vendredi 23 décembre 2016

PERSONAL SHOPPER : ANALYSE DU FILM ET EXPLICATION DE LA FIN (SPOILERS)







Après le merveilleux Sils Maria sorti en 2014, j'attendais beaucoup de ce nouveau Olivier Assayas. Histoire de fantômes, de deuil, avec Kristen Stewart, qui s'illustre mieux, semble-t-il, dans les films d'auteur que dans les grosses productions : tous les ingrédients semblaient au rendez-vous pour me faire passer un beau moment en salle.


Un film qui frise le ridicule




Hélas, bien vite, on se rend compte que les acteurs jouent faux, notamment les acteurs français embauchés par Assayas dans les rôles (très) secondaires entourant son héroïne. Dès la première scène, Lara, fiancée du frère défunt, joue à côté, et marmonne dans sa barbe.



Les autres scènes avec les acteurs français ont des airs de téléfilm de France 2. Les acteurs peinent sur leur texte, pourtant sans profondeur. La photo, sans inventivité, ne sert en rien ce fantôme de scénario. 



L'ensemble, et c'est un comble, n'est pas si bien filmé. Surtout, Kristen Stewart, magnifique dans Sils Maria, se retrouve ici mal dirigée, même si, à l'évidence, elle est devenue la muse du réalisateur. Elle s'avère peu convaincante dans ce rôle de jeune fille dévastée par la mort de son frère jumeau et, dans la plupart des scènes, frise le ridicule.



Dans le film, Kristen Stewart est une personal shopper, c'est-à-dire un va-chercher, une assistante aux ordres de quelque célébrité insupportable. C'était le cas de Mia Wasikowska dans Maps to the Stars, où Cronenberg dépeignait avec brio les fantômes d'Hollywood. Dans Personal Shopper, les fantômes sont décevants, et c'est Paris que Assayas prétend mettre sur le bûcher, sans succès.



Pourtant, il y avait beaucoup à filmer sur ce Paris de solitude que ses habitants connaissent bien.




Kristen Stewart sur sa moto sillonnant Paris dans Personal Shopper
Kristen Stewart sur sa moto sillonnant Paris dans Personal Shopper


Il y avait tant à dire sur le deuil impossible. Il y avait, en somme, un chef-d'œuvre à réaliser sur les fantômes que nous nous créons.



Vous ne trouverez rien de tout cela dans le Personal Shopper. Assayas se contente de filmer sa muse faire du shopping, un peu à la façon de Carrie dans Sex and the City.





Kristen (alias Maureen) essaie de jolies robes, aime à se prendre pour une autre, et se traîne de magasin en magasin comme elle traîne son ennui. La difficulté, c'est que le spectateur s'ennuie avec elle. 

Médium, Maureen tente à tout prix d'entrer en contact avec son frère disparu. Les cinéastes sont fascinés depuis longtemps par la gémellité. Ici, ce n'est qu'une excuse à une télépathie douteuse.

Mention spéciale pour le passage avec Benjamin Biolay (toujours épouvantable) en Victor Hugo, dans une scène navrante de spiritisme.

Assayas fait l'unanimité contre lui


À part faire de la pub aux grands couturiers (ce n'est pas un hasard si Kristen Stewart en robe Chanel a servi de poster original au film) que fait le film d'Assayas ? En deux heures, il accomplit l'exploit de ne rien raconter. Le film est long, répétitif, risible. Peu crédible et mal joué, Personal Shopper m'a donné envie de démarrer une partie de Scrabble avec le voisin. Vingt minutes de film et un homme quitte la salle. Dix minutes après, c'est le tour d'une jeune fille. Je suis à deux doigts de sortir mon portable pour jouer à Candy Crush.


Bonjour, je m'appelle Marla, et je suis accro à Candy Crush


Les cinéphiles admiratifs de Sils Maria seront déçus, et les midinettes fans de Twilight demanderont à être remboursées. Assayas a réussi le prodige de faire l'unanimité contre lui.

Oh, vous entendrez bien quelques intellos pour vous trouver une métaphore dans ce fatras.



Mon ami frérot (Attention spoilers)

Attendez-vous, la majeure partie du film, à regarder Kristen Stewart envoyer des textos à un frère qui n'est plus, triste ami imaginaire.

Oui, parce que le film manque tant de suspense et d'enjeu que l'on ne croit pas un instant à un fantôme.

La scène du meurtre arrive trop tard pour réveiller les spectateurs, et de toute manière s'avère totalement vaine.

La seule explication plausible, c'est que Maureen est schizophrène. Quand elle envoie des textos, son frère lui répond un peu trop vite pour être vrai. Vous vous souvenez de cette publicité, où l'on vous promettait de surfer sur internet aussi vite que vous pensez ? Eh bien c'est ce qui se passe pour Maureen : ses pensées se bousculent, et les textos s'enchaînent à la vitesse de sa réflexion, puisqu'elle se répond à elle-même.

Personal Shopper n'est même pas cohérent, car on voit, lorsque Maureen est à table dans la maison de campagne, l'ombre de son frère en arrière-plan, déplacer un verre et le faire tomber. Si tout se produisait dans la tête de Maureen, elle ne tournerait pas le dos à la scène. Si le spectateur voit le frère de l'héroïne en arrière plan, et témoigne, y compris dans la dernière scène, d'un verre volant, alors Maureen n'est pas schizophrène.


Or, la série de textos "envoyés" par son frère après le témoignage au poste de police confirme la théorie de la schizophrénie. En effet, "il" lui demande furieusement "TU AS PARLÉ DE MES TEXTOS?" de peur qu'elle n'ait révélé sa folie à la police.

C'est exactement ce qui se produit dans Fight Club, quand Tyler Durden exige du narrateur de ne jamais dévoiler son existence.

Maureen est-elle folle ? Sans doute. Le dernier toc toc que l'on entend à la fin du film est la confirmation que tout se passe dans sa tête, même si Assayas tente de semer le doute, là aussi sans talent.

Une immonde croûte


Bref, Personal Shopper est une immonde croûte qui se prend au sérieux, mais elle est prétentieuse, surfaite, d'une vacuité totale. Le film est mal interprété, mal construit, sans enjeu,  et vous ennuiera au point de vous pousser hors de la salle.

Assayas se casse la gueule après le grand film qu'il nous avait offert il y a deux ans, et qui avait mérité tous les honneurs.

Il n'y a plus qu'à attendre son prochain métrage, en espérant qu'il soit plus inspiré.



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