaughan, ainsi que les femmes astronautes, inspireront des petites filles à prendre la voie des sciences, et que je les retrouverai, brillantes et pleines d'espoir, sur les bancs de la faculté.


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Chef d'oeuvre orange star.jpgorange star.jpgorange star.jpgorange star.jpg Très bon


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orange star.jpg Pas bon À hurler !