dimanche 3 septembre 2017

SEVEN SISTERS : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)







Ma soeur est fille unique

 

J'avais un prof d'anglais, en 5ème, qui a fièrement écrit au tableau :

Mon frère est fils unique.

Il a fallu attendre 2017 pour qu'un film lui donne raison.

Seven Sisters est une dystopie sur le thème de la surpopulation, comme le chef d'oeuvre Soleil Vert. Trop de monde sur la planète ? Adoptons la politique de l'enfant unique. Les frères et soeurs qui naissent doivent être donnés au gouvernement. On les endort en attendant des jours meilleurs, pour qu'ils se réveillent une fois le problème de surpopulation résolu.



La machine miracle dans Seven Sisters, de Tommy Wirkola (2017)
La machine miracle dans Seven Sisters, de Tommy Wirkola (2017)

C'est Nicolette Cayman (impériale Glenn Close) qui a eu l'idée de cette machine miracle. Il s'agit de la chef du Bureau d'Allocations des Naissances, structure administrative qui fleure bon Orwell et Huxley.


Les bébés : question épineuse dans les dystopies


Dès 1932, Huxley, scientifique avant d'être écrivain, avait pensé à une société basée sur le clonage.


Les clones du Meilleur des mondes


La reproduction a toujours été un sujet épineux dans les dystopies. Dans 1984, faire l'amour est considéré comme une menace au Parti en place, les médecins débutants chez Huxley ne connaissent que la reproduction asexuée. Nombre de films posent la question de la gestion des naissances. Avec des conséquences effrayantes, bien entendu.

Vous vous souvenez des Fils de l'homme, dystopie proposée par Alfonso Cuaron en 2006 ? Dans cette société-là, la fertilité des femmes est révolue. Pas un seul bébé en 18 ans de vie terrestre. Theo, héros du film, aidera Kee, miraculeusement enceinte, à s'enfuir vers la mer.

Clive Owen (Theo) et Clare-Hope Ashitey (Kee) dans Les Fils de l'homme, d'Alfonso Cuaron (2006)
Clive Owen (Theo) et Clare-Hope Ashitey (Kee) dans Les Fils de l'homme, d'Alfonso Cuaron (2006)


Une série toute récente, The Handmaid's Tale (La Servante écarlate), reprend la trame du roman de Margaret Atwood. Bienvenue dans les Etats-Unis du futur, où la fertilité est réservée à quelques-unes, parquées dans des prisons. Les femmes, chez Atwood, sont reléguées au rang de pondeuses. Cette idée a été reprise récemment dans Mad Max.





Mais qu'en est-il quand on fait trop de bébés ? Soleil Vert avait trouvé la solution. Le soleil vert, c'est ce qu'on donne à bouffer aux citoyens du futur. 
















Quoi de mieux, pour remédier à la surpopulation et au manque de nourriture, que de manger les morts ? Le soleil vert, tout à coup, a un goût bien différent. 


Sept d'un coup

Mais revenons à Seven Sisters. Quand l'enfant unique est imposé, que faire quand on a... des septuplées ?





Le grand-père de ces fillettes (Willem Defoe, toujours parfait) plutôt que de choisir la machine miracle qui les ferait dormir, décide de les garder toutes, et de les cacher.






Comment être sept quand on est supposé être une seule ? Une organisation sans faille. Chaque gamine porte comme prénom un jour de la semaine et ne sort que ce jour-là. Toutes se font passer pour une seule et même personne : Karen Settman.



Noomi Rapace joue sept fois Karen Settman

Une vie complexe. Elle pose des questions évidentes d'organisation pour sauver la vie des sept gamines, bien sûr, mais aussi sur leur construction psychologique.


Noomi Rapace époustouflante


Noomi Rapace incarne avec génie les sept soeurs. À chaque plan, on s'étonne de découvrir une personnalité différente. Le visage, le regard, l'allure, la démarche, l'attitude, tout fait penser à des septuplées véritables. Un authentique tour de force. Lors d'un face à face final entre deux soeurs, Noomi Rapace trouve même deux manières différentes de jouer la peur.

La réalisation est de bonne facture, et sait déjouer les attentes du spectateur. La scène du saut de l'immeuble est en cela exemplaire. On a enfin affaire à un film d'action intelligent. 


Un bon scénario, mais... (Attention Spoilers)


L'action décolle quand l'une des soeurs, Lundi, disparaît.

Le scénario est extrêmement bien construit, et appelle à un second visionnage. Quelques incohérences sont cependant à déplorer, dont la triste scène du doigt coupé, problème qui aurait pu être traité bien autrement par le grand-père.

On nous promet une fin épatante, et elle ne l'est pas tant, pour peu que l'on ait vu plusieurs dystopies, et qu'on ait lu Les Dix petits nègres. En effet, la trahison de Lundi, soeur aînée, pouvait se deviner. Dans le roman d'Agatha Christie, le traître simule sa propre mort pour tuer les neuf autres invités sans éveiller les soupçons. Dans Seven Sisters, la première soeur disparaît, pour mieux aider le gouvernement à se débarrasser des six autres.




Lundi, fatiguée de ne jamais être elle-même, veut avoir le droit de vivre sa propre vie.

Les soeurs disparaissent donc les unes après les autres, cherchant la première. Lundi, profitant de son jour de sortie, et à l'insu de ses soeurs, signe un contrat avec Nicolette Cayman (elle s'appelle "Caïman", mieux vaut se méfier) pour gagner sa liberté au prix de la trahison de sa famille.

Quant à la fameuse machine pour bébés, rien d'étonnant à ce qu'elle n'offre pas, finalement, le meilleur des mondes. Cette machine tue les enfants plutôt que de les endormir. En même temps, on imagine mal ces enfants être "stockés" en attendant des jours meilleurs. Les jours meilleurs, en dystopie, n'existent pas.


Un film à voir


Seven Sisters est un film d'action sur fond de dystopie, et n'offre pas, comme les oeuvres précitées, de réflexion sociétale. C'est bien dommage. Le film reste haletant, et ses acteurs sont parfaits. Tommy Wirkola est un réalisateur à suivre. Noomi Rapace, quant à elle, n'a pas fini de nous épater.



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