jeudi 10 août 2017

LOLA PATER : UN PÈRE SUR DES CHARBONS ARDANT






Les deux Lola


Lola Pater apparaît comme la suite rêvée du Tout sur ma mère d'Almodovar. Esteban (ici, Zino) retrouve son père après des années de séparation, et se rend compte qu'il est devenu femme. Dans le film d'Almodovar, Esteban est mort, et c'est sa mère, Manuela, qui retrouve la trace de son ex-mari.



Le père d'Esteban est devenu Lola dans Tout sur ma mère d'Almodovar (1998)
Le père d'Esteban est devenu Lola dans Tout sur ma mère d'Almodovar (1998)

Est-ce un hasard si les deux personnages ont choisi comme prénom Lola ? Le réalisateur de Lola Pater, Nadir Moknèche, doit être un fan du réalisateur espagnol.

Fanny Ardant incarne assez bien cette femme qui fut homme dans une vie antérieure. On pourra regretter que le cinéaste n'ait pas choisi un trans véritable pour le rôle. On avait fait la remarque à Jean-Marc Vallée pour le trans de Dallas Buyers Club, mais Jared Leto était si extraordinaire qu'il coupait le sifflet des critiques.


De grands thèmes juste effleurés


Si le film Lola Pater est touchant, il ne dit hélas pas grand-chose de plus que son pitch et sa bande-annonce. Dommage, il y aurait eu tant à dire sur la difficulté d'être trans dans la société algérienne, ses tabous, son rapport au mariage et à la famille. Les retrouvailles père-fils aurait aussi mérité un traitement plus détaillé. 


 
Zino (Tewfik Jallab) et Lola (Fanny Ardant) dans Lola Pater de Nadir Moknèche (2017)
Zino (Tewfik Jallab) et Lola (Fanny Ardant) dans Lola Pater de Nadir Moknèche (2017)



Lola Pater tourne court, et s'apparente à un téléfilm où les personnages évoluent peu. Le défaut de Zino (Tewfik Jallab, qui vaut le détour tout de même) n'est peut-être pas assez appuyé en première partie de film. Sans en faire une caricature, il eut été judicieux d'en faire un jeune homme plus intolérant, qui accepte peu à peu sa nouvelle mère. Le deuil de la première mère n'est d'ailleurs, lui aussi, qu'effleuré. Dommage, la scène du rêve où Zino pousse ses deux mamans sur une balançoire est touchante.

Le passage où Lola (anciennement Farid) dit de son épouse qu'elle était son modèle féminin aurait aussi dû être creusé.

Curieusement, il vaut mieux écouter directement Fanny Ardant défendre le film de sa voix grave.



Un manque de profondeur


Pas raté mais décevant, Lola Pater fourmille de thèmes essentiels et ne fait que les parcourir, pour un final gentillet qui ne marquera pas les mémoires. Fanny Ardant met toute son âme à incarner le personnage (elle défendait avec panache les homosexuels dans Pédale Douce dès 1995). Malheureusement, Farid/Lola manque de profondeur pour vraiment émouvoir, même si l'on saisit son désir teinté de chagrin de retrouver son fils après tant d'années.




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