mercredi 12 juillet 2017

CANNES 2017 - "VISAGES VILLAGES" D’AGNÈS VARDA ET JR : L'AUTRE FRANCE








Comment j'ai rencontré Agnès Varda...


Le jour où j'ai rencontré Agnès Varda, je ne comptais pas aller au cinéma. Il faisait beau, et je passais, comme à mon habitude, près du Champo avant de me rendre au Luxembourg. Mais je voyais la foule se presser devant l'un de mes cinémas favoris. Soudain je la vis, toute seule au bord d'une rue, petite et ronde avec sa coupe de cheveux impossible qui la fait ressembler à un moine.

Avec mon culot habituel, je me suis dirigée vers elle et lui dit :


"Bonjour Madame Varda. Je suis professeur de cinéma à l'université et nous étudions Cléo de 5 à 7 en ce moment." 

Elle me sourit nous avons discuté un peu ensemble.
Puis elle me dit : "Alors vous venez revoir Sans Toit ni loi ?"




Je n'avais pas vu le film, mais son ton était si certain que je ne pus qu'acquiescer. Elle supposa que j'avais vu tous ses autres films. Comment avouer, devant elle, que j'avais vu Cléo plusieurs fois sans jamais voir ses autres longs-métrages ? Pas même Les Plages d'Agnès, pourtant sur mon DVD adoré qui fêtait les 25 ans des Demoiselles de Rochefort ?

Elle me présenta avec enthousiasme à Macha Meryl, venue elle aussi présenter le film aux cinéphiles du quartier.

Je voulais inviter Agnès Varda dans ma classe, comme j'avais invité d'autres cinéastes, afin que mes étudiants puissent lui poser des questions et échanger avec elle sur son oeuvre. Elle était au bord d'accepter, quand une formule malheureuse de ma part la fâchât pour de vrai.

Elle me demanda si j'avais le DVD de Cléo. Bien sûr que j'avais le DVD de Cléo. Je l'avais acheté, étonnamment, en Angleterre. C'est aussi le pays où j'ai lu Madame Bovary. Je n'ai jamais été aussi Française qu'à l'étranger.




Mais puisque sa question était sur ma manière de montrer le film à mes étudiants, j'ai commencé par dire "Je l'ai copié..." et n'ai pas eu le temps de finir ma phrase. J'avais copié le DVD de Cléo sur mon ordinateur, pour le montrer plus aisément via le vidéo projecteur, et retrouver une scène rapidement, pour faire mon cours dans de bonnes conditions. Mais je n'ai pas le temps de dire tout cela, car elle m'a coupé de sa voix franche : "Ça, c'est dégueulasse." Elle pensait que moi, son admiratrice, j'avais piraté son film pour le montrer en classe.

Je l'avais fermée pour toujours, la grande dame. Elle ne s'ouvrirait plus. J'eus beau venir la voir à la fin de la projection de Sans Toit ni loi et lui demander si je pouvais la contacter, je vis à son sourire forcé et son regard fuyant que je ne réaliserais pas mon rêve.

Ce jour-là, je fus consolée par le sourire de Sandrine Bonnaire, à qui j'ai serré la main. Son sourire de jeune fille éclairait la salle obscure.

En sortant, j'ai remercié le ciel de vivre à Paris, où l'on pouvait, comme ça, croiser des légendes du cinéma et leur dire bonjour.

C'est donc avec un peu de chagrin que je suis allée voir Visages Villages.

Le film m'a d'emblée rappelé le projet Face2Face, qui a anobli les murs de Jérusalem.




Le projet était déjà proposé par JR. Je vous en ai parlé pour un autre film, Dancing in Jaffa.

La France de Varda et JR


Pour Visages Villages à nouveau, JR déploie tout son talent pour les photos en noir et blanc. On s'émerveille devant ces beaux visages qui croquent une baguette, ou cette femme timide sous une ombrelle. Agnès Varda et JR nous font découvrir une autre France, celle qu'on ne voit jamais. Je me réjouis d'être parisienne, et en même temps je suis navrée de ne rien connaître de ces villages reculés mis à l'honneur dans le film. JR et Varda nous donnent envie de partir comme eux sur les routes.

D'ailleurs, on les accompagne. On est avec eux. Surtout quand ils contemplent de beaux paysages. Je me désole souvent de ces films où l'on a pas le temps de regarder vraiment l'image, tant le montage est rapide. Les deux réalisateurs-photographes prennent leur temps, pour notre plus grand plaisir.

Les visages sont beaux, les discours aussi. Les gens parlent avec franchise devant la caméra, de l'amour de leur village et de leurs aïeux.

On découvre également une nouvelle face d'Agnès Varda, une sensibilité qui n'exclut pas le verbe haut et - disons-le tout net - un sale caractère, déjà évoqué par Macha Meryl et Sandrine Bonnaire lors de la réédition de Sans Toit ni loi.

Visages villages
est un film sur le regard, et m'a rappelé un autre film de Cannes, Vers la lumière, qui m'avait tant touchée lors de son visionnage en salle.

La musique de Mathieu Chedid est simple et belle, comme le film.

Le passage sur Jean-Luc Godard est bouleversant, tout comme la scène éclatante de la virée dans le musée.

Certaines répliques sont à noter dans un carnet, ou, pour prendre exemple sur JR, à afficher sur les murs. Les dialogues croisés sont si bien écrits, les maisons et les habitants si joliment montrés, qu'on peut seulement en tomber amoureux.

L'une des images les plus touchantes, c'est cette première photo d'une jeune fille mordant dans une baguette, et qui sort comme par magie du drôle le camion de JR.


Le camion de JR dans Visages Villages
Le camion de JR dans Visages Villages


Visages Villages est simplement l'un des plus beaux films de l'année. Comme dans Face2Face, c'est en collant des photos sur les murs que les artistes les font tomber.



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