vendredi 17 mars 2017

GRAVE : ON EN MANGERAIT






Qui a dit que les Français étaient nuls en films de genre ?

La réalisatrice Julia Ducournau leur donne tort avec brio, en signant un premier film étonnant, d'une originalité rare.

Quand le titre Grave est apparu à l'écran, rouge sur fond noir, je n'ai pas pu m'empêcher de le lire à l'anglaise.


 GRAVE 


"Grave", en anglais, c'est la tombe. Digne d'un titre de film d'horreur des années 70, dont Ducournau s'inspire largement. La référence à Carrie est la plus évidente, avec ce sang (de porc, probablement) balancé sur les petits nouveaux de l'école de vétos. 

  Garance Marillier (Justine) couverte de sang dans Grave, de Julia Ducournau (2017)
Garance Marillier (Justine) couverte de sang dans Grave, de Julia Ducournau (2017)


Sissy Spacek (Carrie) dans le film de de Palma inspiré de Stephen King (1976)
Sissy Spacek (Carrie) dans le film de de Palma inspiré de Stephen King (1976)



Carrie, quand on y pense, était un campus movie. On est loin d'American Pie, bien sûr. Ce qui était très discutable dans It Follows est brillamment présenté dans Grave : comment maîtriser ce monstre qu'on appelle le corps, ses pulsions, ses désirs ? Comment découvrir qui l'on est dans cette période dégueu nommée Adolescence ?



On pense aussi, devant Grave, au Videodrome de Cronenberg dans le rapport au corps, à la fois gore et existentiel. La bande-annonce imite, quant à elle, le montage de Lynch.





Le goût du sang


Justine a le nom d'une héroïne de Sade, et ça ne va pas lui porter chance. Végétarienne, elle va, selon les mots de Tim Curry dans le Rocky Horror Picture Show, goûter au sang, et en vouloir davantage.






Le cannibalisme de Grave est un moyen original de parler rivalité entre sœurs, et de la difficulté d'arriver dans certaines grandes écoles, où le bizutage - violent - est un passage obligé. Grave réussit là où La Crème de la crème échouait piteusement : montrer le côté trash des célébrations, tout en offrant une réflexion sur l'impératif de... dévorer l'autre.


Julia Ducournau est déjà une grande cinéaste



La composition des jeunes acteurs est remarquable, et il faut encore une fois tirer son chapeau à Julia Ducournau pour sa capacité à les diriger. Garance Marillier est épatante de naturel dans ce rôle difficile. La beauté d'Ella Rumpf, qui incarne sa sœur, crève l'écran. Rabah Naït Oufella est convaincant en amoureux partagé.

La mise en scène force également l'admiration. Julia Ducournau est déjà une grande cinéaste.


Philippe Guedj, critique de cinéma au Point, compare la fin de Grave à un épisode de La Quatrième dimension. Il a raison. La dernière scène de Grave, cependant, après un climax formidable, s'avère presque décevante. Elle a pourtant le mérite de prolonger le cauchemar de Justine à la manière d'un épisode de Rod Serling.





Le cannibalisme au cinéma


Le cannibalisme n'est pas chose aisée au cinéma. Le meilleur film sur ce thème reste, je pense, le fameux Silence des agneaux, où un psychiatre raconte avec délectation comment il a dégusté un foie humain avec des haricots et un verre de Chianti...







Côté français, Claire Denis avait frappé fort en 2001 avec Trouble Every Day, où Béatrice Dalle s'adonnait au cannibalisme. Comme quoi, c'est a priori grâce aux réalisatrices que le film de genre peut être réussi en France.






Et puis il y a l'inclassable de 1980, devenu culte, Cannibal Homocaust, ancêtre du Projet Blair Witch.







Il faut courir voir Grave, qui prouve que le film de genre existe en France, et que de jeunes cinéastes ont un vrai sens de la mise en scène et de la direction d'acteurs. Vous vous souviendrez de cette étrange odyssée du corps.


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