samedi 1 juillet 2017

CANNES 2017 - OKJA : BAH MON COCHON !








Je suis en rogne. J'aurais aimé voir Okja sur grand écran. Je n'étais pas à Cannes, j'ai triché. Je suis allée au Gaumont Opéra qui projetait quelques films en compétition.



Vu sur petit écran, hélas


Okja, je l'attendais depuis sa diffusion cannoise. J'espérais le voir dans l'un des cinémas parisiens dans le cadre d'un autre festival, celui de SoFilm Summercamp. Or, les deux salles qui comptaient diffuser le film - Le Forum des images et le Max Linder - se sont désistées, les exploitants de ces salles ayant subi des pressions de la part des leurs confrères, qui rejettent ce film Netflix, car la plateforme, ô, chose étonnante, refuse d'attendre trois ans avant de diffuser Okja sur son site après une sortie cinéma. J'ai expliqué dans un autre article pourquoi ce refus des exploitants était une perte pour le cinéma au sens large.

Je suis en rogne, donc, car j'ai découvert Okja sur mon petit écran d'ordinateur, poussée, comble de l'ironie, à m'abonner à la plateforme car je ne pouvais voir le film de Joon-Ho Bong en salle.

Ce fut ma première déception. Dès l'ouverture, Okja apparaît comme un vrai long-métrage de cinéma, avec sa belle réalisation et ses paysages majestueux. Ce blockbuster aux allures de Disney m'aurait séduite davantage, je le sais, sur grand écran. Il rappelle, dans son esthétique et sa trame - l'amitié entre une petite fille et un animal fabuleux - le film mêlé d'animation, Peter et Elliot le dragon





En parlant d'Elliot, E.T. de Spielberg vient aussi à l'esprit. Mais Okja se veut plus politique. Mija, petite fille sud-coréenne, a élevé, pour le compte d'une grande entreprise, un charmant cochon géant, Okja.




Une fois qu'Okja a bien grandi, l'entreprise, appelée Mirando, exige de la récupérer pour la mener à... l'abattoir. En effet, cette créature génétiquement modifiée a été créée dans un but commercial et soi-disant humanitaire : mettre un terme à la faim dans le monde.

Mija, bien sûr, refuse que son amie soit envoyée à New-York pour un drôle de concours de beauté entre bêtes, qui précéderait sa mort en abattoir, parmi des dizaines d'autres cochons géants.


Des acteurs perdus


Sur son chemin, Mija croisera des activistes et des membres de Mirando qui tenteront de servir d'elle. C'est là que ça se gâte. Les personnages de Joon-Ho Bong, s'ils sont incarnés par de formidables acteurs -Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal et Paul Dano - se révèlent d'emblée caricaturaux. Tilda Swinton incarne une chef d'entreprise carnassière vaguement effrayante, et une jumelle tout aussi cliché. Swinton n'a pas besoin d'en faire trop pour foutre la trouille, c'est une grande actrice. 


Tilda Swinton en méchante chef d'entreprise dans Okja, de Joon-Ho Bong (2017)
Tilda Swinton en méchante chef d'entreprise dans Okja, de Joon-Ho Bong (2017)


Jake Gyllenhaal, qui choisit habituellement bien ses rôles, semble s'être perdu ici. Il en fait des tonnes, et son hystérie de présentateur télé est vite fatigante.  Paul Dano, lui aussi, a fait beaucoup mieux. Côté méchants, on retrouve l'excellent Giancarlo Esposito, qui incarnait déjà un méchant fabuleux dans Breaking Bad.

La voix haut perchée de la secrétaire de com tape aussi sur les nerfs. Les fans de Potter reconnaîtront Shirley Henderson, qui jouait Mimi Geignarde (Moaning Myrtle) dans la saga.


Une fable trop manichéenne


Voilà le topo : une méchante entreprise, des activistes écolo pas si gentils, tout droit sortis de L'Armée des 12 singes sans le génie, bien sûr, de Terry Gilliam. S'il s'agit d'une fable, son manichéisme gâche l'ensemble et nuit à la dénonciation, pourtant bienvenue, d'une société carnassière dans tous les sens du terme. Okja apparaît comme un conte pour enfants avec personnages stéréotypés à l'extrême, qui évoquent presque les mauvaises adaptations de Roald Dahl.


Danny de Vito en père idiot dans Matilda, réalisé par... lui-même, en 1996
Danny de Vito en père idiot dans Matilda, réalisé par... lui-même, en 1996


La B.O., trop présente et grossière, gêne presque la compréhension des dialogues. Ajoutez à cela plusieurs incohérences, tel que l'apprentissage accéléré de l'anglais par Mija grâce à une méthode "d'anglais pour les nuls" feuilletée dans l'avion...



À voir en salle, un beau jour


Ces défauts sont regrettables, d'autant que l'avant-dernière scène, dans l'abattoir, est bouleversante, et réussit à provoquer une vraie prise de conscience chez le spectateur.


J'aurais tant aimé défendre le film, ne serait-ce que pour faire suer les exploitants, trop frileux et inquiets de l'avenir pour me laisser le voir en salle. J'espère que dans l'avenir, le succès d'Okja fera qu'il (re)sortira en salle, et que je pourrai le redécouvrir dans les conditions qu'il mérite.



Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :


     


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire